Voilà le paradoxe de la crypto au Cameroun.
Bitcoin et les stablecoins circulent. La Banque des États de l’Afrique Centrale, la BEAC, reconnaissait elle-même dès son rapport sur les services de paiement de 2022 que les crypto-actifs étaient achetés et échangés entre particuliers dans les pays de la CEMAC. Elle observait également que, lorsque certaines banques avaient bloqué les paiements par carte vers les plateformes crypto, une partie des utilisateurs s’était tournée vers le mobile money ou les transactions de personne à personne.
Pour autant, écrire simplement « les cryptomonnaies sont interdites au Cameroun » serait inexact.
La décision COBAC du 6 mai 2022 vise les établissements assujettis au superviseur bancaire, pas chaque citoyen possédant une clé privée. Et quelques semaines plus tard, en juillet 2022, un autre texte régional a introduit les actifs numériques dans le droit du marché financier de la CEMAC. Le Règlement général de la COSUMAF adopté en mai 2023 va même beaucoup plus loin : il prévoit un agrément spécifique pour les prestataires de services sur actifs numériques, ou PSAN, et encadre notamment l’achat-vente, la conservation, les plateformes de négociation, la transmission d’ordres ou encore certains services de conseil.
Deux logiques coexistent donc.
D’un côté, la COBAC protège le système bancaire traditionnel en coupant les établissements qu’elle supervise d’une exposition directe aux cryptomonnaies.
De l’autre, la COSUMAF a créé les bases juridiques permettant de réglementer certains acteurs professionnels des actifs numériques.
La difficulté n’a pas échappé au Fonds monétaire international. Le FMI relevait déjà que les deux approches posaient des problèmes de cohérence et appelait la BEAC, la COBAC, la COSUMAF et le GABAC à harmoniser leur réglementation. En 2025, ces institutions régionales travaillaient encore conjointement sur un cadre commun pour les crypto-actifs et sur l’éventuelle création d’une monnaie numérique de banque centrale pour la CEMAC.
En parallèle, le Cameroun a commencé à taxer explicitement certains revenus provenant des actifs numériques. La loi de finances pour 2024 a intégré les revenus tirés des actifs numériques dans le champ de l’Impôt sur le revenu des capitaux mobiliers, avec un article 42 bis renvoyant les modalités précises d’application à un texte du ministre des Finances.
L’actif est donc assez réel pour être fiscalisé.
Assez risqué pour être interdit aux banques dans certaines opérations.
Assez important pour qu’un régime d’agrément PSAN existe dans le droit régional.
Et assez stratégique pour que la BEAC réfléchisse à sa propre monnaie numérique.
Entre-temps, MTN Mobile Money et Orange Money ont déjà transformé les usages. La CEMAC comptait plus de 51 millions de comptes de paiement mobile en 2024, 3,74 milliards de transactions de monnaie électronique et 31 788 milliards de FCFA de valeur échangée. Le Cameroun reste de très loin le premier marché régional.
Bitcoin n’arrive donc pas dans un désert numérique.
Il arrive dans une économie où le téléphone est déjà devenu un portefeuille.
En bref
- La crypto n’est pas monnaie légale au Cameroun et le franc CFA BEAC reste au centre du système monétaire.
- Depuis le 6 mai 2022, les établissements soumis à la COBAC ne peuvent pas détenir, échanger, convertir ou régler des cryptomonnaies pour leur compte ou celui de tiers.
- Cette restriction ne constitue pas, dans le texte examiné, une interdiction pénale générale empêchant tout particulier camerounais de posséder du bitcoin.
- La COSUMAF prévoit un régime d’agrément des PSAN dans le marché financier régional de la CEMAC.
- Le règlement CEMAC de décembre 2024 sur la lutte contre le blanchiment intègre désormais explicitement les prestataires de services d’actifs virtuels dans le dispositif AML/CFT régional.
- La loi de finances camerounaise pour 2024 a introduit dans la fiscalité les revenus tirés des actifs numériques.
- Le Cameroun comptait environ 30,9 millions de comptes mobile money recensés fin 2024, contre 24,86 millions un an auparavant.
- Le Cameroun est le principal marché de paiements de la CEMAC : il concentrait environ 65,1 % du nombre d’opérations enregistrées dans la région en 2024.
- MTN MoMo et Orange Money dominent l’écosystème local, mais utiliser un de ces services dans une transaction P2P ne signifie pas que l’opérateur vend officiellement du bitcoin ou de l’USDT.
- La BEAC travaille depuis plusieurs années sur la possibilité d’une CBDC régionale, sans qu’un franc CFA numérique destiné au grand public ait été lancé au 25 septembre 2026.
Crypto au Cameroun : une interdiction qui n’en est pas vraiment une
La première erreur lorsqu’on analyse le marché camerounais consiste à opposer deux affirmations trop simples : « la crypto est interdite » ou « la crypto est totalement légale ». Le droit régional est plus compliqué. Cette nuance rappelle d’ailleurs celle observée dans le guide de Bref Crypto sur la crypto en RDC, ses usages et ses risques : posséder un actif, fournir professionnellement un service autour de cet actif et intégrer cet actif à un système bancaire réglementé sont trois questions différentes.
Le 6 mai 2022 reste la date centrale
La décision COBAC D-2022/071 constitue le texte le plus souvent cité lorsqu’on parle de cryptomonnaies au Cameroun.
Elle est adoptée le 6 mai 2022, quelques jours après la décision de la République centrafricaine de donner un statut légal au bitcoin. Le contexte régional était alors extrêmement tendu.
La Commission bancaire de l’Afrique centrale considère plusieurs risques : volatilité des cours, cybercriminalité, liquidité, difficulté de conversion, extraterritorialité des plateformes, blanchiment, financement du terrorisme, fraude fiscale et fuite des capitaux.
Sa réponse est particulièrement restrictive pour les établissements qu’elle supervise.
L’article premier indique que les établissements assujettis et leurs partenaires techniques dans les services de paiement ne sont pas autorisés à souscrire ou détenir des cryptomonnaies pour leur propre compte ou celui de tiers.
L’article suivant va encore plus loin.
Ces établissements ne peuvent pas échanger ou convertir les cryptomonnaies, régler les opérations qui leur sont liées ou couvrir ces transactions en franc CFA ou en devises.
La comptabilité bancaire doit rester exprimée dans les monnaies admises.
Le message adressé aux banques est donc très clair.
Pas de trésorerie Bitcoin.
Pas de compte client conservant directement du BTC.
Pas de conversion institutionnelle BTC-FCFA effectuée comme un service bancaire normal.
Pas d’USDT inscrit tranquillement dans le bilan d’une microfinance.
La banque doit même détecter les transactions crypto
Le texte ne s’arrête pas à l’interdiction de participer directement.
Les établissements doivent également identifier les transactions exécutées ou rejetées présentant un lien avec les cryptomonnaies et transmettre périodiquement des informations au Secrétariat général de la COBAC et à la Banque centrale.
Cela suppose que leurs systèmes d’information soient capables de reconnaître certaines opérations liées aux actifs numériques.
C’est un détail important pour comprendre les difficultés rencontrées par certains utilisateurs.
Un paiement bancaire vers un exchange, un virement dont l’objet fait clairement référence à une vente de crypto ou certains flux récurrents peuvent attirer davantage l’attention d’un établissement réglementé.
Cela ne signifie pas automatiquement qu’une personne commet une infraction.
Cela signifie que la banque elle-même a des obligations.
La décision vise les établissements, pas toutes les personnes physiques
C’est ici que le raccourci « Bitcoin est interdit au Cameroun » pose problème.
La décision COBAC est explicitement consacrée aux établissements assujettis.
Elle ne dit pas : « tout citoyen qui possède une cryptomonnaie est passible d’une sanction ».
Elle ne crée pas non plus une infraction pénale générale de détention d’une clé privée.
Le périmètre est institutionnel.
Cette nuance n’autorise évidemment pas tout le reste. Une personne qui fournit professionnellement un service d’investissement ou d’échange peut entrer dans le champ d’autres réglementations. Un transfert peut aussi déclencher des obligations relatives au blanchiment, à la fiscalité ou au contrôle des changes.
Mais le simple portefeuille Bitcoin n’est pas la même chose qu’une banque offrant du trading BTC à ses clients.
Cette différence est fondamentale.
La BEAC reconnaissait elle-même l’existence des échanges
Le rapport de la Banque centrale sur les services de paiement en 2022 est étonnamment instructif.
La BEAC y écrivait que les crypto-actifs s’achetaient et s’échangeaient librement entre citoyens de la CEMAC, notamment grâce à la promotion des plateformes crypto.
Elle expliquait également que plusieurs banques avaient progressivement bloqué l’utilisation de leurs cartes sur les exchanges, poussant les utilisateurs vers le mobile money ou d’autres transactions P2P.
La Banque centrale reconnaissait en même temps une limite méthodologique importante.
Les transactions peuvent ressembler à de simples transferts de personne à personne.
Un utilisateur envoie 100 000 FCFA par mobile money à un autre.
Aucune ligne du système de paiement n’indique nécessairement :
« achat de 160 USDT ».
Le stablecoin est transféré sur une blockchain séparée.
Pour la BEAC, quantifier précisément l’adoption devient alors extrêmement difficile.
Ce problème existe toujours.
Il n’existe pas de chiffre officiel fiable du nombre d’utilisateurs
On trouve en ligne de nombreuses estimations sur le nombre de Camerounais possédant des cryptomonnaies.
