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Actualité Crypto Afrique

Crypto à Madagascar : Bitcoin, USDT, mobile money et eAriary

1,27 milliard de transactions mobile money en une année, plus de 6,1 millions de comptes actifs et une valeur annuelle équivalente à 95 % du PIB. Avant même de parler de Bitcoin, ces trois chiffres racontent déjà une bonne partie de la finance numérique malgache.

Une commerçante malgache utilise Bitcoin, USDT et mobile money devant le réseau eAriary
Madagascar prépare eAriary tandis que Bitcoin, USDT et mobile money occupent déjà des usages distincts.

En 2024, le nombre de transactions de mobile money est passé de 923,6 millions à 1,266 milliard, soit une progression proche de 37 %. Le nombre de comptes actifs a lui aussi bondi, de 4,82 millions en 2023 à 6,12 millions en 2024. Les données du Financial Access Survey du FMI montrent surtout que la valeur totale des opérations mobile money atteignait l’équivalent de 95,1 % du PIB, contre 78,9 % un an auparavant.

Madagascar n’attend donc pas la blockchain pour déplacer de l’argent avec un téléphone.

MVola.

Orange Money.

Airtel Money.

Réseaux d’agents.

Paiements publics.

Transferts sociaux.

Et désormais un système national de paiement instantané conçu par Banky Foiben’i Madagasikara pour rendre ces infrastructures interopérables.

Dans ce paysage déjà très numérique apparaît pourtant un autre marché.

Bitcoin.

USDT.

Exchanges internationaux.

Wallets personnels.

P2P.

Les données sont moins solides que pour le mobile money, mais l’activité est suffisamment importante pour que les autorités aient commencé à la traiter comme un sujet de sécurité financière.

En juin 2025, le directeur général du SAMIFIN déclarait publiquement qu’environ 100 millions de dollars de cryptomonnaies circuleraient chaque mois à Madagascar. Ce chiffre doit être considéré comme une estimation institutionnelle rapportée dans la presse, et non comme une statistique exhaustive issue d’un registre national de transactions. L’ordre de grandeur explique néanmoins pourquoi le service de renseignement financier a lancé une analyse spécifique des risques liés aux actifs virtuels et aux PSAV.

La réglementation, elle, commence à rattraper le phénomène.

La loi n°2023-026 a introduit dans le droit malgache les définitions d’« actif virtuel » et de « prestataire de services sur actifs virtuels ». Elle couvre notamment l’échange entre crypto et monnaie fiat, l’échange crypto-crypto, les transferts, la custody et les services financiers liés à l’émission ou à la vente d’actifs virtuels. Le SAMIFIN utilise désormais officiellement cette terminologie dans sa documentation.

Cela ne signifie pas que Madagascar possède déjà un régime VASP comparable à celui de Maurice.

C’est même l’une des principales nuances de ce guide.

Dans son suivi régional publié en 2025, l’ESAAMLG classait encore Madagascar « non compliant » sur la Recommandation 15 du GAFI, celle qui concerne notamment les nouvelles technologies, les actifs virtuels et les VASP.

La loi sait désormais ce qu’est un PSAV.

L’infrastructure complète permettant de le licencier, l’enregistrer et le superviser reste beaucoup moins lisible.

Et pourtant, sur la monnaie numérique publique, Madagascar est déjà allé beaucoup plus loin.

Banky Foiben’i Madagasikara développe l’eAriary, une monnaie numérique émise par la Banque centrale. La BFM explique elle-même qu’il s’agit d’une forme numérique de l’ariary, utilisable avec ou sans Internet, et prend soin de préciser que l’eAriary n’est pas une cryptomonnaie.

Le projet a franchi le stade de la simple réflexion.

Une phase expérimentale a été publiquement présentée en mai 2025. Quelques mois plus tard, eCurrency, fournisseur sélectionné pour le projet avec PayLogic, annonçait le démarrage de son volet pilote technologique. Aucun élément officiel ne permet toutefois d’affirmer qu’un eAriary retail a déjà été généralisé à l’ensemble de la population malgache en septembre 2026.

Madagascar construit donc simultanément trois couches monétaires.

L’ariary classique.

La monnaie électronique privée de MVola, Orange Money et Airtel Money.

Et une future monnaie numérique directement émise par la Banque centrale.

Bitcoin et USDT arrivent par-dessus.

Le résultat mérite mieux qu’un simple « crypto légale ou interdite ? ».

En bref

  • La simple détention de Bitcoin n’est pas frappée par une interdiction pénale générale comparable à celle de l’Algérie dans les textes officiels étudiés.
  • La loi n°2023-026 définit depuis 2023 les actifs virtuels et les PSAV, dont exchanges, transferts et custody.
  • Madagascar ne dispose toutefois pas encore d’un régime public de licences VASP aussi complet et lisible que Maurice ou l’Afrique du Sud. L’ESAAMLG classait encore le pays non conforme à la Recommandation 15 dans son suivi 2025.
  • SAMIFIN mène désormais des évaluations spécifiques sur les actifs virtuels et les PSAV et les intègre à la stratégie AML/CFT 2026-2030.
  • En août 2026, les autorités ont encore renforcé leurs capacités d’identification, de traçage et de récupération des crypto-actifs avec l’appui de l’ONUDC.
  • Le directeur général de SAMIFIN a estimé en 2025 qu’environ 100 millions $ de crypto circuleraient mensuellement à Madagascar. Il s’agit d’une estimation rapportée publiquement, pas d’un registre exhaustif.
  • Chainalysis classait Madagascar 96e mondiale en adoption crypto en 2024. Le pays reste loin des principaux marchés africains.
  • Le mobile money est beaucoup plus développé : 6,12 millions de comptes actifs et environ 1,27 milliard de transactions en 2024.
  • La valeur annuelle des transactions mobile money représentait 95,1 % du PIB en 2024.
  • L’eAriary est une CBDC expérimentale de Banky Foiben’i Madagasikara, pas une cryptomonnaie privée.
  • La BFM affirme que l’eAriary est conçu pour pouvoir fonctionner avec ou sans connexion Internet.
  • Le projet eAriary avait été lancé comme réflexion dès 2021 avant de passer vers une expérimentation en 2025.
  • Madagascar prépare parallèlement un Switch National de Paiement et un système de paiement instantané destiné à rendre banques, monnaie électronique et microfinance interopérables.
  • Le taux affiché par la BFM le 18 septembre 2026 était d’environ 4 370,87 Ar pour 1 USD et 4 974,91 Ar pour 1 EUR.
  • L’inflation atteignait 8,6 % en juin 2026 selon la Banque centrale.
  • Les remittances reçues représentaient environ 2,3 % du PIB en 2024.
  • Madagascar ne figure pas sur la liste grise du GAFI publiée le 19 juin 2026.

