Cinq ans après avoir fait de Bitcoin une monnaie ayant cours légal, El Salvador n’a pas obtenu l’adoption massive promise en 2021. Les portefeuilles crypto ne représentaient qu’environ 1 % des transferts de fonds en 2024, tandis que plus de 60 % des premiers utilisateurs de Chivo n’ont plus effectué de transaction après avoir dépensé leur bonus initial. Le symbole mondial, lui, reste immense.
Bitcoin n’a pas bancarisé El Salvador
Le recul était déjà visible lorsque le FMI resserrait son cadre autour du projet Bitcoin salvadorien. Pourtant, en 2021, les objectifs affichés étaient nettement plus ambitieux : favoriser l’inclusion financière, réduire le coût des transferts de fonds, attirer les investissements et créer de l’emploi.
Dans son bilan consacré aux cinq ans de l’expérience salvadorienne, Cointelegraph rappelle qu’en 2021 seulement 35,9 % des Salvadoriens âgés de plus de 15 ans détenaient un compte auprès d’une institution financière.
Le gouvernement a donc lancé Chivo et offert l’équivalent de 30 dollars en BTC aux nouveaux utilisateurs. L’incitation a fonctionné pour provoquer des téléchargements. Beaucoup moins pour créer une habitude.
Des recherches nationales citées dans l’enquête montrent que plus de 60 % des premiers utilisateurs n’ont effectué aucune nouvelle transaction après avoir dépensé leur bonus. Les Salvadoriens qui adoptaient Bitcoin étaient aussi plus souvent jeunes, urbains, plus éduqués et déjà bancarisés.
C’est précisément l’inverse du public que la politique voulait prioritairement intégrer.
Les transferts n’ont jamais vraiment basculé vers Bitcoin
Les remittances constituent une partie essentielle de l’économie salvadorienne. Elles représentaient environ 24 % du PIB en 2024, et près de 98 % provenaient des États-Unis. Pourtant, les portefeuilles crypto ne représentaient plus qu’environ 1 % des transferts de fonds en 2024.
Le dollar joue ici un rôle particulier. El Salvador l’utilise officiellement depuis plus de vingt ans et les États-Unis représentent de très loin la principale origine des transferts. Une partie de l’avantage théorique de Bitcoin — éviter une conversion entre deux monnaies nationales — disparaît donc dans cette relation précise.
Cela ne signifie pas que Bitcoin ne peut pas servir aux paiements. Son fonctionnement reste celui d’un réseau monétaire ouvert, comme l’explique notre guide complet sur Bitcoin. Cela signifie simplement que l’existence de la technologie ne suffit pas à modifier automatiquement les habitudes économiques.
En décembre 2024, le gouvernement a finalement conclu un programme de 1,4 milliard de dollars avec le FMI. L’accord approuvé en février 2025 exige notamment que l’acceptation privée de Bitcoin reste volontaire et limite l’implication du secteur public dans les activités liées au BTC.
Le modèle de 2021, où l’État cherchait à pousser directement Bitcoin dans les commerces et dans l’infrastructure publique, a donc été largement réduit.
El Salvador a quand même changé Bitcoin
Juger l’expérience uniquement à travers Chivo manquerait toutefois une partie importante de l’histoire. Avant septembre 2021, aucun État n’avait placé Bitcoin aussi haut dans sa stratégie économique. El Salvador a transformé une hypothèse politique en expérience nationale.
El Zonte et d’autres économies circulaires continuent par exemple d’utiliser Bitcoin localement. Cointelegraph rapporte également plusieurs cas individuels de petits entrepreneurs ayant adopté BTC comme outil d’épargne ou de paiement. L’usage existe donc. Il n’est simplement pas devenu l’usage national massif annoncé cinq ans plus tôt.
C’est probablement le bilan le plus intéressant. Bitcoin n’a pas besoin qu’un gouvernement modifie son protocole pour continuer à fonctionner. Le réseau poursuit d’ailleurs ses propres évolutions techniques, détaillées dans notre analyse sur Bitcoin en 2026 et l’avenir de son infrastructure.
El Salvador a surtout démontré la différence entre adoption politique et adoption économique.
La première peut se décider en quelques semaines. La seconde dépend des habitudes, des commerces, des salaires, des infrastructures, de la confiance et d’un avantage suffisamment clair pour convaincre les utilisateurs de changer leurs pratiques.
Cinq ans plus tard, le résultat est donc étrange. Le projet a davantage changé l’image mondiale de Bitcoin que la manière dont la majorité des Salvadoriens paient chaque jour. L’échec de certaines promesses initiales n’efface pas ce précédent historique. Il oblige simplement à distinguer l’icône orange de l’économie réelle.
En bref
- Cinq ans après 2021, l’usage quotidien de Bitcoin reste limité au Salvador.
- Les portefeuilles crypto représentaient environ 1 % des remittances en 2024.
- Le pays a néanmoins créé le premier précédent mondial d’une adoption nationale du BTC.