Elles doivent être utilisées avec prudence.
Certaines extrapolent des téléchargements.
D’autres utilisent le trafic de sites d’exchanges.
D’autres encore mélangent comptes créés et utilisateurs actifs.
Chainalysis classait le Cameroun seulement 119e dans son indice mondial d’adoption 2024. Dans son top 20 publié pour 2025, le Cameroun n’apparaissait pas.
TRM Labs le classait de son côté 105e dans une mesure publiée en 2025.
Ces méthodologies ne donnent pas le nombre exact de détenteurs de bitcoin.
Mieux vaut donc assumer l’absence de donnée nationale robuste plutôt que d’annoncer artificiellement « X millions d’utilisateurs crypto camerounais ».
Puis la COSUMAF a compliqué le récit
Deux mois après la décision COBAC, l’environnement réglementaire change.
Le 21 juillet 2022, le règlement n°01/22/CEMAC/UMAC/CM/COSUMAF portant organisation et fonctionnement du marché financier d’Afrique centrale est adopté.
Il introduit les jetons numériques.
Il ajoute également les prestataires de services sur actifs numériques aux intermédiaires du marché financier.
Voilà le début du paradoxe.
La COBAC interdit à ses établissements de fournir plusieurs opérations crypto.
La réglementation du marché financier prévoit parallèlement qu’un intermédiaire spécialisé dans les actifs numériques peut exister sous le contrôle de la COSUMAF.
Les deux textes ne supervisent pas exactement les mêmes acteurs.
Ils n’ont pas non plus exactement le même objet.
Mais leur coexistence rend impossible la formule simpliste « la CEMAC a interdit toutes les cryptomonnaies ».
Le PSAN existe réellement dans le droit régional
Le Règlement général adopté par la COSUMAF le 23 mai 2023 précise les choses.
Un prestataire de services sur actifs numériques doit obtenir un agrément préalable.
La COSUMAF exige des moyens humains, matériels et financiers appropriés, des fonds propres adaptés aux risques, un contrôle interne, des procédures de lutte contre le blanchiment et un système informatique sécurisé et résilient.
Les dirigeants doivent posséder l’honorabilité, l’expérience et les compétences nécessaires.
L’autorité examine également l’organisation, le programme d’activité, la situation financière et les personnes contrôlant effectivement l’entreprise.
On n’est donc plus dans une simple reconnaissance théorique du mot « blockchain ».
Un cadre PSAN existe.
Acheter, conserver, négocier : plusieurs activités sont visées
La COSUMAF décrit le PSAN comme un professionnel pouvant fournir plusieurs types de services autour des actifs numériques.
Il peut s’agir de l’achat-vente, de la conservation d’actifs, de l’exploitation d’une plateforme de négociation, de la réception et transmission d’ordres, de la gestion de portefeuille, du conseil ou du placement.
Cette construction ressemble à ce que font progressivement d’autres juridictions.
Les risques ne sont pas les mêmes selon l’activité.
Une société qui conserve les clés privées de 50 000 clients mérite une surveillance plus importante qu’une application qui ne prend jamais possession de leurs fonds.
Une plateforme qui organise un marché doit surveiller ses opérations.
Un conseiller ne doit pas nécessairement disposer de la même architecture technique qu’un exchange.
Le droit commence donc à distinguer les métiers.
Mais la mise en œuvre reste le point faible
Créer une catégorie juridique ne suffit pas.
Il faut ensuite publier les procédures.
Recevoir les dossiers.
Délivrer les agréments.
Publier les opérateurs autorisés.
Contrôler réellement leur fonctionnement.
En septembre 2026, la liste publique de la COSUMAF consultée présente bien le PSAN comme une catégorie d’intermédiaire soumise à agrément. Les règles de 2023 sont toujours affichées. Les instructions adoptées fin 2025 mentionnent encore explicitement les dirigeants de PSAN parmi les personnes devant être agréées.
Cela montre que la catégorie n’a pas disparu.
En revanche, il faut rester extrêmement prudent devant une plateforme affirmant simplement être « agréée CEMAC » sans présenter une décision vérifiable.
Le nom de l’autorité, le numéro d’agrément et la catégorie exacte doivent pouvoir être contrôlés.
Une banque agréée n’est pas automatiquement PSAN
C’est une autre nuance importante.
Lors de la consultation de son nouveau règlement, la COSUMAF a été interrogée sur la possibilité pour une société de bourse de fournir automatiquement des services sur actifs numériques avec son agrément habituel.
Sa réponse a été claire : l’activité PSAN possède ses propres spécificités et nécessite un agrément distinct.
La logique devrait également alerter l’utilisateur face aux arguments commerciaux.
« Nous sommes une entreprise enregistrée au Cameroun » n’est pas un agrément crypto.
« Notre partenaire est une banque » ne signifie pas nécessairement que le service crypto est autorisé.
« Nous avons un NIU » signifie que l’entreprise est connue fiscalement, pas qu’elle peut conserver des bitcoins pour des clients.
Les statuts ne sont pas interchangeables.
Le règlement AML de 2024 ajoute une nouvelle couche
La CEMAC a renforcé son dispositif anti-blanchiment en adoptant le 20 décembre 2024 un nouveau règlement régional sur la prévention du blanchiment, du financement du terrorisme et de la prolifération.
Le GABAC publie officiellement ce règlement parmi ses textes organiques.
Le texte prend désormais en compte les actifs virtuels et les prestataires de services associés.
C’est important.
En 2022, l’évaluation du Cameroun relevait justement un manque de cadre clair pour les fournisseurs de services d’actifs virtuels.
Depuis, l’environnement s’est donc étoffé.
La CEMAC possède désormais un droit du marché financier intégrant les PSAN, des règles de COSUMAF concernant leur agrément et un nouveau cadre AML qui reconnaît les prestataires d’actifs virtuels.
L’architecture reste fragmentée.
Elle n’est plus vide.
La Travel Rule arrive aussi en Afrique centrale
Le nouveau cadre AML rapproche la CEMAC des standards du GAFI.
L’idée générale de la Travel Rule est simple : lorsque des prestataires réglementés transfèrent des actifs virtuels, certaines informations sur l’émetteur et le bénéficiaire doivent accompagner ou pouvoir être associées à la transaction.
La blockchain ne suffit donc plus.
Un transfert peut rester visible on-chain, mais l’intermédiaire doit aussi savoir qui effectue l’opération lorsqu’il entre dans le périmètre réglementé.
Pour une plateforme conforme, cela signifie davantage de KYC.
Pour un utilisateur, davantage de demandes d’informations sont possibles.
Pour les autorités, davantage de traçabilité.
Le modèle « exchange sans identité accessible avec un compte mobile money » devient de moins en moins compatible avec les standards internationaux.
Le Cameroun reste sur la liste grise du GAFI
En juin 2026, le Cameroun figurait encore parmi les juridictions soumises à une surveillance renforcée du GAFI.
Il y est entré en juin 2023.
Le GAFI précise cependant une chose souvent omise : figurer sur cette liste ne signifie pas qu’il demande aux autres pays de couper les relations financières avec le Cameroun.
L’organisation recommande une approche fondée sur le risque.
En février 2026, elle reconnaissait plusieurs progrès camerounais mais demandait encore des améliorations en matière de supervision fondée sur les risques, d’utilisation du renseignement financier, de confiscation d’avoirs et d’application de certaines sanctions financières ciblées.
Le futur marché crypto camerounais sera forcément construit dans ce contexte.
Pour les VASP, la conformité ne sera pas légère
Une plateforme crypto locale réellement agréée devra probablement être capable de documenter une grande partie de son activité.
Qui est le client ?
Quelle est l’origine des fonds ?
Quels montants circulent ?
Vers quelles adresses ?
Une transaction correspond-elle au profil économique déclaré ?
L’adresse crypto a-t-elle été associée à un piratage ou à une plateforme sanctionnée ?
Quelle information doit être conservée ?
Quand faut-il déclarer une opération suspecte ?
Ces obligations peuvent sembler lourdes.
Elles sont désormais normales dans la finance mondiale.
La crypto institutionnelle se rapproche progressivement de la finance traditionnelle sur ce terrain.
La fiscalité camerounaise reconnaît déjà les actifs numériques
La réglementation financière n’est pas le seul domaine qui a évolué.
La loi de finances 2024 a introduit les revenus tirés des actifs numériques dans le champ fiscal camerounais.
La circulaire d’application publiée par la Direction générale des Impôts explique notamment que les plus-values réalisées occasionnellement par des personnes physiques fiscalement domiciliées au Cameroun lors de la cession d’actifs numériques sont concernées.
Le Code général des impôts introduit à cette fin un article 42 bis.
Le texte renvoie néanmoins à un acte particulier du ministre chargé des Finances pour préciser les modalités d’imposition.
Cela oblige à rester précis.
On peut affirmer que le principe d’imposition des revenus d’actifs numériques existe.
Il serait beaucoup plus risqué d’inventer un taux universel applicable à « toutes les transactions Bitcoin » au Cameroun.
Fiscalisé ne signifie pas autorisé comme moyen de paiement
Cette distinction revient encore.
L’État peut taxer un revenu sans donner à l’actif le statut de monnaie officielle.
Une plus-value BTC peut entrer dans le champ fiscal.
Cela ne permet pas à une banque soumise à la COBAC de créer demain un compte d’épargne en bitcoin.
Une société peut payer des impôts liés à une activité.
Cela ne remplace pas un agrément sectoriel.