Crypto à Madagascar : la loi reconnaît enfin les PSAV

Madagascar ne part plus totalement de zéro. La loi n°2023-026 a fait entrer les actifs virtuels dans le vocabulaire juridique national, pendant que le SAMIFIN développe maintenant ses propres capacités d’analyse blockchain. Cette trajectoire rappelle d’autres marchés africains où la réglementation arrive après l’usage. Bref Crypto l’a notamment observé au Ghana, où les autorités ont dû construire une supervision autour d’un marché déjà actif.

Le changement malgache commence avec une définition.

La loi décrit l’actif virtuel comme une représentation numérique de valeur pouvant être échangée ou transférée numériquement et utilisée pour le paiement ou l’investissement. Elle exclut les représentations numériques de monnaies fiat, titres et autres actifs financiers déjà couverts par des dispositions particulières.

Cette dernière phrase compte beaucoup.

L’eAriary n’est pas juridiquement la même chose que Bitcoin.

Un solde MVola non plus.

Une action dématérialisée non plus.

Le droit commence donc à séparer les différentes formes de valeur numérique au lieu de les ranger sous un même mot.

C’était nécessaire.

Un PSAV couvre déjà beaucoup plus qu’un exchange

La définition malgache reprend largement la terminologie internationale.

Est considéré comme PSAV un professionnel effectuant pour ou au nom d’un client l’échange entre actifs virtuels et monnaie fiat, l’échange entre plusieurs actifs virtuels, leur transfert, leur conservation ou administration, ainsi que certains services financiers liés à l’offre ou la vente de ces actifs.

Donc :

un exchange peut être PSAV.

Un custodian aussi.

Un prestataire envoyant des USDT pour ses clients aussi.

Une entreprise qui conserve leurs clés privées entre également directement dans le sujet.

Le texte ne parle plus uniquement de « cryptomonnaies ».

Il regarde la fonction économique.

C’est une évolution importante, car le risque principal n’est souvent pas Bitcoin lui-même.

C’est l’intermédiaire.

Qui contrôle les clés ?

Qui reçoit l’ariary ?

Qui décide du retrait ?

Qui vérifie le client ?

Qui possède les fonds lorsqu’une plateforme fait faillite ?

Ce sont précisément les questions qu’un régime VASP complet doit résoudre.

Le régime de licence reste pourtant incomplet

C’est ici que Madagascar se distingue de Maurice.

Port-Louis possède des classes de licences, des exigences de capital, une autorité clairement identifiée et un registre.

Madagascar possède désormais les définitions et les obligations AML, mais les sources officielles consultées ne permettent pas d’identifier un mécanisme public équivalent permettant à une société de sélectionner une licence « exchange », « custody » ou « marketplace », déposer son dossier puis apparaître dans un registre national.

L’ESAAMLG confirmait encore ce retard en 2025 : Madagascar restait non conforme à la Recommandation 15.

Cette notation ne signifie pas que le pays « ne fait rien ».

Elle signifie que le dispositif n’atteint pas encore le niveau requis par les standards internationaux.

Et la suite des événements le montre bien.

Le SAMIFIN multiplie depuis les travaux spécifiquement consacrés aux actifs virtuels.

Le SAMIFIN prépare désormais la prochaine étape

En 2025 et 2026, les crypto-actifs quittent progressivement le domaine théorique.

Le SAMIFIN a intégré une évaluation des risques BC/FT liés aux actifs virtuels et aux PSAV dans ses travaux sectoriels. Sa nouvelle stratégie AML/CFT/FP 2026-2030, adoptée par le gouvernement fin 2025, s’appuie explicitement sur les évaluations de risques relatives aux personnes morales et aux actifs virtuels.

En février 2026, Madagascar a même organisé un échange technique avec l’unité égyptienne de renseignement financier portant entre autres sur les actifs virtuels et les VASP.

Puis, en août, le SAMIFIN réunit police, gendarmerie, BIANCO, INTERPOL et autres institutions pour un atelier consacré à :

identification ;

traçage ;

analyse ;

investigation ;

récupération des actifs virtuels.

L’ONUDC participe à l’assistance technique.

La crypto devient donc un vrai sujet d’enquête financière.

Pas seulement un investissement spéculatif discuté sur Facebook.

Les « 100 millions $ par mois » doivent être lus avec prudence

C’est probablement le chiffre crypto le plus impressionnant publié récemment à Madagascar.

En juin 2025, le directeur général du SAMIFIN déclarait qu’environ 100 millions de dollars de cryptomonnaies circuleraient chaque mois dans le pays.

Sur douze mois, cela représenterait théoriquement 1,2 milliard de dollars.

Dans une économie dont le PIB était de l’ordre de 19,6 milliards de dollars en 2025, le chiffre paraît considérable.

Il ne faut pourtant pas transformer cette déclaration en estimation du patrimoine crypto des Malgaches.

Un volume de transactions n’est pas un stock.

Les mêmes unités peuvent être transférées plusieurs fois.

Trading.

Transferts internes.

Exchange.

Wallet.

P2P.

Une même valeur peut réapparaître dans plusieurs mouvements.

Le chiffre montre surtout que les autorités ne considèrent plus le phénomène comme insignifiant.

Et c’est probablement ce qui accélère aujourd’hui les travaux réglementaires.

L’adoption réelle reste pourtant modeste à l’échelle mondiale

Madagascar n’est pas le Nigeria.

Ni l’Éthiopie.

Ni le Kenya.

Chainalysis le classait 96e dans son indice mondial d’adoption 2024.

La méthodologie 2025 a ensuite été fortement modifiée avec l’introduction d’une composante institutionnelle et la suppression d’un ancien sous-indice DeFi retail. Chainalysis ne place toujours pas Madagascar parmi les vingt premiers marchés mondiaux.

Ce point est important.

On trouve facilement sur Internet des chiffres affirmant que plusieurs millions de Malgaches posséderaient Bitcoin.

Les données publiques robustes ne permettent pas de soutenir de telles affirmations avec suffisamment de confiance.

Le marché crypto existe.

Il intéresse les autorités.

Il peut représenter des flux importants.

Mais le mobile money reste incomparablement plus répandu dans la vie quotidienne.

Le mobile money traite déjà 1,27 milliard d’opérations

C’est probablement le meilleur moyen de remettre les choses à l’échelle.

En 2024 :

1 266 657 937 transactions mobile money.

En 2023 :

923 583 159.

En 2022 :

726 600 830.

En 2020 :

350 421 863.

En quatre ans, l’activité a été multipliée par plus de trois.

On parle de près de 3,5 millions de transactions par jour en moyenne.

