Strategy, l’entreprise de Michael Saylor devenue le plus grand détenteur institutionnel de Bitcoin, fait l’objet d’une enquête menée par Rosen Law Firm. Le cabinet cherche à déterminer si la société a diffusé des informations commerciales matériellement trompeuses. À ce stade, aucune autorité publique n’a annoncé de procédure et aucune faute n’a encore été établie.
Strategy visée par une enquête, pas encore par un procès
Cette enquête arrive après les inquiétudes sur la capacité de Strategy à soutenir STRC.
Rosen Law Firm a annoncé le 24 juin l’ouverture d’un examen portant sur de possibles violations du droit boursier. Le cabinet agit au nom d’investisseurs ayant acheté des titres liés à Strategy.
L’enquête concerne l’action ordinaire MSTR, mais aussi plusieurs actions préférentielles : STRF, STRC, STRK et STRD. Rosen cherche à savoir si les détenteurs de ces produits pourraient demander une indemnisation pour leurs pertes.
Le communiqué reste toutefois très général. Il affirme que Strategy pourrait avoir publié des informations matériellement trompeuses, sans identifier les déclarations contestées. Il ne mentionne pas non plus de période précise ni de montant de préjudice.
Il ne s’agit donc pas encore d’une action collective déposée par Rosen. Le cabinet collecte des informations et invite les investisseurs à se manifester. Cette démarche peut conduire à une plainte, mais elle peut aussi rester sans suite judiciaire.
Surtout, l’enquête ne vient ni de la SEC ni du département américain de la Justice. Parler d’une enquête réglementaire ou pénale serait inexact. Strategy fait face à l’examen d’un cabinet privé spécialisé dans la défense des actionnaires.
Le modèle Bitcoin de Saylor passe sous pression
Elle prolonge aussi l’alerte de Grayscale sur le risque de ventes de BTC par Strategy.
Cette affaire arrive dans une période délicate pour Strategy. L’entreprise a profondément transformé son bilan autour du Bitcoin. Elle finance ses achats par des émissions d’actions ordinaires, de dette et de titres préférentiels.
Strategy détient désormais plus de 847 000 BTC. Cette réserve donne au groupe une exposition exceptionnelle au prix de la cryptomonnaie. Elle amplifie les gains lorsque Bitcoin progresse, mais accentue aussi les pertes comptables lorsque le marché chute.
Le fonctionnement des actions préférentielles ajoute une couche de complexité. Ces produits proposent des dividendes et des caractéristiques différentes. Leur solidité reste néanmoins liée à la capacité de Strategy à lever des capitaux et à honorer ses obligations financières.
Les investisseurs n’achètent donc pas une simple copie du Bitcoin en Bourse. Ils s’exposent également à la dilution, aux choix de financement, aux dividendes et aux risques propres à l’entreprise.
C’est précisément sur cette frontière que les litiges boursiers peuvent apparaître. Une société cotée doit présenter clairement les risques, les méthodes comptables et les limites de sa stratégie. Une communication trop optimiste peut devenir contestable si elle minimise des éléments importants.
Les règles comptables accentuent la volatilité
Les investigations d’investisseurs sont publiées par des cabinets spécialisés comme Rosen Law Firm.
Depuis janvier 2025, Strategy comptabilise ses bitcoins à leur juste valeur. Les hausses et les baisses du BTC apparaissent directement dans son résultat net à chaque période.
Cette méthode donne une image plus actuelle de la valeur des réserves. Mais elle rend aussi les comptes beaucoup plus instables. Un trimestre peut afficher plusieurs milliards de dollars de gains sans aucune entrée d’argent réelle.
À l’inverse, une baisse du Bitcoin peut provoquer une perte comptable massive, même si Strategy ne vend aucune pièce. Le résultat net devient alors étroitement dépendant du prix du BTC à la fin du trimestre.
Strategy reconnaît elle-même ce risque dans ses documents réglementaires. L’entreprise précise aussi qu’une hausse de la valeur comptable de ses bitcoins ne correspond pas automatiquement à une amélioration de sa liquidité.
Cette distinction reste essentielle. Un bénéfice comptable ne représente pas nécessairement de l’argent disponible pour payer les dividendes, rembourser une dette ou financer les activités courantes.
Rosen ne dit pas encore si son enquête vise directement ces questions. Elles restent néanmoins au cœur des risques entourant la stratégie financière de Michael Saylor.
Une affaire qui teste la confiance autour de Strategy
Le sujet rejoint enfin la décision de Strategy de modifier le rythme de versement des dividendes STRC.
Michael Saylor a construit une marque puissante autour de Bitcoin. Son discours repose sur une conviction simple : accumuler le plus de BTC possible sur le long terme.
Cette approche a attiré des investisseurs recherchant une exposition amplifiée au Bitcoin. Elle a aussi permis à Strategy de créer plusieurs titres destinés à des profils de rendement différents.
Mais plus la structure financière devient complexe, plus la transparence doit être précise. Les actionnaires doivent comprendre comment les titres sont financés, leur niveau de priorité et les conséquences d’une baisse prolongée du Bitcoin.
L’enquête de Rosen ne prouve pas que Strategy a trompé le marché. Elle ajoute néanmoins un risque juridique à une entreprise déjà très dépendante du BTC et de sa capacité à conserver la confiance des marchés financiers.
La prochaine étape sera déterminante. Rosen devra publier des accusations plus détaillées ou déposer une plainte pour transformer cet examen en véritable bataille judiciaire.
Pour l’instant, Strategy reste seulement visée par des allégations. La prudence impose donc de distinguer clairement une enquête privée, une action collective et une procédure officielle des régulateurs.
En bref
- Rosen examine de possibles déclarations trompeuses de Strategy.
- Aucune enquête publique ni faute établie n’est annoncée.
- MSTR et quatre actions préférentielles sont concernées.