Cette séparation entre fiscalité, monnaie et supervision explique une grande partie de l’apparente contradiction du modèle camerounais.
Les entreprises numériques étrangères sont aussi davantage visées
La loi de finances 2026 poursuit par ailleurs l’effort de taxation de l’économie numérique.
Le ministère camerounais des Finances indique que les entreprises numériques non résidentes disposant d’une présence économique significative au Cameroun sont désormais soumises à un taux effectif de 3 % sur leurs revenus réalisés dans le pays.
Cette mesure ne constitue pas une taxe crypto spécifique.
Elle peut néanmoins devenir pertinente pour certaines plateformes numériques étrangères selon leur modèle, leur qualification juridique et leur activité au Cameroun.
La tendance générale est facile à lire.
Être basé juridiquement à l’étranger n’empêche plus automatiquement une plateforme numérique d’entrer dans le champ fiscal d’un pays africain.
Une plateforme accessible au Cameroun n’est pas forcément autorisée au Cameroun
C’est probablement la règle pratique la plus importante pour l’utilisateur.
Un site web peut accepter un numéro camerounais.
Une application peut apparaître dans l’App Store.
Une plateforme P2P peut afficher « XAF ».
Des vendeurs peuvent accepter MTN MoMo.
Cela prouve une accessibilité technique.
Pas une autorisation réglementaire.
Cette nuance est la même que celle observée dans plusieurs autres marchés africains où Bref Crypto suit désormais la construction de cadres réglementaires pour les exchanges et autres VASP.
L’utilisateur doit donc poser une question supplémentaire : sous quelle juridiction et sous quel agrément la plateforme me fournit-elle réellement ce service ?
Bitcoin et USDT ne posent pas exactement le même problème
Le mot crypto mélange beaucoup de choses.
Bitcoin est un actif dont l’émission monétaire est déterminée par son protocole et qui ne dépend pas d’une entreprise centrale chargée de maintenir son prix.
USDT est émis par une société et vise une valeur proche du dollar.
Les deux peuvent circuler sur Internet.
Économiquement, leur rôle peut être très différent.
Bitcoin peut être utilisé comme actif d’épargne ou d’investissement de long terme.
USDT est beaucoup plus naturellement adapté à un paiement ou à un transfert dans lequel l’utilisateur veut éviter une forte variation du montant pendant quelques heures.
Pour la BEAC, cette différence compte.
Les stablecoins touchent directement au contrôle des changes
Le rapport 2022 de la BEAC reconnaissait explicitement que certains utilisateurs de crypto-actifs cherchaient notamment à détenir l’équivalent de devises via des stablecoins adossés au dollar.
La banque centrale citait également le contournement potentiel des règles de change parmi les usages préoccupants.
C’est un point crucial pour la CEMAC.
Le contrôle des mouvements de devises et le rapatriement des recettes extérieures jouent un rôle important dans la politique monétaire régionale.
Un stablecoin dollar permet techniquement de déplacer une valeur indexée sur le dollar sans virement bancaire international classique.
L’innovation est évidente.
La tension réglementaire aussi.
Un dollar numérique n’est pas un billet de banque
USDT n’est pas une liasse de dollars stockée dans un téléphone.
Il s’agit d’un token dont la valeur dépend de l’émetteur, de ses réserves, de ses possibilités de rachat et de l’infrastructure blockchain utilisée.
L’utilisateur possède donc plusieurs couches de risque.
Émetteur.
Plateforme.
Blockchain.
Wallet.
Liquidité XAF-USDT.
Réglementation.
Un stablecoin peut rester remarquablement stable pendant longtemps.
Le mot « stable » ne signifie jamais « sans risque ».
Le cadre camerounais restera régional
Le Cameroun possède une autre particularité déterminante.
Sa Banque centrale n’est pas uniquement camerounaise.
La BEAC dessert six États : Cameroun, République centrafricaine, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad.
La COBAC supervise les établissements bancaires de la région.
La COSUMAF supervise le marché financier régional.
Le GABAC intervient sur les questions de blanchiment.
Une réglementation crypto durable ne sera donc probablement pas construite uniquement par Yaoundé.
Elle se construira avec toute la CEMAC.
Cela ralentit parfois la décision.
Cela peut aussi créer un marché beaucoup plus vaste une fois les règles harmonisées.
Le Cameroun est déjà le géant du mobile money en CEMAC
Si la crypto doit un jour devenir une infrastructure de paiement importante au Cameroun, elle devra composer avec un adversaire redoutable : le mobile money. Bref Crypto suit déjà cette convergence à travers les projets qui cherchent à relier Bitcoin et les paiements mobiles africains. Au Cameroun, la question est encore plus importante parce que l’écosystème mobile représente déjà une part énorme de l’activité financière régionale.
30,9 millions de comptes fin 2024
Selon les données issues du rapport 2024 de la BEAC, un peu plus de 51,2 millions de comptes mobile money étaient recensés dans la CEMAC au 31 décembre.
Environ 30,9 millions se trouvaient au Cameroun.
Un an plus tôt, le pays en comptait 24,86 millions.
Cette hausse est spectaculaire.
Elle ne veut toutefois pas dire que 30,9 millions de personnes distinctes possèdent un compte actif.
Une même personne peut disposer de plusieurs lignes téléphoniques, plusieurs wallets ou plusieurs comptes.
La BEAC elle-même insiste sur cette difficulté statistique.
Le nombre de comptes ne doit donc pas être confondu avec le nombre de citoyens utilisateurs.
Le Cameroun concentre l’activité régionale
Le rapport 2024 de la BEAC place également le Cameroun très loin devant les autres pays de la CEMAC en matière de paiements.
Le pays représentait environ 65,1 % du volume des transactions, soit quelque 2,55 milliards d’opérations enregistrées sur l’ensemble des moyens de paiement couverts par le rapport.
En valeur, environ 104 198 milliards de FCFA étaient liés au Cameroun, soit 56,95 % du total régional.
Ce sont des volumes gigantesques comparés au marché crypto directement mesurable.
Voilà pourquoi une startup blockchain cherchant à toucher le grand public camerounais finit presque inévitablement par regarder le mobile money.
Les clients sont déjà là.
Orange Money et MTN MoMo sont désormais des institutions financières à part entière
Le paysage a lui aussi changé juridiquement.
Le rapport 2024 de la COBAC recense seulement sept établissements de paiement agréés dans toute la CEMAC.
Deux se trouvent au Cameroun : Orange Money Cameroun et Mobile Money Corporation, l’entité liée au service MTN Mobile Money.
Cette séparation des activités de paiement et de télécommunication répond aux exigences réglementaires.
Elle montre également que le mobile money n’est plus simplement une fonctionnalité ajoutée à la carte SIM.
Le paiement devient une activité financière autonome.
Supervisée.
Capitalisée.
Auditée.
Réglementée.
Ce contexte change beaucoup de choses lorsqu’on veut y ajouter USDT.
MTN MoMo n’est pas un exchange
Un utilisateur peut pourtant rencontrer une offre P2P affirmant :
« Achetez USDT avec MTN Mobile Money ».
La phrase peut être techniquement correcte tout en créant une impression trompeuse.
Dans une transaction P2P, MTN peut simplement déplacer les francs CFA.
La crypto circule ailleurs.
Exemple : Alice veut acheter 100 USDT.
Bernard possède 100 USDT.
Une plateforme place les tokens de Bernard dans un escrow.
Alice lui transfère l’équivalent en FCFA par MoMo.
Bernard confirme la réception.
L’escrow libère les tokens.
MTN n’a jamais conservé l’USDT.
Il n’a jamais exécuté une conversion crypto.
Il a simplement transporté les FCFA entre deux comptes.
Orange Money fonctionne de la même manière dans le P2P
Même logique.
Le fait qu’un vendeur accepte Orange Money ne signifie pas qu’Orange Finance Mobiles Cameroun possède un partenariat officiel avec l’exchange.
Le transfert fiat et le transfert blockchain peuvent être juridiquement et techniquement séparés.
Cette architecture explique en partie pourquoi le P2P reste difficile à mesurer.
Pour l’opérateur mobile, la transaction peut apparaître comme :
50 000 FCFA envoyés de A vers B.
Pour les utilisateurs, elle représente :
achat de 80 USDT.
La différence est énorme pour un régulateur.
La COBAC cherche précisément à identifier ces flux
Revenons à la décision de 2022.
Les établissements assujettis doivent mettre en place des procédures permettant d’identifier les opérations en lien avec les cryptomonnaies.
Le problème pratique est évident.
Un transfert marqué « Binance USDT » est facile à interpréter.
Un transfert entre deux personnes accompagné du message « remboursement » peut l’être beaucoup moins.
L’intermédiaire ne voit pas nécessairement ce qui se passe sur la blockchain.
Le système bancaire et la blockchain peuvent raconter deux histoires différentes de la même opération.
Le mobile money reste meilleur pour les petits paiements domestiques
Supposons qu’un Camerounais veuille envoyer 5 000 FCFA à son frère à Douala.
Les deux utilisent déjà le même service mobile.
Le transfert est familier.
Le bénéficiaire peut utiliser son solde ou retirer les fonds.
Ajouter Bitcoin au milieu complique souvent inutilement la transaction.
Il faudrait acheter BTC.
Payer un spread.
Transférer.
Subir éventuellement une variation de prix.
Revendre.
Revenir en FCFA.
Pour un paiement local de faible montant, le mobile money possède un avantage structurel très difficile à battre.
La crypto doit trouver un autre problème à résoudre.