Ce réseau possède déjà les habitudes que l’industrie crypto essaie souvent de créer ailleurs :

wallet ;

numéro de téléphone ;

solde numérique ;

paiement marchand ;

P2P ;

cash-in ;

cash-out.

La question n’est donc pas de convaincre les Malgaches que de l’argent peut exister dans un téléphone.

Ils le savent déjà.

Le défi de Bitcoin et des stablecoins se situe ailleurs.

Plus de six millions de comptes sont réellement actifs

Le Financial Access Survey du FMI comptabilisait 6 118 287 comptes mobile money actifs en 2024, contre 4 820 440 en 2023.

Le FMI utilise ici une définition d’activité propre à sa base.

Ce chiffre n’est pas directement comparable à tous les nombres de comptes enregistrés annoncés commercialement par les opérateurs.

Il fournit néanmoins une série cohérente dans le temps.

Et la progression est rapide :

2020 : 2,59 millions.

2021 : 3,07 millions.

2022 : 3,80 millions.

2023 : 4,82 millions.

2024 : 6,12 millions.

Pendant ce temps, le FMI estimait dans son Article IV que seuls environ 14 % des plus de 15 ans possédaient un compte dans une institution financière, contre 19 % pour le mobile money selon les données disponibles à ce moment-là.

Le téléphone est donc déjà la porte d’entrée bancaire d’une partie importante du pays.

La valeur annuelle atteint 95 % du PIB

C’est probablement le chiffre le plus impressionnant du dossier.

En 2024, la valeur cumulée des transactions mobile money représentait 95,107 % du PIB.

En 2020 :

49,6 %.

En 2021 :

60,1 %.

2022 :

71,7 %.

2023 :

78,9 %.

Puis 95,1 %.

Attention encore à l’interprétation.

Cela ne signifie pas que le mobile money « produit » 95 % du PIB.

Une même unité d’argent peut changer de main plusieurs fois.

Le chiffre mesure la valeur brute des transactions rapportée à la taille de l’économie.

Il montre néanmoins une chose très simple :

la monnaie électronique n’est plus périphérique.

Elle fait partie de l’infrastructure financière nationale.

MVola, Orange Money et Airtel Money ont déjà gagné le terrain

Les trois grands noms sont connus.

MVola.

Orange Money.

Airtel Money.

Dans les rues, leurs agents permettent de convertir de l’argent liquide en solde électronique puis de faire l’opération inverse.

Ce dernier kilomètre compte énormément.

Une blockchain peut transporter 100 USDT de Paris à Antananarivo.

Elle ne transforme pas automatiquement ces tokens en billets d’ariary dans un village.

L’agent mobile money peut le faire une fois que l’infrastructure de conversion existe.

C’est pourquoi l’avenir africain de la crypto passera probablement moins par « Bitcoin contre mobile money » que par une connexion entre les deux. Bref Crypto suit déjà cette évolution avec les projets visant à convertir directement USDT et USDC vers les monnaies locales et le mobile money africain.

Madagascar possède déjà la partie la plus difficile :

un réseau utilisé quotidiennement.

Même les prestations sociales passent au mobile money

En août 2026, la CNaPS a étendu à toutes les régions de Madagascar le versement des allocations familiales par mobile money ou compte bancaire.

Ce détail donne une idée de la maturation de l’écosystème.

Le mobile money n’est plus seulement utilisé pour :

envoyer 20 000 ariary à un proche ;

acheter du crédit téléphonique ;

payer une petite facture.

L’État et les institutions sociales l’intègrent progressivement aux versements publics.

Un appel d’offres publié en septembre 2026 par le Fonds d’Intervention pour le Développement porte d’ailleurs encore sur des prestataires de transferts monétaires par mobile money dans le cadre d’un projet financé par la Banque mondiale.

La finance numérique locale possède donc des cas d’usage extrêmement concrets.

USDT devra faire mieux sur un autre terrain.

Le Switch national veut casser les silos

Pendant longtemps, les wallets africains ont souffert d’un problème simple.

Un réseau fonctionne très bien tant que l’expéditeur et le bénéficiaire utilisent le même prestataire.

Le problème apparaît lorsqu’ils utilisent deux systèmes différents.

Madagascar construit depuis plusieurs années un Switch National de Paiement sous l’égide de la BFM afin de connecter banques, établissements de monnaie électronique et institutions de microfinance.

Le projet comprend notamment une composante de paiement instantané et une composante de routage des transactions par carte.

L’instruction n°001/2024-DSP a ensuite établi le cadre du système de paiement instantané.

L’objectif : paiements en temps réel ou quasi réel, disponibles 24 heures sur 24 et 365 jours par an.

Encore un argument historique de la crypto qui devient progressivement un standard bancaire.

La concurrence avec les stablecoins devient plus intéressante

Une fois les paiements domestiques instantanés et interopérables, pourquoi utiliser USDT pour envoyer des ariary d’Antananarivo à Toamasina ?

Souvent, aucune bonne raison.

Le stablecoin ajoute :

conversion ;

spread ;

risque émetteur ;

réseau blockchain ;

wallet ;

reconversion.

Le système local déplace directement des ariary.

Le stablecoin devient nettement plus intéressant lorsqu’une frontière intervient.

Madagascar vers France.

Madagascar vers Maurice.

Madagascar vers Dubaï.

Madagascar vers une plateforme Web3.

C’est ici que les blockchains retrouvent leur avantage.

Cette évolution n’est pas propre à Madagascar. Bref Crypto observe déjà que les paiements numériques, stablecoins et dépôts tokenisés commencent à converger jusque dans les grandes banques africaines.

Les remittances représentent 2,3 % du PIB

La Banque mondiale estime les transferts personnels reçus à 2,3 % du PIB en 2024.

C’est loin des ratios du Sénégal, de la Gambie ou du Zimbabwe.

Cela représente néanmoins plusieurs centaines de millions de dollars par an.

Une partie de ces flux passe par les banques.

Une partie par des sociétés de transfert.

Une autre peut utiliser mobile money.

Les stablecoins peuvent essayer de prendre leur part.

Le modèle le plus efficace n’exige pas nécessairement que le bénéficiaire reçoive USDT.

Un travailleur à l’étranger paie.

Le prestataire utilise un stablecoin comme rail intermédiaire.

Un partenaire local convertit.

La famille reçoit des ariary sur MVola ou Orange Money.

La blockchain reste invisible.

Pour une population dont la pénétration Internet reste relativement limitée, cette architecture peut être beaucoup plus réaliste qu’une généralisation de MetaMask.

L’accès à Internet reste justement une contrainte énorme

La Banque mondiale estime que seulement 19 % de la population utilisait Internet en 2024.

DataReportal estimait environ 6,6 millions d’internautes au début de 2025, soit 20,4 % de la population selon sa méthodologie.

