La RDC met sous pression l’un des dossiers miniers les plus stratégiques du moment. Les autorités fiscales ont scellé les bureaux de Kamoto Copper Company à Kolwezi, une filiale de Glencore, sur fond de différend portant sur des milliards de dollars. L’affaire tombe au pire moment : un consortium soutenu par Washington veut encore entrer au capital des actifs congolais de Glencore.
RDC : Kamoto devient un dossier fiscal et géopolitique
La Direction générale des impôts a fermé les bureaux administratifs de Kamoto Copper Company à Kolwezi après l’échec de discussions sur des paiements contestés. La production minière et les installations de traitement n’auraient pas été touchées par cette mesure, selon les informations relayées par Bloomberg et reprises par Mining.com.
Le montant réclamé n’a pas été officiellement détaillé. Plusieurs estimations évoquent une fourchette allant de 3 à 6 milliards de dollars, selon Ecofin Agency. Glencore conteste les accusations et affirme poursuivre les échanges avec les autorités congolaises.
Ce n’est donc pas une simple querelle administrative. Kamoto est l’un des actifs majeurs de Glencore en RDC. Le groupe détient 70 % du projet, tandis que l’État congolais et une entreprise publique contrôlent les 30 % restants. La mine a produit environ 190 000 tonnes de cuivre l’an dernier, avec une ambition portée à 300 000 tonnes par an.
Le deal Orion arrive dans une zone de turbulence
Le calendrier rend l’affaire sensible. En février 2026, Glencore a annoncé un protocole d’accord non contraignant avec Orion Critical Mineral Consortium. Ce consortium soutenu par les États-Unis, selon les éléments de contexte également suivis par MarketWatch, prévoit d’acquérir 40 % des intérêts de Glencore dans Kamoto Copper Company et Mutanda Mining. La valeur d’entreprise combinée des deux actifs serait d’environ 9 milliards de dollars.
L’objectif dépasse la finance. Orion CMC doit aider les États-Unis et leurs partenaires à sécuriser des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. Le cuivre et le cobalt produits en RDC sont essentiels pour les réseaux électriques, les batteries, les technologies de défense et la transition énergétique.
Or, une transaction de cette taille dépend fortement de la stabilité fiscale et politique. Si les créances contestées restent non résolues, les investisseurs devront intégrer un risque plus élevé. Le deal n’est pas encore bouclé. Il reste soumis à la due diligence, aux documents contraignants et aux autorisations réglementaires.
Kinshasa cherche plus de revenus, sans effrayer les investisseurs
La RDC marche sur une ligne étroite. Le pays veut capter une part plus importante de la valeur créée par ses minerais. Cette volonté est légitime, surtout dans un secteur où les bénéfices privés peuvent sembler déconnectés des besoins sociaux locaux.
Mais la méthode compte. Reuters rapporte que le président Félix Tshisekedi a demandé aux régies financières d’éviter les mesures brutales contre les entreprises minières. Il a aussi appelé à privilégier le dialogue, la notification et la conciliation, afin de préserver la confiance des investisseurs.
Cette intervention présidentielle ressemble à un rappel d’équilibre. La RDC a besoin de recettes fiscales. Elle a aussi besoin d’un climat d’investissement prévisible. Dans le cuivre et le cobalt, la concurrence mondiale est forte. Un pays riche en ressources peut perdre des opportunités si l’application fiscale paraît imprévisible.
Kamoto révèle la bataille mondiale des minerais critiques
Le dossier Kamoto illustre la nouvelle guerre des ressources. Les États-Unis veulent réduire leur dépendance aux chaînes dominées par la Chine. La RDC, elle, veut mieux monétiser son rôle central. Glencore veut conserver sa position de producteur occidental majeur dans le cuivre et le cobalt congolais.
Cette convergence crée un marché très politique. Les minerais critiques ne sont plus de simples matières premières. Ils deviennent des outils de souveraineté industrielle, de diplomatie et de sécurité économique. Le moindre différend fiscal peut donc peser sur un accord international.
Pour Kinshasa, l’enjeu est de transformer cette position stratégique en avantage durable. Cela suppose des contrats mieux suivis, une fiscalité appliquée avec rigueur, mais aussi des procédures lisibles. Sans stabilité, les grands accords peuvent se bloquer. Sans fermeté, la RDC risque de rester le fournisseur pauvre d’une transition énergétique riche.
Kamoto devient ainsi un test. Si le conflit se règle proprement, la RDC peut montrer qu’elle sait défendre ses intérêts sans casser l’investissement. Si le bras de fer s’enlise, le message envoyé aux partenaires sera plus trouble.
En bref
- La RDC réclame des milliards de dollars à Kamoto Copper Company, filiale de Glencore.
- Le conflit fiscal tombe alors qu’un consortium soutenu par Washington veut entrer dans les actifs congolais de Glencore.
- L’enjeu dépasse Kamoto : il touche à la fiscalité, aux minerais critiques et à l’attractivité minière du pays.