Le transfrontalier est beaucoup plus intéressant
Le meilleur argument commence lorsque l’argent doit sortir de la CEMAC.
Un Camerounais installé en Europe souhaite envoyer 300 euros.
Le bénéficiaire veut recevoir des FCFA sur son wallet mobile.
Plusieurs intermédiaires peuvent intervenir.
Un stablecoin peut théoriquement raccourcir une partie de cette chaîne.
Euro.
USDC ou USDT.
Blockchain.
Conversion en FCFA.
Mobile money.
L’utilisateur final n’a pas nécessairement besoin de savoir quel réseau blockchain a été utilisé.
Il veut surtout connaître le montant reçu.
L’Afrique construit déjà ce modèle
Bref Crypto a récemment analysé le partenariat entre DCS Pay et Kotani Pay pour convertir USDT et USDC vers des monnaies et rails de paiement africains.
Le Cameroun ne fait pas partie des six premiers marchés annoncés dans ce projet.
Le modèle est néanmoins pertinent.
Une entreprise peut utiliser le stablecoin pour traverser la frontière.
Une autre convertit l’actif.
Le bénéficiaire reçoit de la monnaie locale via un réseau qu’il utilise déjà.
Blockchain au milieu.
FCFA à l’arrivée.
Voilà probablement la forme la plus réaliste de l’intégration crypto-mobile money.
Le meilleur produit stablecoin pourrait ne jamais montrer l’USDT
Imaginons une application de remittance.
L’expéditeur choisit :
« Envoyer 200 € au Cameroun ».
L’application indique :
« Le bénéficiaire recevra 130 000 FCFA ».
L’argent est débité.
Un stablecoin est utilisé temporairement pour le règlement international.
Une fintech locale effectue la conversion.
130 000 FCFA arrivent dans Orange Money.
Pour le client, aucune blockchain n’apparaît.
Pas de seed phrase.
Pas de gas.
Pas de réseau Tron ou Ethereum.
Pas d’adresse hexadécimale.
La crypto devient une plomberie financière.
C’est peut-être là que son adoption économique sera la plus forte.
La BEAC voit déjà monter les transferts interopérables
Le Cameroun possède un autre avantage.
Les paiements de la CEMAC deviennent progressivement interopérables grâce à GIMACPAY.
En 2024, le GIMAC a traité plus de 11,21 millions de transactions mobile money pour plus de 419 milliards de FCFA, soit une progression annuelle de près de 26 % en nombre.
L’interopérabilité réduit les silos.
Un utilisateur n’a plus besoin de vivre entièrement dans le même réseau que son bénéficiaire.
Encore une fois, l’infrastructure fiat rattrape certaines promesses historiques de la blockchain.
Cameroun-Gabon domine les transferts régionaux
Le rapport 2024 de la BEAC contient un chiffre particulièrement intéressant.
Le corridor Cameroun-Gabon représentait 56,13 % du nombre des transactions transfrontalières intra-CEMAC et 48,52 % de leur valeur.
Voilà un terrain beaucoup plus concret pour analyser la crypto.
Le Cameroun possède déjà des échanges régionaux intenses.
Le franc CFA commun réduit les frictions monétaires dans la zone.
Le mobile money et GIMAC améliorent les transferts.
Un stablecoin doit donc offrir quelque chose de mieux que cette infrastructure pour les paiements intra-CEMAC.
Ce n’est pas évident.
À l’intérieur de la CEMAC, le stablecoin perd un avantage
Cameroun et Gabon utilisent déjà la même monnaie.
Il n’y a pas besoin de convertir XAF vers une deuxième devise entre les deux pays.
Une infrastructure régionale suffisamment interopérable peut donc déplacer directement des FCFA.
Pourquoi passer par USDT ?
Parfois pour accéder à une plateforme internationale.
Parfois pour conserver temporairement une valeur en dollar.
Parfois pour utiliser un écosystème crypto.
Mais pour envoyer simplement 20 000 FCFA à Libreville, le stablecoin ajoute potentiellement une conversion inutile.
Le véritable avantage apparaît davantage lorsqu’on sort de la zone monétaire.
Les remittances internationales existent, sans dominer l’économie
Selon la Banque mondiale, les remittances reçues représentaient environ 1,3 % du PIB camerounais en 2024.
C’est nettement moins que dans des économies africaines très dépendantes des transferts de diaspora.
Le volume reste néanmoins important en valeur absolue pour les ménages concernés.
Et la part du PIB ne dit pas tout.
Les freelances.
Les petites entreprises.
Le commerce en ligne.
Les importations.
Les prestataires numériques.
Les étudiants.
Les paiements professionnels.
Tous créent des flux transfrontaliers qui ne sont pas nécessairement comptabilisés comme remittances personnelles.
Un stablecoin peut aussi servir à recevoir un paiement professionnel
Prenons un développeur camerounais travaillant pour une entreprise étrangère.
Le client propose USDC.
Le développeur reçoit les tokens en quelques minutes.
Le problème n’est plus la blockchain.
Il commence après.
Comment convertir ?
À quel prix ?
Sur quelle plateforme ?
Quel traitement fiscal appliquer ?
Comment justifier l’origine des fonds ?
Le prestataire de conversion est-il réglementé ?
Quel risque prend le compte mobile money recevant régulièrement de fortes sommes P2P ?
L’expérience montre pourquoi la réglementation du dernier kilomètre compte davantage que le transfert on-chain lui-même.
Le spread peut tuer tout l’avantage
Les frais blockchain sont souvent mis en avant.
Ils ne représentent qu’une partie du coût.
Si envoyer USDT coûte 0,50 dollar mais que l’utilisateur perd 6 % dans le taux de conversion XAF-USDT, le transfert n’est pas bon marché.
Il faut calculer :
montant payé par l’expéditeur ;
montant réellement reçu en FCFA ;
délai ;
frais directs ;
spread ;
frais de retrait ;
risque de change.
Le reste relève de la publicité.
La liquidité XAF est un enjeu majeur
Un marché comme le dollar ou l’euro possède une liquidité mondiale gigantesque.
Le franc CFA BEAC est beaucoup plus petit.
Pour convertir de gros volumes d’USDT, il faut des contreparties possédant suffisamment de FCFA.
Si tout le monde veut vendre son stablecoin au même moment, le spread peut augmenter.
Un prestataire professionnel doit donc gérer sa trésorerie.
FCFA disponible.
Stablecoins.
Comptes bancaires.
Float mobile money.
Liquidité sur les plateformes.
Limites opérationnelles.
Voilà le travail invisible derrière un bouton « retirer vers MoMo ».
Le cash reste essentiel
Le Cameroun n’est pas une économie entièrement dématérialisée.
Le mobile money fonctionne précisément parce qu’il sait faire le lien entre numérique et espèces.
Des agents reçoivent du cash.
Créditent un wallet.
Ou effectuent l’opération inverse.
La blockchain ne crée pas ce réseau physique.
Un bitcoin peut arriver à Yaoundé en quelques minutes.
Il ne sort pas lui-même un billet de 10 000 FCFA.
L’infrastructure d’agents conserve donc une valeur énorme.
La crypto a besoin du dernier kilomètre plus que le mobile money n’a besoin de la crypto
Cette asymétrie mérite d’être soulignée.
MTN MoMo peut fonctionner sans Bitcoin.
Orange Money peut fonctionner sans USDT.
Le Cameroun effectue déjà des milliards de transactions numériques.
En revanche, une application crypto qui veut servir massivement des utilisateurs camerounais doit résoudre la conversion vers les rails qu’ils utilisent.
Voilà pourquoi la relation n’est pas équilibrée.
Le mobile money possède le réseau.
La crypto possède la couche mondiale.
Le produit intéressant combine les deux.
La monnaie électronique domine désormais les opérations régionales
À l’échelle CEMAC, la monnaie électronique représentait 94,34 % du nombre d’opérations de paiement comptabilisées en 2024 dans le rapport BEAC.
En valeur, la proportion est naturellement plus faible parce que les grands virements bancaires concentrent des montants beaucoup plus importants.
Ce chiffre montre néanmoins où se trouve le quotidien.
Le petit paiement africain est déjà mobile.
Un projet Web3 qui l’ignore construit à côté du marché.
Les paiements marchands progressent
En 2024, les paiements de biens et services effectués via mobile money dans la CEMAC ont atteint 3 072 milliards de FCFA, contre 2 961 milliards en 2023.
Le nombre d’opérations est passé de 1,427 milliard à 1,498 milliard.
Le crédit téléphonique représente encore une grande part de ces transactions.
Les usages s’élargissent néanmoins vers les commerces, frais scolaires, administrations et autres paiements du quotidien.
Encore une mauvaise nouvelle pour la thèse « la blockchain sera adoptée parce que personne ne peut payer numériquement ».
Les Camerounais peuvent déjà payer numériquement.
La crypto doit donc résoudre un problème plus difficile
Le cas d’usage doit être clair.
Accéder à un actif international.
Recevoir des fonds mondiaux.
Détenir une valeur indexée sur le dollar.
Transférer sans certaines frictions bancaires.
Accéder à des protocoles blockchain.
Effectuer un investissement.
Mais remplacer MoMo pour envoyer 2 000 FCFA à quelqu’un situé à trois rues ?
Beaucoup moins convaincant.
Le P2P reste probablement l’un des principaux ponts
Faute d’intégration bancaire directe large, le P2P devient naturellement un mécanisme d’entrée.
Il possède néanmoins un défaut fondamental.