Ce chiffre doit tempérer plusieurs scénarios crypto.

DeFi.

Wallets web.

DEX.

Applications nécessitant une connexion constante.

Extensions navigateur.

Toutes ces solutions supposent un niveau de connectivité qui n’est pas encore universel.

Le mobile money, lui, peut fonctionner avec USSD et des téléphones beaucoup plus simples.

C’est un avantage considérable.

L’avenir crypto malgache devra probablement conserver cette contrainte en tête.

USDT répond surtout au dollar, pas au paiement local

Le 18 septembre 2026, Banky Foiben’i Madagasikara affichait environ 4 370,87 Ar pour un dollar et 4 974,91 Ar pour un euro.

USDT vise une valeur proche de 1 USD.

L’utilisateur qui convertit ses ariary en Tether ne change donc pas seulement de moyen de paiement.

Il change d’exposition monétaire.

Ariary vers dollar numérique.

Voilà la propriété que MVola ne cherche pas à offrir.

Un solde MVola de 100 000 Ar reste 100 000 Ar.

Un solde USDT suit le dollar.

Si l’ariary se déprécie face au dollar, la valeur des USDT augmente en monnaie locale.

Si l’ariary se renforce, l’effet inverse se produit.

Le stablecoin n’est donc pas simplement un wallet plus moderne.

Il constitue aussi une position de change.

L’inflation renforce l’intérêt sans créer une crise extrême

L’inflation annuelle affichée par la BFM atteignait 8,6 % en juin 2026.

La Banque mondiale avait estimé l’inflation moyenne de 2025 à environ 8,1 %.

Ce niveau est significatif.

Une épargne en ariary perd du pouvoir d’achat lorsque les revenus ne suivent pas.

Cela peut nourrir l’intérêt pour :

dollar ;

euro ;

or ;

USDT ;

Bitcoin.

Madagascar ne se trouve pourtant pas dans une hyperinflation.

Le stablecoin n’est donc pas une nécessité monétaire évidente pour l’ensemble de la population.

Son intérêt est beaucoup plus ciblé :

épargne en dollar ;

revenus internationaux ;

trading ;

paiements cross-border ;

Web3.

Les règles de change restent importantes

Madagascar possède toujours un Code des changes, la loi n°2006-008.

Ce cadre permet notamment aux autorités de soumettre certaines opérations financières entre résidents et non-résidents à déclaration, autorisation ou contrôle et d’imposer le rapatriement de certaines recettes provenant de l’étranger.

Le gouvernement et la BFM travaillent d’ailleurs encore à une modernisation du droit des changes et à la réduction progressive de certaines obligations de cession de devises.

Voilà pourquoi USDT ne doit jamais être présenté comme une solution magique permettant de faire disparaître le droit de change.

Un prestataire peut recevoir 2 000 USDT d’un client étranger.

La blockchain confirme la transaction.

Cela ne répond pas automatiquement aux questions :

quel est le revenu ?

faut-il le rapatrier ?

comment le comptabiliser ?

quelle fiscalité ?

quelle activité économique ?

Le protocole confirme un transfert.

Pas sa conformité.

Le freelance illustre parfaitement le problème

Imaginons un développeur malgache.

Il travaille pour une société à Singapour.

Facture : 1 000 dollars.

Le client paie en USDC.

Le wallet reçoit immédiatement les tokens.

Techniquement, excellent.

Ensuite commence la finance réelle.

Comment convertir ?

À quel taux ?

Quel intermédiaire ?

Comment justifier les fonds ?

Comment déclarer le revenu ?

Comment obtenir des ariary ?

La blockchain a résolu une partie du problème.

Pas l’ensemble.

Un futur VASP réglementé pourrait précisément devenir la passerelle manquante.

Le P2P comble aujourd’hui une partie de ce vide

Lorsque les rails institutionnels ne sont pas clairement développés, les utilisateurs se tournent naturellement vers le marché entre particuliers.

Un vendeur possède USDT.

Un acheteur possède des ariary.

Le paiement passe par mobile money ou banque.

L’escrow de la plateforme bloque les tokens.

Lorsque les fonds arrivent, le vendeur libère.

Le mécanisme est simple.

Il fonctionne dans de nombreux marchés africains.

Il possède aussi des risques importants.

Faux justificatif.

Compte volé.

Usurpation.

Sortie volontaire de l’escrow.

Phishing.

Faux support.

Token contrefait.

L’absence d’un registre national simple de VASP rend la vérification plus difficile.

Une application accessible n’est pas une licence malgache

Cette règle doit être répétée.

Binance.

Bybit.

OKX.

Ou n’importe quelle autre plateforme.

Le fait qu’une application fonctionne depuis Madagascar ne prouve pas qu’elle possède une licence délivrée par une autorité malgache.

Le fait qu’elle propose le P2P en ariary ne le prouve pas davantage.

Le droit malgache reconnaît désormais la catégorie PSAV.

Le dispositif d’autorisation publique reste beaucoup moins avancé.

C’est précisément pourquoi l’ESAAMLG maintenait en 2025 le pays au niveau « non conforme » pour la Recommandation 15.

La prudence réglementaire reste donc de mise.

Le SAMIFIN apprend déjà à suivre les wallets

Août 2026 apporte un changement intéressant.

Les enquêteurs malgaches sont désormais formés à :

identifier les actifs virtuels ;

suivre les transactions ;

analyser les blockchains ;

enquêter ;

retrouver et récupérer certains avoirs.

C’est une étape logique.

Bitcoin est pseudonyme.

Pas invisible.

Une adresse n’affiche pas « Jean Rakoto ».

Mais chaque transaction publique reste enregistrée.

Lorsque l’adresse touche un exchange KYC, un service connu ou un wallet déjà attribué, l’analyse peut commencer à relier les points.

Les stablecoins publics sont eux aussi largement traçables sur leurs blockchains.

Cette réalité détruit une vieille idée :

crypto = argent totalement anonyme.

Ce n’est pas aussi simple.

Madagascar reste hors de la liste grise du GAFI

La liste du 19 juin 2026 ne comprend pas Madagascar parmi les juridictions placées sous surveillance renforcée.

Le pays reste néanmoins engagé dans le processus de l’ESAAMLG.

Une mission d’évaluation mutuelle s’est déroulée du 13 au 30 juillet 2026. Le SAMIFIN avait préparé cette échéance pendant plusieurs mois en renforçant les évaluations des risques, y compris celles portant sur les actifs virtuels.

Ce calendrier peut accélérer la réglementation crypto.

La Recommandation 15 représente justement l’une des faiblesses connues.

Un futur rapport pourrait pousser Madagascar à mettre en place :

enregistrement ;

licence ;

autorité clairement désignée ;

supervision ;

Travel Rule ;

sanctions.

