Le Rwanda accélère son programme nucléaire civil avec deux accords signés avec les États-Unis et Holtec International. Kigali veut déployer des petits réacteurs modulaires au début des années 2030, afin de soutenir son industrialisation et de réduire sa dépendance aux sources d’énergie instables.
Kigali veut faire du nucléaire civil un pilier énergétique
Cette ambition s’inscrit dans une Afrique où le financement des infrastructures devient central pour soutenir l’investissement de long terme. Le Rwanda ne présente plus le nucléaire comme une simple option lointaine. Le pays cherche désormais à l’intégrer dans sa stratégie énergétique. Le 19 mai 2026, Kigali a signé un protocole d’entente avec les États-Unis sur la coopération nucléaire civile, en marge du Nuclear Energy Innovation Summit for Africa, selon Reuters.
Ce premier accord crée un cadre politique. Il porte sur les usages pacifiques du nucléaire, la sûreté, la sécurité et la non-prolifération. C’est un passage obligé pour un pays qui veut accueillir une technologie sensible, très surveillée, et encore rare sur le continent africain.
Le deuxième accord est plus opérationnel. Il associe le Rwanda Atomic Energy Board à Holtec International pour avancer vers le déploiement du SMR-300. Holtec affirme que ce partenariat doit soutenir une capacité potentielle pouvant atteindre environ 5 GW, un chiffre ambitieux pour un pays dont les besoins électriques devraient fortement augmenter.
Le SMR-300, une promesse adaptée aux petits réseaux
Le choix des petits réacteurs modulaires n’est pas anodin. Les SMR sont souvent présentés comme plus faciles à intégrer que les grandes centrales classiques. Ils peuvent être déployés progressivement, selon la demande, sans obliger un pays à absorber d’un coup une énorme capacité.
Pour le Rwanda, cette flexibilité compte. Le pays mise sur l’industrie, les services numériques, la transformation locale des matières premières et les infrastructures de santé. Tous ces secteurs demandent une électricité stable. Pas seulement quelques mégawatts disponibles par intermittence.
Holtec décrit son SMR-300 comme un réacteur basé sur la technologie à eau pressurisée, avec des systèmes de sûreté passifs et un encombrement réduit. L’entreprise met aussi en avant des options de refroidissement par eau ou par air, un détail important dans les pays où la disponibilité de l’eau peut devenir un enjeu stratégique.
Une ambition ancienne, mais encore semée d’obstacles
Le Rwanda travaille sur le nucléaire depuis plusieurs années. En 2019, Kigali avait déjà signé un accord avec la Russie dans ce domaine. En 2023, le pays s’est rapproché de Dual Fluid Energy pour un projet de réacteur expérimental. En 2024, il a aussi conclu un protocole d’accord avec Nano Nuclear Energy autour des petits réacteurs modulaires.
Cette multiplication de partenariats montre une stratégie claire : ne pas dépendre d’un seul fournisseur. Kigali observe plusieurs technologies, plusieurs modèles industriels et plusieurs alliances diplomatiques. C’est prudent. Mais cela ne garantit pas une centrale fonctionnelle.
Le nucléaire exige une réglementation solide, des compétences locales, une autorité indépendante, un financement de long terme et une gestion crédible des déchets. Selon The EastAfrican, Paul Kagame met en avant l’évaluation de phase I de l’AIEA comme un signe que le pays avance dans la bonne direction. Mais entre une évaluation positive et une mise en service, la route reste longue.
L’Afrique entre déficit énergétique et pari nucléaire
Le Rwanda n’avance pas seul. L’Afrique cherche de nouvelles réponses à son déficit énergétique. L’Égypte construit déjà sa centrale d’El Dabaa avec Rosatom. Le Kenya affiche aussi des ambitions nucléaires, tandis que l’Afrique du Sud reste le seul pays du continent à exploiter une centrale nucléaire commerciale.
Cette dynamique s’explique facilement. Le solaire et l’hydroélectricité progressent, mais ils ne suffisent pas toujours à garantir une base industrielle solide. Les gouvernements veulent une énergie disponible en continu. Le nucléaire revient donc dans le débat, surtout avec la promesse des SMR.
Cette recherche d’énergie stable rejoint les enjeux industriels que l’on voit ailleurs sur le continent, par exemple lorsque la RDC tente de mieux contrôler sa filière cobalt. Sans électricité fiable, la transformation locale reste difficile à installer durablement.
Le pari reste risqué. Les SMR attirent beaucoup d’intérêt, mais leur modèle économique doit encore faire ses preuves à grande échelle. Pour le Rwanda, l’enjeu sera donc de transformer une vitrine diplomatique en projet robuste. Le pays peut devenir pionnier. Mais le nucléaire ne pardonne ni l’improvisation, ni la communication trop rapide.
Le succès dépendra aussi du financement. À ce titre, les tensions budgétaires observées au Sénégal rappellent que les grands projets publics africains doivent rester crédibles face aux investisseurs, aux créanciers et aux citoyens.
En bref
- Le Rwanda a signé de nouveaux accords nucléaires avec les États-Unis et Holtec.
- Kigali vise un premier déploiement de petits réacteurs modulaires au début des années 2030.
- Le projet peut soutenir l’industrialisation, mais il dépendra du financement, de la sûreté et des compétences locales.