La confiance se déplace vers la contrepartie.
Un mauvais acteur peut utiliser :
un faux reçu ;
une identité volée ;
un compte compromis ;
un paiement provenant d’une fraude ;
un prétexte pour sortir de l’escrow ;
une fausse page de support ;
une promesse de meilleur taux sur WhatsApp.
La simplicité du mobile money ne supprime pas les risques de l’échange crypto.
L’escrow ne protège que ce qu’il contrôle
Si une plateforme P2P conserve temporairement les USDT, elle peut empêcher le vendeur de repartir immédiatement avec ses tokens.
Elle ne contrôle pas entièrement le compte MoMo.
Elle ne contrôle pas l’origine de tous les FCFA.
Elle ne connaît pas nécessairement les relations entre les deux utilisateurs.
Il faut donc éviter de confondre escrow et garantie totale.
Une transaction peut être correctement exécutée techniquement et créer malgré tout un litige juridique ou bancaire.
Sortir de l’escrow reste une très mauvaise idée
C’est l’une des arnaques les plus simples.
Un vendeur propose un meilleur taux à condition de continuer sur Telegram ou WhatsApp.
La plateforme n’a plus de visibilité.
L’acheteur envoie les FCFA.
Le vendeur disparaît.
Ou l’inverse.
L’écosystème crypto africain n’a rien de particulier sur ce point.
Les fraudeurs vont là où circulent les paiements.
Mobile money et crypto leur offrent simplement de nouveaux outils.
Self-custody : le risque change de côté
Conserver du bitcoin soi-même réduit le risque lié à l’exchange.
L’utilisateur possède sa clé privée.
Il peut déplacer ses fonds sans autorisation de la plateforme.
Le prix est une responsabilité beaucoup plus importante.
Perdre la seed phrase.
La sauvegarder dans un cloud compromis.
L’envoyer à un faux support client.
Installer un faux wallet.
Signer une transaction malveillante.
Confondre un réseau.
Copier une mauvaise adresse.
Les erreurs peuvent devenir irréversibles.
« Not your keys » ne suffit pas comme pédagogie
La self-custody est puissante.
Elle peut aussi être dangereuse pour quelqu’un qui ne comprend pas la gestion de clés.
Le bon choix dépend du profil.
Une petite somme utilisée pour apprendre n’a pas le même niveau de risque qu’une épargne familiale entière.
Un hardware wallet peut améliorer la sécurité, mais seulement si la sauvegarde est correctement gérée.
La technologie n’efface jamais l’erreur humaine.
Les arnaques d’investissement sont un problème ancien au Cameroun
Avant même le boom actuel des stablecoins, la COSUMAF avait publié des mises en garde contre plusieurs sociétés proposant sans agrément des investissements liés notamment aux crypto-actifs au Cameroun.
En 2021, sa liste citait entre autres des structures associées à des offres crypto et rappelait aux investisseurs qu’il fallait vérifier l’agrément du promoteur et se méfier des rendements élevés.
Le nom du token change.
La mécanique de l’arnaque reste souvent la même.
Déposer.
Promettre.
Recruter.
Retarder les retraits.
Disparaître.
Le prochain risque sera la fausse licence PSAN
Plus le droit devient complexe, plus les fraudeurs peuvent exploiter son vocabulaire.
« Agréé COSUMAF ».
« Conforme COBAC ».
« Autorisé BEAC ».
« Certifié CEMAC ».
Ces affirmations doivent être vérifiables.
La COSUMAF elle-même publie ses intermédiaires et explique que les PSAN relèvent d’un agrément préalable.
Une capture d’écran envoyée sur Telegram ne vaut pas décision réglementaire.
Les entreprises sérieuses devront devenir très transparentes
Le futur marché professionnel devra probablement afficher davantage d’informations :
entité juridique ;
juridiction ;
autorité de contrôle ;
agrément ;
politique de conservation ;
frais ;
conditions de retrait ;
traitement des réclamations ;
politique AML ;
risques.
C’est moins spectaculaire que « Achetez Bitcoin en 30 secondes ».
C’est précisément ce qui manque souvent aux marchés encore jeunes.
Stablecoins et CBDC : le vrai duel monétaire arrive
La troisième partie du dossier camerounais dépasse largement l’achat de Bitcoin. Bref Crypto suit déjà la croissance des stablecoins dans les paiements africains parce qu’ils posent une question beaucoup plus directement monétaire : que se passe-t-il lorsque des dollars numériques privés commencent à circuler au milieu d’un système fondé sur le franc CFA ?
La BEAC ne peut plus ignorer les stablecoins
En 2022 déjà, la Banque centrale notait que certains utilisateurs de la région utilisaient les crypto-actifs pour détenir des devises, notamment via des stablecoins adossés au dollar.
C’était avant l’explosion récente des paiements stablecoins observée dans plusieurs économies africaines.
Entre juillet 2024 et juin 2025, l’Afrique subsaharienne a reçu plus de 205 milliards de dollars de valeur on-chain, selon Chainalysis, soit une progression annuelle d’environ 52 %.
Le Cameroun ne représente qu’une fraction de ce marché.
La tendance régionale compte néanmoins.
Les stablecoins ne sont plus seulement un produit de trader.
USDT peut fonctionner comme dollar numérique de facto
Un utilisateur camerounais peut vouloir USDT pour plusieurs raisons.
Il peut trader.
Il peut attendre une opportunité d’investissement.
Il peut être payé depuis l’étranger.
Il peut vouloir conserver temporairement une valeur indexée sur le dollar.
Il peut payer un prestataire hors CEMAC.
Il peut chercher à réduire son exposition à une autre monnaie.
Aucune de ces motivations ne transforme USDT en dollar officiel.
Elles lui permettent néanmoins de remplir certaines fonctions économiques proches de celles d’une devise.
Voilà ce qui intéresse la banque centrale.
La dollarisation devient numérique
Historiquement, conserver des dollars signifiait souvent détenir des billets, un compte en devises ou accéder à une institution financière capable de les fournir.
Un stablecoin change la distribution.
Un wallet peut contenir une unité indexée sur le dollar.
La transaction peut s’effectuer à toute heure.
Les tokens peuvent circuler entre pays.
Le transfert n’a pas besoin d’attendre l’ouverture d’une banque correspondante.
Le dollar devient beaucoup plus facile à transporter numériquement.
Pour une zone monétaire, ce n’est pas anodin.
Le franc CFA possède pourtant un avantage de stabilité
La situation camerounaise n’est pas celle d’une économie dont la monnaie s’effondre chaque mois.
Le franc CFA BEAC bénéficie d’un régime de change fixe avec l’euro.
Cette stabilité relative réduit une partie de l’incitation à abandonner immédiatement la monnaie locale pour USDT.
L’utilisateur peut néanmoins préférer le dollar pour d’autres raisons.
Paiement international.
Contrat libellé en USD.
Commerce asiatique.
Investissement crypto.
Accès à des marchés qui cotent presque tout en USDT.
L’intérêt du stablecoin ne dépend donc pas uniquement de l’inflation locale.
La réglementation des changes reste une frontière majeure
La CEMAC dispose d’un cadre strict sur les relations financières extérieures.
Les autorités surveillent les transferts en devises et le rapatriement de certaines recettes.
En 2026, la BEAC a encore renforcé progressivement certaines exigences relatives au rapatriement des devises issues des activités extractives.
La blockchain crée un défi évident.
Un stablecoin peut transporter une valeur internationale sans utiliser exactement les mêmes rails.
Cela ne rend pas automatiquement l’opération illégale.
Cela oblige cependant le régulateur à décider comment ses règles de change doivent s’appliquer à cette nouvelle infrastructure.
La BEAC réfléchit depuis 2022 à une CBDC
Le Conseil d’administration de la BEAC réuni le 20 juillet 2022 avait encouragé la Banque centrale à poursuivre sa réflexion sur la création d’une monnaie numérique de banque centrale pour la CEMAC.
Le sujet n’a pas disparu.
L’ouvrage consacré à la politique monétaire de la BEAC publié en 2025 indiquait qu’un groupe avait été mis en place pour étudier le développement d’une monnaie numérique de Banque centrale.
Le FMI rapportait également qu’en mai 2025 la BEAC avait créé un groupe de travail associant notamment la COBAC, la COSUMAF et le GABAC afin d’étudier conjointement la CBDC et la réglementation des crypto-actifs.
En septembre 2026, ces travaux ne correspondent toujours pas au lancement public d’un « franc CFA numérique » de détail.
Une CBDC n’est pas une cryptomonnaie comme Bitcoin
Le terme monnaie numérique peut prêter à confusion.
Bitcoin fonctionne sans banque centrale.
Une CBDC fonctionne précisément parce qu’une banque centrale la contrôle ou en garantit l’émission.
Dans Bitcoin, la politique monétaire est déterminée par le protocole.
Dans une CBDC, elle reste celle de l’autorité monétaire.
Bitcoin permet une self-custody indépendante de l’émetteur.
Une CBDC peut être construite avec différents niveaux de contrôle, d’intermédiation et d’identification.
La ressemblance se limite souvent au fait que les deux sont numériques.
Une CBDC CEMAC devrait trouver une utilité face à MoMo
C’est probablement son problème numéro un.
Pourquoi un Camerounais ouvrirait-il un nouveau wallet de banque centrale alors qu’il possède déjà MTN MoMo ou Orange Money ?
S’il peut déjà envoyer 10 000 FCFA.
Recevoir.
