Le Cameroun accélère la numérisation des paiements publics avec le programme G2Px soutenu par la Banque mondiale. L’objectif est clair : réduire le cash, sécuriser les flux publics et payer directement les bénéficiaires via les banques et le mobile money. Pour Yaoundé, le numérique devient un outil de confiance budgétaire.
Une réforme qui vise le cœur des finances publiques
Dans les infrastructures numériques africaines, le paiement public occupe une place stratégique. Le Cameroun veut faire basculer salaires, pensions et transferts sociaux vers des canaux numériques. Ce n’est pas une simple modernisation technique. C’est une réforme de confiance. Le paiement devient traçable, vérifiable et moins exposé aux circuits opaques.
Le programme G2Px s’inscrit dans une tendance mondiale. La Banque mondiale rappelle que plus d’un quart des adultes reçoivent aujourd’hui au moins un paiement de l’État. La numérisation de ces paiements peut aussi renforcer l’inclusion financière, notamment pour les femmes et les populations encore éloignées du système bancaire.
Au Cameroun, le sujet est sensible. Quand l’argent public circule en espèces, les risques augmentent. Retards, pertes, commissions informelles, bénéficiaires fantômes : la faille n’est jamais très loin. En passant par les comptes bancaires et le mobile money, l’État tente de resserrer les boulons.
Le mobile money devient un outil d’État
La vraie nouveauté vient du rôle donné aux plateformes numériques. Le mobile money n’est plus seulement un service du quotidien. Il devient une infrastructure publique. Pour beaucoup de bénéficiaires, ce canal peut être plus rapide qu’un guichet et moins coûteux qu’un déplacement.
La Banque mondiale estime que les paiements G2P numériques améliorent souvent la sécurité, la transparence et la commodité pour les bénéficiaires. Ils peuvent réduire les temps d’attente, les déplacements et rendre les paiements plus prévisibles. Mais elle souligne aussi que le design du système compte beaucoup. Un mauvais service client peut casser la confiance.
C’est là que le Cameroun devra jouer finement. Numériser ne suffit pas. Il faudra former les usagers, clarifier les frais, protéger les données et garantir un accès réel en zones rurales. Sinon, la réforme changera seulement l’outil, sans changer l’expérience des citoyens.
Le sujet rejoint aussi la montée du mobile money comme infrastructure financière régionale. Des acteurs comme Airtel Money montrent que les paiements mobiles sont déjà devenus un pilier économique en Afrique, même quand les marchés financiers restent prudents.
TRESOR PAY prépare déjà le terrain
Cette réforme ne part pas de zéro. Le Cameroun a déjà institué TRESOR PAY comme plateforme électronique de collecte des recettes et de paiement des dépenses de l’État et des autres entités publiques. Le texte officiel a été signé le 28 mai 2025.
Cette base donne à la réforme une colonne vertébrale. G2Px peut ainsi se connecter à une dynamique déjà engagée par le Trésor public. L’enjeu sera maintenant d’éviter les systèmes parallèles, les doublons administratifs et les plateformes qui ne communiquent pas entre elles.
Le risque serait de créer une belle vitrine numérique, mais lourde à utiliser. Pour l’éviter, le Cameroun aura besoin d’interopérabilité entre banques, mobile money, administrations et services sociaux. Chaque paiement doit arriver au bon destinataire, au bon moment, avec une preuve simple.
Moins de cash, mais plus d’exigence
Les gains budgétaires peuvent être réels. La Banque mondiale indique que les paiements G2P numériques peuvent réduire les transferts vers des bénéficiaires non éligibles, limiter les fuites et baisser les coûts opérationnels. C’est exactement le type d’économie discrète qui change une administration de l’intérieur.
Mais la réforme n’aura d’impact que si elle reste centrée sur les bénéficiaires. Le salaire d’un agent public, la pension d’un retraité ou l’aide sociale d’un ménage vulnérable ne sont pas des lignes comptables froides. Ce sont souvent des revenus vitaux.
Le Cameroun avance donc dans la même direction que d’autres pays africains qui veulent réduire la dépendance au cash. En RDC, par exemple, le contrôle du dollar liquide est devenu un sujet de stabilité financière. Le Cameroun, lui, cherche surtout à rendre les paiements publics plus visibles, plus rapides et plus sûrs.
Cette visibilité crée aussi une nouvelle responsabilité. Plus les paiements deviennent numériques, plus la cybersécurité devient centrale. Les alertes récentes sur la cyberdéfense des banques centrales africaines rappellent que la confiance numérique se protège autant qu’elle se construit.
En bref
- Le Cameroun veut numériser les paiements publics avec l’appui de la Banque mondiale.
- La réforme vise moins de cash, plus de traçabilité et une meilleure inclusion financière.
- Son succès dépendra surtout de la fiabilité du système, de l’accès réel des bénéficiaires et de la protection des données.