2027 pourrait donc être beaucoup plus important que 2026 sur le plan réglementaire.

Puis arrive l’eAriary

C’est probablement la partie la plus originale du dossier.

Madagascar ne possède toujours pas un régime VASP mature.

En revanche, sa Banque centrale travaille depuis plusieurs années sur une véritable monnaie numérique de banque centrale.

Le projet eAriary est formellement ancien.

Dès 2021, la BFM publiait une consultation destinée aux fournisseurs de technologies CBDC. L’objectif annoncé était d’améliorer l’inclusion financière et de réduire l’utilisation du cash.

À l’époque, le projet se trouvait encore en phase d’exploration.

Puis il avance.

L’eAriary est bien une CBDC

La documentation officielle BFM est particulièrement claire.

« eAriary » correspond à l’ariary sous forme numérique.

La monnaie est émise par Banky Foiben’i Madagasikara.

La BFM la distingue explicitement des cryptomonnaies et explique que ces dernières ne possèdent pas le même émetteur ni la même structure.

Ce point évite une énorme confusion.

eAriary ≠ Bitcoin.

eAriary ≠ USDT.

eAriary ≠ MVola.

Les quatre peuvent exister numériquement.

Leur architecture est différente.

L’émetteur aussi.

La responsabilité aussi.

La BFM veut même permettre l’utilisation hors connexion

C’est probablement l’une des fonctions les plus pertinentes pour Madagascar.

La brochure officielle indique que l’eAriary est pensé pour être utilisé avec ou sans Internet.

Quand seulement environ un cinquième de la population est connecté à Internet, l’offline n’est pas un gadget.

C’est presque une condition de massification.

Une CBDC qui exige de la 4G permanente exclurait une grande partie du pays.

La Banque centrale semble avoir compris cette contrainte dès la conception.

Et sur ce point, l’eAriary pourrait disposer d’un avantage direct sur de nombreux wallets crypto.

L’expérience publique commence en 2025

En mai 2025, la BFM présente une phase expérimentale de l’eAriary à Antananarivo.

Le gouverneur Aivo Andrianarivelo explique alors que la monnaie numérique doit compléter, et non remplacer, les solutions de mobile money.

Cette phrase est probablement la plus importante du projet.

La Banque centrale ne cherche pas nécessairement à tuer MVola.

Elle veut ajouter une nouvelle couche monétaire.

La différence est fondamentale.

Dans MVola, l’utilisateur possède de la monnaie électronique émise dans une infrastructure réglementée.

Dans un modèle CBDC retail, l’actif numérique représente directement de la monnaie de banque centrale selon l’architecture choisie.

L’expérience utilisateur peut être similaire.

La nature du passif ne l’est pas.

Le pilote technologique se précise ensuite

En octobre 2025, eCurrency annonce avoir été sélectionné pour le projet avec PayLogic et indique le démarrage de sa contribution à la phase pilote.

La société présente sa technologie comme capable d’intégrer l’eAriary à l’écosystème financier existant.

Comme il s’agit ici d’une communication du fournisseur, il faut la lire comme telle.

Elle confirme néanmoins une chose importante :

le projet dépasse désormais le simple document de réflexion publié quatre ans auparavant.

Une technologie est choisie.

Des partenaires existent.

Le pilote existe.

Ce qui manque encore en septembre 2026, c’est la preuve d’un déploiement national général auprès de toute la population.

L’eAriary n’est pas là pour remplacer le mobile money

Cette position officielle est économiquement logique.

MVola, Orange Money et Airtel Money possèdent déjà :

clients ;

agents ;

applications ;

marques ;

commerçants ;

cash-in ;

cash-out.

Pourquoi la Banque centrale reconstruirait-elle tout ce réseau depuis zéro ?

Une CBDC peut fonctionner en arrière-plan ou être distribuée à travers des prestataires existants.

La brochure BFM présente d’ailleurs plusieurs acteurs financiers dans l’écosystème du projet.

Le modèle définitif reste à observer.

Une architecture intelligente peut faire de l’eAriary une infrastructure commune plutôt qu’un quatrième wallet concurrent.

La CBDC doit résoudre un problème réel

Le risque existe pourtant.

Créer un eAriary simplement pour dire « Madagascar possède une CBDC » n’aurait pas beaucoup d’intérêt.

Le mobile money fonctionne déjà.

Le Switch national arrive.

Les paiements instantanés sont en développement.

Quel problème supplémentaire doit résoudre la CBDC ?

Paiement offline ?

Coûts ?

Aides sociales ?

Traçabilité ?

Résilience ?

Règlement interbancaire ?

Programmabilité ?

Inclusion ?

La réponse déterminera la valeur réelle du projet.

La BFM évoque notamment les paiements marchands, transports et transferts sociaux dans les usages expérimentaux.

Voilà des cas concrets.

Bitcoin et eAriary représentent deux philosophies opposées

La comparaison est fascinante.

Bitcoin :

pas de banque centrale.

Offre déterminée par protocole.

Réseau mondial.

Self-custody.

Prix flottant.

eAriary :

BFM comme émetteur.

Unité ariary.

Politique monétaire malgache.

Architecture nationale.

Valeur identique à l’ariary.

Il serait presque impossible d’imaginer deux formes de monnaie numérique plus différentes.

Et pourtant, elles peuvent coexister dans le même smartphone.

C’est ce qui rend Madagascar particulièrement intéressant dans cette série.

USDT se place quelque part entre les deux

Tether possède un émetteur central.

Mais le token circule sur des blockchains publiques.

Sa valeur cible le dollar.

Il peut être conservé dans un wallet personnel.

Il est mondial.

USDT est donc plus centralisé que Bitcoin sur certains aspects et plus ouvert que l’eAriary sur d’autres.

C’est aussi ce qui le rend potentiellement sensible pour la Banque centrale.

Une CBDC cherche à numériser l’ariary.

USDT facilite l’accès au dollar numérique.

Les deux ne se concurrencent pas seulement sur la technologie.

Ils se concurrencent potentiellement sur l’unité monétaire utilisée par l’épargnant.

L’eAriary peut-il réduire l’utilisation d’USDT ?

Pour les paiements locaux, éventuellement.

Si eAriary devient :

rapide ;

bon marché ;

interopérable ;

offline ;

facile à recevoir ;

facile à dépenser,

l’utilisateur aura peu de raisons d’utiliser USDT pour payer un marchand malgache.

Mais le stablecoin conserve ses avantages internationaux.

Un eAriary reste de l’ariary.

USDT reste du dollar numérique.

La CBDC ne supprime donc pas le cas d’usage de change.

Elle le rend simplement moins utile sur les paiements domestiques.

Madagascar pourrait avoir une architecture numérique très complète

Imaginons 2027 ou 2028.