Retirer.
Payer.
Acheter du crédit.
Payer certaines factures.
Que lui apporte le nouveau système ?
Une CBDC ne peut pas compter uniquement sur le mot « blockchain » pour convaincre.
Elle doit améliorer quelque chose.
La CBDC pourrait rester invisible
Le modèle le plus intéressant n’est pas forcément celui dans lequel chaque Camerounais télécharge « BEAC Wallet ».
La monnaie numérique pourrait être utilisée au niveau du règlement entre institutions.
Les banques et établissements de paiement continueraient de fournir les interfaces.
L’utilisateur garderait MoMo ou Orange Money.
Derrière, une nouvelle infrastructure de banque centrale réglerait certaines opérations.
La technologie deviendrait invisible.
Comme pour les stablecoins utilisés dans les remittances.
Une CBDC de gros pourrait avoir plus de sens
Les paiements institutionnels ne répondent pas aux mêmes besoins que les petits transferts mobiles.
Une CBDC de gros pourrait permettre aux banques, Trésors ou institutions régionales d’améliorer certains règlements.
Temps.
Disponibilité.
Interopérabilité.
Automatisation.
Livraison contre paiement.
Paiements transfrontaliers.
Ce sont des usages potentiellement plus convaincants qu’un nouveau wallet retail venu concurrencer frontalement des opérateurs déjà massifs.
La BEAC n’a pas arrêté publiquement ce choix.
GIMACPAY réduit déjà le besoin d’une révolution locale
L’infrastructure régionale s’améliore.
Le réseau GIMAC rend les paiements plus interopérables.
SYSTAC modernise les paiements de masse.
En août 2026, la BEAC annonçait la mise en production de SYSTAC 2 dans son programme de modernisation.
La banque centrale adopte également ISO 20022 dans ses systèmes.
Cela signifie qu’elle ne reste pas immobile face aux innovations numériques.
Une CBDC n’est qu’une possibilité parmi plusieurs outils de modernisation.
Le meilleur concurrent de la crypto peut être une meilleure infrastructure fiat
Cette idée vaut également pour le Cameroun.
Pourquoi utiliser un stablecoin pour une transaction régionale si le paiement en FCFA devient instantané, interopérable et bon marché ?
Pourquoi supporter un risque d’émetteur USDT ?
Pourquoi effectuer deux conversions ?
L’innovation crypto conserve son avantage mondial.
L’infrastructure fiat peut réduire son avantage local.
La compétition se joue dans les frictions.
Les stablecoins gardent l’avantage au-delà de la CEMAC
Une fois hors de la zone, le problème change.
Un FCFA n’est pas accepté nativement par une plateforme américaine.
USDT l’est beaucoup plus souvent.
Une entreprise chinoise peut accepter USDT.
Un freelance au Brésil peut être payé en USDC.
Un wallet à Dubaï peut recevoir exactement le même token qu’un wallet à Douala.
La blockchain offre un langage financier mondial.
Voilà sa force.
Le pont réglementé devient alors le produit stratégique
Le produit le plus important ne sera peut-être pas un exchange.
Ce sera peut-être une API.
Elle reçoit USDC.
Effectue les contrôles AML.
Convertit en XAF.
Dépose le montant via GIMAC ou mobile money.
Produit les informations comptables.
Calcule les frais.
Conserve les preuves.
Déclare les transactions nécessaires.
Bref Crypto observe déjà cette évolution dans la stratégie des grands groupes bancaires africains autour des paiements numériques et de la blockchain.
La frontière entre fintech et crypto peut devenir très fine.
Les banques finiront probablement par demander une clarification
La décision COBAC de 2022 était une mesure conservatoire.
Elle protège les bilans.
Elle empêche une banque de prendre directement une exposition non encadrée.
Mais le monde évolue.
Des banques internationales travaillent sur la tokenisation.
Des stablecoins commencent à être réglementés dans plusieurs juridictions.
Des dépôts bancaires tokenisés apparaissent.
Des marchés financiers expérimentent des titres on-chain.
À un moment, la CEMAC devra décider si toute interaction institutionnelle avec ces infrastructures reste interdite ou si certaines activités réglementées peuvent être ouvertes.
Le statu quo ne répondra pas éternellement à toutes les situations.
La COSUMAF a déjà ouvert une porte
C’est précisément pour cela que son cadre PSAN est intéressant.
L’autorité financière régionale reconnaît déjà que des intermédiaires spécialisés peuvent exister.
Elle fixe des conditions.
Elle exige un agrément.
Elle parle de sécurité.
De fonds propres.
De contrôle interne.
De lutte contre le blanchiment.
Dès lors, la question devient :
comment un PSAN agréé interagit-il avec une banque à laquelle la COBAC interdit de régler les transactions crypto ?
C’est l’une des incohérences que le futur cadre régional devra clarifier.
Le FMI demande cette harmonisation depuis plusieurs années
Le FMI avait identifié ce problème dès 2022.
Sa recommandation était que les superviseurs régionaux travaillent ensemble afin d’éviter des règles contradictoires entre BEAC, COBAC et COSUMAF.
Le dossier a ensuite progressé vers un groupe de travail commun.
Cela montre que l’ambiguïté n’est pas seulement une interprétation extérieure.
Les institutions elles-mêmes travaillent à la résoudre.
La République centrafricaine a accéléré le débat
La décision de la RCA d’adopter Bitcoin en 2022 avait provoqué une réaction régionale immédiate.
La CEMAC repose sur une monnaie commune.
Un État membre ne peut donc pas modifier isolément l’architecture monétaire sans créer des tensions avec les institutions régionales.
L’épisode a forcé la BEAC, la COBAC et la COSUMAF à traiter le sujet plus rapidement.
Le Cameroun bénéficie aujourd’hui, paradoxalement, de cette confrontation réglementaire.
Sans elle, le cadre PSAN régional aurait peut-être évolué plus lentement.
Le Cameroun peut devenir le plus grand marché PSAN de la CEMAC
Il suffit de regarder les paiements.
Population importante.
Plus grand marché économique de la zone.
Plus grande base mobile money.
Principal volume transactionnel régional.
Si un véritable système d’agrément PSAN devient pleinement opérationnel et si les relations avec les banques sont clarifiées, le Cameroun sera naturellement l’un des premiers marchés visés.
Il possède déjà le dernier kilomètre.
Il lui manque le pont réglementé.
Douala et Yaoundé ont aussi l’écosystème économique nécessaire
Le marché ne se résume pas aux particuliers.
Douala concentre entreprises, commerce, banques et importateurs.
Yaoundé concentre administrations, institutions et sièges publics.
Les besoins transfrontaliers sont réels.
Paiement de fournisseurs.
Services numériques.
Freelancing.
Commerce régional.
Investissement.
Trésorerie.
Certaines solutions blockchain peuvent devenir utiles pour ces activités.
Le potentiel ne garantit pas leur conformité.
Les entreprises camerounaises doivent éviter le raccourci USDT = dollar bancaire
Recevoir 20 000 USDT n’est pas identique à recevoir 20 000 dollars sur un compte bancaire.
La comptabilité.
La preuve de paiement.
La contrepartie.
Le traitement fiscal.
Le risque de l’émetteur.
La valorisation.
La conversion.
Tout doit être défini.
Un stablecoin simplifie le transport de la valeur.
Il ne simplifie pas automatiquement toute la vie juridique qui entoure cette valeur.
La tokenisation peut dépasser les cryptomonnaies
Le cadre COSUMAF ne parle pas seulement de Bitcoin.
Il encadre les jetons numériques.
Cela ouvre théoriquement la porte à une réflexion beaucoup plus large.
Titres financiers tokenisés.
Parts d’investissement.
Actifs réels.
Financement participatif.
Produits numériques.
Le Règlement général prévoit d’ailleurs des règles concernant le placement de jetons numériques et leur enregistrement dans un dispositif électronique partagé.
C’est un autre futur possible pour la blockchain en CEMAC.
Moins spectaculaire que les memecoins.
Beaucoup plus proche du marché financier.
La BVMAC pourrait un jour rencontrer les actifs tokenisés
La Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale centralise le marché boursier régional.
La COSUMAF supervise ce marché.
Le fait que son droit reconnaisse déjà les jetons numériques crée une base conceptuelle pour la tokenisation.
Cela ne signifie pas que les actions de la BVMAC sont déjà des tokens.
Ce serait aller beaucoup trop loin.
Cela signifie que le régulateur a commencé à écrire la grammaire juridique nécessaire à ce type d’innovation.
Les PSAN pourraient devenir les nouveaux intermédiaires régionaux
Une société agréée pourrait, selon les services autorisés, faciliter l’achat-vente, la conservation ou certaines opérations sur actifs numériques.
Si ce régime devient réellement actif, le marché changera.
Aujourd’hui, l’utilisateur regarde surtout :
l’application fonctionne-t-elle ?
Demain, il pourrait regarder :
qui l’a agréée ?
Pour quels services ?
Avec quelles obligations ?
Où sont conservés les actifs ?
Quelle couverture existe ?
Quel recours est possible ?
C’est une maturation importante.
Le risque est que le cadre soit trop lourd
Une réglementation exigeante protège.
Elle peut aussi tuer le marché local si elle devient inaccessible aux petites entreprises.
Une startup camerounaise ne dispose pas du budget d’un exchange mondial.
Fonds propres.
Audit.
Cybersecurity.
Compliance.
Conseillers juridiques.
Infrastructure.
Assurance.
Reporting.
