L’Indonésie resserre l’étau autour des influenceurs qui recommandent des cryptomonnaies. Désormais, ceux qui orientent le public vers des actifs numériques devront prouver leurs compétences. Jakarta veut mettre fin aux promotions approximatives qui transforment parfois une audience fidèle en réserve d’investisseurs vulnérables.
Les recommandations crypto changent de statut
Cette mesure s’inscrit dans la même logique que les nouvelles règles qui encadrent les transactions crypto, où les autorités cherchent à réduire les zones grises.
L’Autorité indonésienne des services financiers, connue sous le nom d’OJK, a publié le règlement numéro 6 de 2026. Ce texte encadre les personnes extérieures aux institutions financières qui diffusent des informations capables d’influencer les décisions du public.
La réglementation distingue plusieurs activités. Elle couvre l’éducation financière, le marketing et les recommandations. L’obligation de certification devient particulièrement importante lorsqu’un influenceur recommande une cryptomonnaie, un service d’investissement ou un autre actif financier numérique.
La mesure ne transforme pas automatiquement chaque créateur de contenu en conseiller financier. Un influenceur qui explique le fonctionnement du Bitcoin n’est pas nécessairement traité comme celui qui encourage son audience à acheter un token précis. La frontière dépendra cependant du contenu réel, et non de l’étiquette « éducative » ajoutée à une vidéo.
Une certification avant de conseiller le public
Elle rejoint aussi le mouvement de régulation observé au Zimbabwe, qui veut sortir les acteurs crypto de la clandestinité.
Les influenceurs concernés devront obtenir une certification démontrant leurs compétences et leurs connaissances du secteur financier. Lorsque l’activité relève déjà d’une profession réglementée, comme le conseil en investissement, une licence spécifique pourra rester nécessaire.
Cette exigence cherche à réduire les recommandations faites sans compréhension suffisante des risques. Dans la crypto, un créateur peut présenter un rendement élevé tout en ignorant la liquidité, la concentration des tokens, la sécurité du protocole ou les conditions de retrait.
Le nombre d’abonnés ne sera donc plus considéré comme une preuve d’expertise. Une personne peut maîtriser les codes des réseaux sociaux sans comprendre les produits qu’elle promeut. L’Indonésie veut désormais séparer l’influence commerciale de la compétence financière.
Les actifs recommandés devront aussi être disponibles sur des plateformes autorisées. Les prestataires mis en avant devront eux-mêmes disposer des licences nécessaires. Un influenceur certifié ne pourra donc pas légitimer librement une plateforme clandestine ou un token absent des marchés approuvés.
Les plateformes deviennent responsables des campagnes
L’OJK reste l’autorité centrale indonésienne pour les services financiers, y compris les cadres touchant aux actifs numériques.
Le nouveau cadre ne place pas toute la responsabilité sur les créateurs. Les entreprises financières qui organisent les campagnes devront contrôler le contenu diffusé. Les promotions devront passer par des acteurs réglementés et leurs canaux officiels.
Cette règle change le fonctionnement habituel du marketing d’influence. Une plateforme ne pourra plus simplement payer un créateur, lui transmettre quelques arguments et se désintéresser du message final. Elle pourra être tenue responsable lorsque la communication devient trompeuse.
Les influenceurs devront présenter des informations claires, exactes et honnêtes. Les avantages ne pourront pas être isolés des risques essentiels. Les partenariats commerciaux devront aussi être identifiables afin que le public sache si une recommandation repose sur une analyse indépendante ou sur une rémunération.
L’OJK pourra adresser des ordres écrits aux contrevenants. Le règlement prévoit également la possibilité de demander la coupure de l’accès à certains contenus électroniques. Cette capacité vise les campagnes qui continueraient à circuler malgré les avertissements du régulateur.
Une offensive mondiale contre les « finfluenceurs »
Le sujet rappelle enfin les enjeux de conformité et de responsabilité des plateformes crypto, quand les campagnes commerciales deviennent un risque pour les utilisateurs.
L’Indonésie rejoint un mouvement réglementaire déjà visible dans plusieurs pays. Le Royaume-Uni considère qu’une promotion financière non autorisée peut constituer une infraction. L’Australie avertit également que certains influenceurs peuvent avoir besoin d’une licence lorsque leurs contenus ressemblent à des conseils financiers.
Les Philippines ont adopté des règles ciblant les campagnes crypto sur les réseaux sociaux, les podcasts et les diffusions en direct. Les autorités veulent connaître les partenaires marketing utilisés par les plateformes et mieux identifier les responsabilités en cas de publicité trompeuse.
Cette tendance reflète un changement profond. Les décisions financières ne naissent plus seulement dans une agence bancaire ou devant un conseiller. Elles commencent souvent sur TikTok, YouTube, Instagram ou dans un groupe de messagerie.
La certification peut améliorer la qualité des recommandations. Elle ne garantit toutefois ni l’honnêteté d’un influenceur ni la performance d’un actif. Un créateur certifié peut encore se tromper, minimiser un risque ou défendre un projet rémunérateur pour lui.
Le public devra donc conserver son esprit critique. La réglementation réduit certains abus, mais elle ne transforme pas une vidéo sponsorisée en garantie de rendement. L’Indonésie professionnalise l’influence crypto. Elle ne supprime pas le risque d’investir.
En bref
- L’Indonésie impose une certification aux influenceurs recommandant des actifs numériques.
- Les promotions devront concerner des actifs et des prestataires autorisés.
- Les plateformes financières partageront la responsabilité des contenus diffusés.