Mobile money pour l’expérience utilisateur.

Switch national pour l’interopérabilité.

eAriary pour la monnaie centrale numérique.

VASP réglementés pour connecter Bitcoin et stablecoins.

Un bénéficiaire reçoit un paiement depuis l’étranger en USDC.

Le VASP le convertit.

Le Switch route les fonds.

Le wallet mobile affiche des ariary ou eAriary.

Chaque couche joue son rôle.

Ce modèle serait beaucoup plus réaliste que la disparition soudaine des banques, de MVola et de la monnaie nationale.

La tendance africaine se dirige d’ailleurs déjà vers cette convergence. Bref Crypto suit régulièrement les projets qui connectent Bitcoin, Lightning et mobile money sur le continent.

La fiscalité crypto reste une zone à clarifier

Les sources fiscales officielles consultées ne permettent pas d’identifier un régime national autonome du type :

« toute plus-value Bitcoin est imposée à X % ».

Il faut donc éviter d’inventer un taux.

Une activité économique réelle peut évidemment produire un revenu imposable.

Exchange.

Trading professionnel.

Prestation payée en USDT.

Vente de services.

Entreprise Web3.

Mais les qualifications dépendent des règles fiscales générales et du contexte.

L’absence d’une documentation publique crypto spécifique crée une autre raison d’accélérer la réglementation.

Un marché peut difficilement se formaliser si les utilisateurs ne savent pas comment comptabiliser leurs opérations.

Le contrôle des changes devra également être raccordé au futur régime

Le Code des changes permet toujours d’encadrer les flux financiers avec l’étranger.

Un stablecoin peut techniquement permettre de contourner les rails bancaires.

Il ne devrait pas être automatiquement interprété comme permettant de contourner légalement les obligations de change.

Le FMI indique d’ailleurs que Madagascar poursuit la réforme de sa politique de change, la modernisation du marché interbancaire et la réduction progressive de certaines obligations de cession de devises.

Si ces réformes facilitent l’accès normal aux devises, une partie de la demande pour USDT comme simple substitut au dollar bancaire peut diminuer.

C’est un phénomène important.

La meilleure réglementation crypto ne se trouve parfois pas dans une loi crypto.

Elle se trouve dans la réduction des frictions du système financier classique.

Peut-on posséder Bitcoin à Madagascar ?

Les textes officiels examinés ne montrent pas une interdiction générale de la simple possession comparable à la législation algérienne.

La loi 2023-026 reconnaît même explicitement la notion d’actif virtuel.

Cela ne signifie pas qu’un marché crypto complet et autorisé existe déjà.

La détention personnelle et l’activité professionnelle de service sont deux sujets différents.

Le second demeure beaucoup plus réglementairement inachevé.

Bitcoin est-il monnaie légale ?

Non.

L’ariary reste la monnaie nationale émise sous l’autorité de Banky Foiben’i Madagasikara.

La BFM possède le privilège d’émission monétaire et travaille désormais sur une forme numérique de cette même monnaie.

Bitcoin n’a pas acquis ce statut.

Un actif peut circuler sans devenir legal tender.

USDT est-il légal ?

La loi malgache définit largement les actifs virtuels et la définition couvre le type de valeur numérique transférable utilisé pour paiement ou investissement.

Aucune source officielle consultée ne montre une prohibition générale spécifique de Tether.

En revanche, l’absence d’un régime VASP complet et les règles de change créent une situation beaucoup moins simple qu’un « oui » absolu.

Le contexte de la transaction compte.

Peut-on acheter de la crypto avec MVola ?

Techniquement, des transactions P2P peuvent utiliser un transfert mobile money pour régler la partie en ariary.

Cela ne signifie pas que MVola vend Bitcoin.

MVola transfère la monnaie électronique.

Le vendeur ou la plateforme fournit le crypto-actif.

Les deux opérations sont distinctes.

Même logique pour Orange Money et Airtel Money.

Un wallet mobile n’est pas automatiquement un exchange.

Binance est-il agréé à Madagascar ?

Le fait qu’un utilisateur malgache puisse accéder à une plateforme ne constitue pas une licence délivrée par Madagascar.

En septembre 2026, aucun registre VASP public pleinement opérationnel comparable à ceux des juridictions les plus avancées n’a été identifié dans les sources officielles étudiées.

Le statut d’une plateforme internationale doit donc être distingué de son simple accès technique.

C’est précisément l’une des lacunes que l’application complète de la Recommandation 15 devrait finir par résoudre.

Un wallet personnel nécessite-t-il une licence ?

Contrôler ses propres clés est différent de conserver les actifs de clients à titre professionnel.

La définition du PSAV vise une personne physique ou morale exerçant à titre commercial, pour ou au nom d’un client, les activités prévues.

Un utilisateur qui détient simplement ses BTC dans un hardware wallet ne devient pas automatiquement un exchange ou custodian professionnel.

Cela ne le dispense pas des autres lois applicables à ses revenus ou transactions.

Le mining Bitcoin est-il interdit ?

Aucune loi générale de prohibition du minage comparable à celle adoptée par l’Angola n’a été identifiée dans les sources examinées pour ce guide.

Cela ne signifie pas absence de réglementation.

Électricité.

Importation de machines.

Fiscalité.

Activité commerciale.

Environnement.

Un mineur doit toujours considérer ces domaines.

Madagascar ne figure de toute façon pas parmi les grands centres mondiaux de hashrate documentés.

Pourquoi Madagascar n’est-il pas déjà un grand marché crypto ?

Plusieurs réponses.

Connectivité limitée.

Revenus relativement faibles.

Infrastructure bancaire inégale.

Liquidité locale crypto réduite.

Absence de cadre VASP lisible.

Et surtout concurrence d’un mobile money déjà extrêmement installé.

La Banque mondiale estime le PIB par habitant à environ 599 dollars en 2025.

Les frais, spreads et pertes liées aux erreurs représentent donc proportionnellement beaucoup plus pour un ménage que dans une économie riche.

Un mauvais transfert de 20 dollars peut avoir un coût réel important.

Les arnaques deviennent donc un risque majeur

Madagascar connaît déjà des fraudes liées au mobile money.

La crypto ajoute d’autres variantes.

Faux trader.

Investissement garanti.

Ponzi.

Faux USDT.

Seed phrase volée.

Faux support.

Application modifiée.

Wallet drainer.

Faux mining.

Un escroc peut même prétendre disposer d’une « licence PSAV Madagascar » dans un marché où le public n’a pas encore de registre simple pour vérifier.

Cette période réglementaire intermédiaire est particulièrement favorable aux fausses autorisations.

L’eAriary peut lui-même devenir une cible d’escroquerie

Autre risque à anticiper.