Les coûts s’additionnent rapidement.
Si le ticket d’entrée devient trop élevé, seuls quelques groupes étrangers pourront l’assumer.
La CEMAC gagnerait des règles.
Elle pourrait perdre ses innovateurs.
Trop peu de règles crée le problème inverse
La solution n’est pas l’absence de contrôle.
Un exchange peut perdre les clés.
Détourner les dépôts.
Bloquer les retraits.
Mentir sur ses réserves.
Manipuler les prix.
Utiliser les fonds des clients.
Faire faillite.
Une plateforme locale non supervisée peut disparaître plus facilement qu’une banque.
L’utilisateur a besoin d’un minimum de garanties.
Le difficile équilibre se situe entre ces deux extrêmes.
Un sandbox pourrait avoir du sens
Le Cameroun et la CEMAC pourraient tester certains modèles avec des limites.
Nombre de clients.
Montants plafonnés.
Cas d’usage précis.
Période temporaire.
Contrôles renforcés.
Reporting obligatoire.
L’environnement réglementaire permettrait alors de mesurer les risques réels avant un déploiement massif.
Ce type d’approche serait particulièrement pertinent pour les ponts stablecoin-mobile money.
Les stablecoins devraient probablement être traités séparément
USDT ne ressemble pas à Dogecoin.
USDC ne fonctionne pas comme Bitcoin.
Un token indexé sur le FCFA poserait encore d’autres questions.
Le futur cadre gagnerait à distinguer les fonctions.
Un actif utilisé surtout pour spéculer.
Un stablecoin utilisé comme instrument de paiement.
Un token représentant une action.
Un token représentant un titre de dette.
Un NFT.
Une CBDC.
Les ranger dans une seule catégorie « crypto » serait juridiquement confortable.
Économiquement, ce serait médiocre.
Un stablecoin indexé sur le franc CFA serait-il possible ?
Techniquement, oui.
Une entreprise peut développer un token dont elle promet que chaque unité représente un FCFA.
Le vrai problème commence immédiatement après.
Qui conserve les réserves ?
Dans quelle banque ?
Peut-elle légalement les utiliser ?
Le token devient-il de la monnaie électronique ?
Faut-il un agrément d’établissement de paiement ?
Un agrément PSAN ?
Les deux ?
Le remboursement est-il garanti ?
Peut-il circuler hors de la CEMAC ?
Que se passe-t-il si l’émetteur fait faillite ?
Voilà pourquoi « créer un stablecoin CFA » est beaucoup plus facile en code qu’en droit.
La BEAC aurait forcément son mot à dire
Le franc CFA est la monnaie commune de la CEMAC.
Une entreprise privée qui émettrait à grande échelle une représentation numérique du FCFA toucherait directement au domaine monétaire.
La COSUMAF pourrait intervenir sur la nature du jeton.
La COBAC sur les banques et établissements concernés.
La BEAC sur le paiement et la monnaie.
Le GABAC sur les risques AML.
Encore cette architecture régionale.
La complexité peut sembler lourde.
Elle reflète simplement la portée de l’activité.
USDT possède un avantage : il existe déjà
Un stablecoin CFA doit construire sa liquidité.
USDT possède déjà une infrastructure mondiale.
Des exchanges.
Des traders.
Des paires.
Des wallets.
Des blockchains.
Des entreprises qui l’acceptent.
C’est un effet de réseau énorme.
Un stablecoin local ne peut pas se contenter d’être mieux adapté réglementairement.
Il doit aussi être utile.
La liquidité est aussi importante que la réglementation
Un token peut être parfaitement légal et presque inutilisable.
S’il n’existe aucun acheteur.
Aucun vendeur.
Aucun wallet.
Aucune intégration.
Aucun marché.
Aucune possibilité de conversion.
À l’inverse, un actif mondial peut devenir omniprésent avant même que le droit local sache exactement comment le traiter.
USDT illustre parfaitement ce décalage.
La réglementation rattrape souvent la liquidité.
Le Cameroun ne figure pas parmi les géants crypto africains
Il faut également éviter de transformer le potentiel en réalité déjà acquise.
Nigeria.
Afrique du Sud.
Éthiopie.
Kenya.
Ghana.
Plusieurs marchés subsahariens apparaissent beaucoup plus haut dans les classements Chainalysis récents.
Le Cameroun n’était pas dans le top 20 mondial 2025.
Son importance se situe davantage dans ses infrastructures financières et son poids dans la CEMAC.
C’est exactement ce qui rend le pays intéressant pour la prochaine phase.
Il n’a pas besoin d’être champion du trading
Supposons que les utilisateurs camerounais ne deviennent jamais les plus gros traders Bitcoin du continent.
Un prestataire pourrait tout de même utiliser USDC pour les remittances.
Une banque pourrait un jour utiliser une infrastructure tokenisée pour certains règlements réglementés.
Une fintech peut utiliser la blockchain pour le back-end.
Un importateur peut demander un service stablecoin conforme.
Une CBDC peut moderniser le règlement institutionnel.
L’adoption utile n’est pas toujours visible dans les volumes de trading retail.
Le futur peut être institutionnel plutôt que spéculatif
C’est probablement l’une des lectures les plus intéressantes pour le Cameroun.
Le pays possède un système mobile extrêmement développé.
Le gain marginal d’un nouveau wallet spéculatif n’est pas forcément extraordinaire.
Le gain d’une meilleure infrastructure internationale peut l’être.
Paiements transfrontaliers.
Commerce.
Règlement.
Tokenisation.
Interopérabilité.
Accès mondial.
Le prochain chapitre de la crypto camerounaise pourrait donc être beaucoup moins « acheter le prochain token » et beaucoup plus infrastructure financière.
Peut-on posséder du Bitcoin au Cameroun ?
Les textes examinés ne montrent pas une interdiction pénale générale imposée à tout particulier qui détiendrait du bitcoin dans son propre wallet.
La mesure de 2022 la plus restrictive vise les établissements soumis à la COBAC et leurs partenaires techniques dans les services de paiement.
Cela ne signifie pas que toute activité est automatiquement autorisée.
Exploiter professionnellement un exchange, conserver les fonds d’autres personnes, faire du démarchage financier ou traiter des volumes importants peut faire intervenir la réglementation COSUMAF, les règles AML, la fiscalité ou d’autres obligations.
Posséder et fournir un service sont deux activités différentes.
Bitcoin est-il une monnaie légale au Cameroun ?
Non.
Le franc CFA BEAC demeure la monnaie commune du système monétaire de la CEMAC.
Le Cameroun n’a pas accordé à Bitcoin le statut de monnaie ayant cours légal.
Un commerçant peut rencontrer des personnes souhaitant régler en crypto.
Cela ne place pas Bitcoin au même rang juridique que le FCFA.
Peut-on acheter Bitcoin avec MTN MoMo ?
Il peut exister des transactions P2P dans lesquelles MTN MoMo est utilisé pour régler en FCFA l’autre partie de l’échange.
Cela ne signifie pas que MTN vend du bitcoin.
Le service mobile money transfère alors la monnaie électronique.
Le BTC est transféré séparément.
L’utilisateur doit vérifier la plateforme, utiliser l’escrow lorsqu’il existe et éviter les offres qui demandent de poursuivre l’opération hors du système sécurisé.
Et avec Orange Money ?
Même principe.
Orange Money peut être utilisé dans la partie FCFA d’une transaction entre personnes.
Cela ne constitue pas automatiquement une intégration officielle crypto.
Orange Money Cameroun est un établissement de paiement réglementé et fait partie des structures citées dans le rapport de la COBAC.
Le statut du prestataire crypto doit être vérifié séparément.
USDT est-il interdit au Cameroun ?
Pour les établissements soumis à la COBAC, les restrictions de la décision de mai 2022 couvrent les cryptomonnaies et crypto-actifs de manière large.
Pour un particulier, le cadre ne se résume pas à une interdiction générale de possession.
USDT n’est cependant pas une monnaie officielle et son utilisation peut rencontrer les règles relatives au change, au paiement, à la fiscalité et à la lutte contre le blanchiment selon la transaction.
La disponibilité d’USDT dans un wallet n’est donc pas une autorisation réglementaire.
Une plateforme crypto peut-elle obtenir un agrément dans la CEMAC ?
Le droit COSUMAF prévoit précisément un agrément de prestataire de services sur actifs numériques.
Son Règlement général décrit les conditions, le dossier, les obligations de sécurité, les fonds propres et le dispositif AML attendus.
Il faut néanmoins vérifier concrètement qu’un opérateur donné possède bien l’agrément qu’il revendique.
Le cadre juridique et le nombre de prestataires effectivement opérationnels sous ce statut sont deux questions distinctes.
Une banque camerounaise peut-elle vendre du Bitcoin ?
La décision COBAC de 2022 interdit aux établissements assujettis de souscrire, détenir, échanger ou convertir des cryptomonnaies dans les conditions prévues par le texte.
Dans le cadre actuel, une banque ne peut donc pas simplement lancer un service BTC comme si cette restriction n’existait pas.
Toute évolution institutionnelle nécessiterait une clarification ou une modification du cadre régional.
Les revenus crypto sont-ils taxés ?
Le Cameroun a introduit depuis la loi de finances 2024 les revenus tirés des actifs numériques dans son dispositif fiscal.
La circulaire de la DGI mentionne notamment les plus-values occasionnelles réalisées par des personnes physiques fiscalement domiciliées au Cameroun lors de cessions d’actifs numériques.
Le Code renvoie toutefois les modalités précises d’application à un texte particulier du ministre chargé des Finances.
Il faut donc éviter d’appliquer arbitrairement un taux unique à toute opération crypto.
La BEAC va-t-elle lancer une CBDC ?
Elle travaille sur la question.
Un groupe de réflexion a été mis en place et la Banque centrale étudie une monnaie numérique pour la CEMAC avec d’autres institutions régionales.
Aucun franc CFA numérique grand public lancé officiellement n’apparaît toutefois dans les sources institutionnelles disponibles au 25 septembre 2026.
Recherche ne signifie pas lancement.
Cette CBDC remplacerait-elle MTN MoMo ?
Rien ne permet de l’affirmer.
La BEAC pourrait théoriquement construire une CBDC distribuée par des intermédiaires existants.
Dans ce scénario, MTN MoMo, Orange Money, banques ou autres prestataires conserveraient une relation directe avec les utilisateurs.
La CBDC fonctionnerait davantage comme infrastructure monétaire.
Le design n’est pas arrêté publiquement.
Bitcoin pourrait-il remplacer le mobile money ?
Pour les paiements quotidiens locaux, cela paraît peu évident.
Le mobile money possède déjà la distribution, les agents, la liquidité en FCFA et les habitudes des utilisateurs.
Bitcoin peut offrir d’autres propriétés.
Résistance à certaines formes de contrôle.
Self-custody.
Réseau mondial.
Offre monétaire prédéterminée.
Il répond donc à une autre logique.
La question intéressante n’est probablement pas « lequel va tuer l’autre ? ».
C’est « dans quels usages chacun est-il meilleur ? »
USDT pourrait-il remplacer le mobile money ?
Même réponse.
Pour acheter du pain à Douala, ajouter une conversion stablecoin n’apporte pas automatiquement une amélioration.
Pour recevoir un paiement depuis Dubaï, Londres ou New York, l’intérêt peut devenir beaucoup plus clair.
USDT est donc davantage complémentaire au dernier kilomètre mobile qu’un remplaçant évident.
Le plus grand risque pour l’utilisateur reste parfois très banal
Une arnaque.
Pas une attaque quantique.
Pas un bug mystérieux de consensus.
Un faux investissement.
Un escroc qui demande la seed phrase.
Une fausse plateforme.
Un faux support client.
Un P2P sorti de l’escrow.
Un rendement impossible.
Une transaction envoyée au mauvais réseau.
Le marché peut devenir technologiquement sophistiqué tout en restant exposé aux fraudes les plus simples.
La régulation ne remplacera jamais la sécurité personnelle
Même un exchange agréé peut être piraté.
Même un stablecoin réputé peut rencontrer des difficultés.
Même une blockchain robuste ne protège pas une seed phrase envoyée volontairement à un fraudeur.
Même une banque réglementée peut bloquer une transaction lorsqu’elle identifie un risque.
La réglementation améliore les recours et la discipline du marché.
Elle n’élimine pas le risque.
Le Cameroun a déjà construit la partie la plus difficile
Le plus impressionnant dans le dossier camerounais n’est finalement pas Bitcoin.
C’est le réseau financier numérique déjà présent.
Des dizaines de millions de comptes de paiement.
Des milliards d’opérations.
Orange Money.
MTN MoMo.
GIMAC.
Banques.
Interopérabilité.
Agents.
Commerçants.
Le pays possède déjà la distribution que les entreprises crypto essaient souvent de construire pendant des années.
Voilà son avantage.
Ce qui manque est la connexion juridique
La technologie permettant de convertir USDT vers FCFA existe.
La technologie permettant d’envoyer du bitcoin existe.
La technologie permettant de payer un wallet mobile existe.
La question est désormais institutionnelle.
Qui a le droit d’effectuer la conversion ?
Quel agrément ?
Quel accès bancaire ?
Quelles obligations AML ?
Quelles données ?
Quelle fiscalité ?
Quelle protection du client ?
Quelle relation avec la réglementation des changes ?
Ces réponses détermineront le véritable marché.
Conclusion
La crypto au Cameroun n’est ni totalement interdite ni véritablement intégrée au système financier.
Elle vit entre plusieurs textes.
Depuis le 6 mai 2022, la COBAC interdit aux établissements qu’elle supervise de détenir, acheter, convertir ou régler les crypto-actifs dans le cadre défini par sa décision. Cette règle est toujours un verrou majeur pour les banques, microfinances et établissements de paiement souhaitant intégrer directement Bitcoin ou USDT.
Quelques mois plus tard, la réglementation régionale du marché financier a pourtant reconnu les jetons numériques et les PSAN.
Puis la COSUMAF a construit un régime d’agrément.
Puis la CEMAC a renforcé son cadre AML sur les actifs virtuels.
Puis le Cameroun a commencé à fiscaliser explicitement certains revenus liés aux actifs numériques.
Ce n’est plus un vide.
C’est un puzzle.
Le FMI l’avait bien identifié : les différentes institutions régionales doivent rendre leurs approches cohérentes.
Le marché réel n’a pas attendu.
La BEAC reconnaissait déjà l’existence des achats P2P et de l’utilisation du mobile money pour accéder à la crypto.
Le Cameroun possède désormais environ 30,9 millions de comptes mobile money recensés selon les dernières données détaillées publiées pour 2024. Il domine largement les paiements de la CEMAC.
Voilà pourquoi le prochain tournant ne sera probablement pas un simple boom spéculatif.
Il sera infrastructurel.
Si la CEMAC parvient à rendre opérationnel un cadre PSAN cohérent avec les règles de la COBAC, une entreprise pourrait enfin savoir précisément sous quelles conditions elle peut connecter un stablecoin, une plateforme blockchain et le système financier régional.
Le potentiel est immense.
Un stablecoin arrive depuis l’étranger.
Il est vérifié.
Converti.
Le FCFA est envoyé par un rail local.
Le bénéficiaire utilise son wallet habituel.
La blockchain disparaît derrière le paiement.
C’est dans ce scénario que le Cameroun devient particulièrement intéressant.
Pas parce qu’il serait déjà le plus grand marché Bitcoin d’Afrique.
Il ne l’est pas.
Parce qu’il possède déjà l’une des infrastructures de paiement mobile les plus importantes du continent et qu’il se trouve au centre de la principale union monétaire d’Afrique centrale.
Le pays n’a donc pas besoin de la crypto pour découvrir l’argent numérique.
Il doit décider comment faire entrer les actifs numériques mondiaux dans un système qui fonctionne déjà.
Et la BEAC se trouve devant le même choix avec sa future CBDC.
Elle peut ajouter un nouveau wallet à une population qui en possède déjà plusieurs.
Ou utiliser la technologie pour améliorer les couches moins visibles : règlement régional, interopérabilité, paiements transfrontaliers et infrastructures financières.
Le deuxième scénario serait beaucoup plus profond.
En 2022, la réaction institutionnelle était surtout défensive.
Interdire aux banques de toucher directement aux cryptomonnaies.
En 2026, la situation a changé.
Les PSAN existent dans le droit régional.
Les actifs virtuels entrent dans les règles AML.
La fiscalité camerounaise reconnaît leurs revenus.
La BEAC étudie une CBDC.
Les paiements numériques poursuivent leur croissance.
La question n’est donc plus de savoir si la crypto existe au Cameroun.
Elle existe.
La question est de savoir quand le droit régional finira par aligner COBAC, COSUMAF, BEAC et GABAC suffisamment clairement pour transformer une activité encore largement P2P en véritable infrastructure financière réglementée.
Le jour où ce verrou sautera, le Cameroun disposera déjà de ce que beaucoup de marchés doivent encore construire : des millions de wallets, une forte habitude du paiement numérique et un réseau régional capable de distribuer la valeur.
Sources principales
Cette analyse privilégie les documents de la BEAC, de la COBAC, de la COSUMAF, du GABAC, de la Direction générale des Impôts du Cameroun, du FMI, du GAFI et de la Banque mondiale.
La décision COBAC du 6 mai 2022 constitue la référence principale concernant les restrictions imposées aux établissements financiers réglementés. Elle interdit notamment à ces établissements et à certains partenaires techniques de détenir, échanger ou convertir des cryptomonnaies et les oblige à surveiller les transactions qui leur sont liées.
Le volet consacré aux PSAN s’appuie sur le Règlement n°01/22/CEMAC/UMAC/CM/COSUMAF et sur le Règlement général de la COSUMAF du 23 mai 2023, qui définit les conditions d’agrément et les obligations applicables aux prestataires de services sur actifs numériques.
Le nouveau cadre de lutte contre le blanchiment repose sur le Règlement n°02/24/CEMAC/UMAC/CM du 20 décembre 2024, publié parmi les textes officiels du GABAC.
Les données mobile money proviennent principalement du Rapport 2024 sur les services de paiement dans la CEMAC, publié par la BEAC en avril 2026, ainsi que du rapport annuel de la COBAC.
La fiscalité des revenus d’actifs numériques repose sur le Code général des impôts camerounais et la circulaire d’application de la loi de finances 2024 publiée par la Direction générale des Impôts.
Enfin, aucune plateforme simplement accessible depuis le Cameroun n’est présentée dans ce guide comme « agréée par la BEAC », « approuvée par la COBAC » ou « autorisée par la COSUMAF » sans décision réglementaire vérifiable. L’accès à un site, l’existence d’une paire XAF ou l’utilisation de MTN MoMo ou Orange Money en P2P ne constituent pas une preuve d’agrément.