À mesure que la CBDC gagne en visibilité, des fraudeurs peuvent proposer :

« achat eAriary avant lancement ».

« investissement eAriary ».

« token officiel BFM ».

« airdrop eAriary ».

Il faut être extrêmement clair.

L’eAriary est un projet de la Banque centrale.

Ce n’est pas un token spéculatif à acheter avant cotation.

La documentation BFM précise justement qu’il s’agit de la monnaie nationale sous forme numérique et non d’une cryptomonnaie.

Un « eAriary » vendu sur un DEX n’est donc pas automatiquement le produit officiel.

La seed phrase reste le point le plus fragile

Ni Banky Foiben’i Madagasikara.

Ni SAMIFIN.

Ni un opérateur mobile.

Ni un exchange légitime.

N’ont besoin des douze ou vingt-quatre mots d’un wallet personnel pour vérifier une identité.

Ces mots contrôlent généralement les fonds.

Les communiquer revient souvent à remettre l’argent à l’interlocuteur.

Cette pédagogie est encore plus importante dans un pays où des millions de nouveaux utilisateurs financiers arrivent par le téléphone.

Un smartphone est à la fois agence bancaire, wallet mobile et potentiellement wallet crypto.

Une seule compromission peut toucher plusieurs services.

2027 devra surtout apporter une vraie licence PSAV

Voilà le prochain dossier à surveiller.

Madagascar possède désormais :

une définition légale ;

une évaluation des risques ;

une stratégie AML ;

des équipes formées au traçage ;

une évaluation ESAAMLG récente ;

un marché crypto réel.

Ce qui manque est le passage de cette architecture de lutte contre le risque vers une architecture permettant aux acteurs légitimes de fonctionner.

Qui délivre la licence ?

Quelles conditions ?

Quel capital ?

Quel audit ?

Quelle cybersécurité ?

Quelle custody ?

Quelle Travel Rule ?

Quel registre ?

Quel traitement des exchanges étrangers ?

Quel régime pour les stablecoins ?

Ce sont les questions de 2027.

L’ESAAMLG peut accélérer le calendrier

Madagascar a reçu en juillet 2026 la mission sur place de sa nouvelle évaluation mutuelle ESAAMLG.

Le pays connaît déjà sa faiblesse historique sur la Recommandation 15.

Il possède donc une incitation claire à agir.

La loi 2023-026 constitue une première réponse.

Les analyses de risques constituent la deuxième.

La formation des enquêteurs constitue la troisième.

Le régime de licence devrait logiquement être l’une des prochaines.

Il faudra cependant attendre un texte officiel avant d’annoncer que cette étape est terminée.

Le vrai avantage pourrait venir de l’intégration avec le mobile money

Madagascar n’a probablement aucun intérêt à recréer un monde crypto séparé de son système financier.

Les chiffres parlent trop fort.

1,27 milliard d’opérations.

6,12 millions de comptes actifs.

95 % du PIB en valeur transactionnelle.

Le marché existe déjà.

La meilleure stratégie consiste à construire les ponts.

USDT → ariary.

Bitcoin → mobile money.

eAriary → wallet.

Banque → Switch.

Stablecoin → VASP réglementé.

Le client final choisit ensuite le produit adapté.

C’est précisément cette convergence que l’on observe dans le reste de l’Afrique. Bref Crypto analyse déjà la montée des stablecoins dans les paiements transfrontaliers africains.

Madagascar pourrait en devenir un cas particulièrement intéressant.

Le mobile money restera probablement dominant au quotidien

Pour acheter du riz.

Envoyer de l’argent à un parent.

Payer une facture.

Recevoir une prestation sociale.

Le mobile money bénéficie déjà d’un effet réseau immense.

Bitcoin n’a aucune obligation de le remplacer pour être utile.

USDT non plus.

La blockchain peut se concentrer sur ce qu’elle fait mieux :

actifs internationaux ;

cross-border ;

self-custody ;

marchés globaux ;

programmabilité.

Le mobile money peut continuer à faire ce qu’il fait mieux :

ariary ;

agents ;

cash ;

support local ;

petits paiements.

Le futur ne sera probablement pas un gagnant unique.

L’eAriary rend enfin Madagascar beaucoup plus intéressant qu’il n’y paraît

Pendant longtemps, Madagascar pouvait sembler périphérique dans le débat crypto africain.

Pas dans le top des marchés.

Pas de grand exchange local.

Pas de hub de mining.

Pas de règlement VASP sophistiqué.

Puis les choses changent.

Une CBDC pilote.

Un Switch national.

Une loi qui reconnaît les actifs virtuels.

Une évaluation des risques PSAV.

Une formation des enquêteurs.

Un mobile money équivalant presque au PIB annuel en flux.

L’ensemble commence à former une stratégie numérique.

Encore fragmentée.

Mais réelle.

Madagascar ne cherche peut-être pas à devenir un hub Bitcoin.

Il peut devenir quelque chose de plus intéressant : un laboratoire de coexistence entre monnaie centrale numérique, monnaie électronique privée et actifs crypto mondiaux.

Conclusion

La crypto à Madagascar n’est ni un marché interdit ni un marché pleinement réglementé.

C’est précisément ce qui rend la situation de 2026 intéressante.

La première évolution est juridique.

La loi n°2023-026 reconnaît désormais formellement les actifs virtuels et les prestataires qui fournissent des services autour d’eux. Exchange entre crypto et monnaie fiat, échange entre tokens, transfert, custody et activités liées à l’émission sont désormais des concepts inscrits dans le droit malgache.

C’est acquis.

En revanche, l’étape suivante reste à confirmer.

Madagascar ne dispose pas encore d’une machine réglementaire VASP comparable à Maurice.

L’ESAAMLG le rappelait encore brutalement en 2025 avec une notation NC, non conforme, sur la Recommandation 15.

Cela ne signifie pas immobilisme.

Le SAMIFIN a considérablement accéléré.

Évaluation des risques.

Nouvelle stratégie 2026-2030.

Échanges internationaux.

Formation des enquêteurs.

Analyse blockchain.

Récupération des actifs numériques.

En août 2026, le pays formait encore ses institutions à suivre les flux crypto avec l’appui de l’ONUDC.

Madagascar apprend donc déjà à contrôler un marché qu’il n’a pas encore totalement organisé.

Le deuxième fait majeur est économique.

La crypto reste petite face au mobile money.

6,12 millions de comptes actifs.

1,27 milliard de transactions en 2024.

95,1 % du PIB en valeur transactionnelle.

Ces chiffres devraient changer toute la manière de parler de Bitcoin sur la Grande Île.

Madagascar n’a pas besoin d’une technologie permettant « d’envoyer de l’argent avec un téléphone ».

Cette révolution est déjà passée.

Le téléphone est déjà un outil financier.

Le futur crypto devra apporter autre chose.

Le dollar numérique.

La self-custody.

Le règlement international.

L’accès aux marchés mondiaux.

Des infrastructures programmables.

Voilà pourquoi USDT peut être plus intéressant que Bitcoin sur certains usages.

À environ 4 371 ariary pour un dollar en septembre 2026 et avec une inflation encore à 8,6 % en juin, l’exposition au dollar possède un intérêt économique évident pour certains utilisateurs.

Ce n’est pas une raison pour considérer USDT comme sans risque.

Le token dépend d’un émetteur.

D’une réserve.

D’une blockchain.

D’une infrastructure d’achat et de vente.

Et, à Madagascar, d’un environnement réglementaire encore incomplet.

Puis arrive le troisième élément.

L’eAriary.

C’est lui qui distingue vraiment Madagascar de plusieurs pays déjà couverts dans cette série.

La BFM ne parle plus seulement d’un projet théorique.

Elle a défini la monnaie.

Choisi une architecture.

Lancé une expérimentation.

Sélectionné des partenaires.

Et elle insiste sur un point :

l’eAriary n’est pas une cryptomonnaie.

Cette précision est fondamentale.

Bitcoin n’a pas d’émetteur central.

eAriary en a un.

USDT vise le dollar.

eAriary reste l’ariary.

MVola représente de la monnaie électronique dans une infrastructure privée réglementée.

eAriary représente une nouvelle forme de monnaie centrale selon l’architecture retenue.

Quatre modèles peuvent donc cohabiter.

Et l’idée la plus intéressante du projet est peut-être l’offline.

Seulement environ un Malgache sur cinq utilisait Internet selon les dernières données disponibles.

La BFM veut pourtant permettre à l’eAriary de fonctionner avec ou sans Internet.

Si cette promesse fonctionne techniquement à grande échelle, elle répond à une vraie contrainte du pays.

Ce n’est pas un gadget blockchain.

C’est de l’infrastructure.

Le quatrième élément est le Switch national.

Madagascar prépare déjà les paiements instantanés et l’interopérabilité entre prestataires.

Cela réduit encore l’espace où les crypto-actifs peuvent simplement vendre la vitesse.

Le débat devient plus exigeant.

Un stablecoin doit offrir mieux qu’un paiement rapide.

Bitcoin doit offrir mieux qu’un transfert mobile.

Et ils le peuvent.

À condition de viser les bons problèmes.

Le commerce international.

Les freelances.

Les remittances.

La self-custody.

Les actifs mondiaux.

Les règlements qui sortent du système malgache.

Bref, la frontière.

C’est précisément ce que montrent déjà les nouvelles passerelles africaines entre stablecoins, monnaies locales et mobile money.

Le modèle le plus crédible pour Madagascar ressemble probablement à ceci.

Un client étranger paie 500 USDC.

Un VASP réglementé reçoit.

Il applique le KYC.

Convertit.

Le Switch transmet.

Le bénéficiaire voit des ariary sur son compte mobile.

La blockchain a fait son travail.

Le client malgache n’a jamais dû apprendre ce qu’est Tron.

Voilà une vraie infrastructure de paiement.

Et si l’utilisateur souhaite au contraire conserver Bitcoin dans son propre wallet, cette option répond à une autre logique, celle de la self-custody et d’un actif mondial non émis par la Banque centrale.

Il n’y a aucune raison de forcer les deux usages dans la même case.

Madagascar possède donc un avantage inattendu pour la suite.

Il peut observer les erreurs commises ailleurs.

Laisser le secteur crypto se développer entièrement hors contrôle n’est plus nécessaire.

Interdire tout le marché non plus.

Maurice montre comment licencier.

Le Kenya construit son cadre.

Le Ghana organise désormais ses superviseurs.

Et les régulateurs africains renforcent rapidement leurs règles sur stablecoins, wallets et VASP.

Madagascar peut construire son régime après avoir déjà identifié ses risques.

La priorité de 2027 paraît donc assez claire :

transformer la reconnaissance juridique des PSAV en véritable cadre opérationnel.

Une autorité.

Un registre.

Une licence.

Des exigences prudentielles.

Une règle de custody.

Une Travel Rule.

Des procédures pour les plateformes étrangères.

Une fiscalité lisible.

Une articulation avec le Code des changes.

Et surtout une connexion avec les rails de paiement que les Malgaches utilisent réellement.

Si cette étape arrive, Madagascar pourrait devenir beaucoup plus intéressant pour l’industrie crypto que son classement actuel d’adoption ne le laisse penser.

Le pays ne possède peut-être pas encore un grand marché Bitcoin.

Il possède déjà quelque chose de plus difficile à construire :

des millions d’utilisateurs habitués à l’argent numérique, un réseau mobile money massif et une Banque centrale qui expérimente sa propre monnaie digitale.

Il ne manque plus que les ponts.

Sources principales

La base juridique crypto repose principalement sur la loi n°2023-026, qui a introduit les définitions des actifs virtuels et des PSAV dans le dispositif malgache de lutte contre le blanchiment. Le texte couvre notamment échange crypto-fiat, crypto-crypto, transfert et custody.

Le SAMIFIN confirme ces définitions dans son lexique officiel et publie désormais une évaluation spécifique des risques liés aux actifs virtuels et aux PSAV.

L’état de conformité réglementaire repose sur les travaux de l’ESAAMLG, qui classait encore Madagascar non conforme à la Recommandation 15 dans son suivi 2025.

Les chiffres du mobile money proviennent du Financial Access Survey du FMI : 6,12 millions de comptes actifs, 1,27 milliard de transactions et une valeur équivalente à 95,1 % du PIB en 2024.

Le projet eAriary est documenté directement par Banky Foiben’i Madagasikara. La BFM le définit comme une forme numérique de l’ariary émise par la Banque centrale, distincte des cryptomonnaies et conçue notamment pour fonctionner avec ou sans Internet.

La progression du pilote est documentée par les annonces de 2025 et par le partenaire technologique eCurrency.

Les données macroéconomiques actuelles proviennent de la BFM et de la Banque mondiale : environ 4 370,87 Ar/USD au 18 septembre 2026, inflation de 8,6 % en juin et remittances équivalentes à 2,3 % du PIB en 2024.

Sources citées3
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Mosengo Léon
Auteur

Mosengo Léon

Mosengo Léon est un analyste crypto et rédacteur pour BrefCrypto.com, reconnu pour ses analyses approfondies des marchés Bitcoin et cryptomonnaies, l’impact des événements structurants comme les crises et levées de fonds, et sa capacité à rendre accessibles les enjeux techniques et économiques de la blockchain pour investisseurs et passionnés