Bitcoin affronte un dollar beaucoup plus fort
Le DXY était encore sous 100 début septembre. Un mois plus tard, il dépasse 101,7, soit une progression d’environ 2 % sur trente jours et son plus haut niveau depuis mai 2025.
Cette accélération arrive alors que Bitcoin résiste déjà à une spectaculaire hausse des rendements obligataires.
Le Treasury américain à 10 ans évolue désormais autour de 5,3 %, avec un pic à 5,34 %, son niveau le plus élevé depuis 2002. Des rendements aussi élevés attirent davantage de capitaux vers les actifs libellés en dollars et augmentent mécaniquement la demande pour la monnaie américaine.
L’euro subit l’autre côté du mouvement. Il est passé sous 1,13 dollar pour la première fois depuis mai 2025 et touche un plus bas de 17 mois. La livre sterling, le yen et plusieurs devises asiatiques reculent également.
Pour les marchés crypto, la mécanique est assez classique : un dollar fort réduit généralement l’appétit pour les actifs dont la valorisation dépend fortement de la liquidité mondiale.
Le DXY n’a pas encore cassé Bitcoin
La réaction de Bitcoin reste pourtant relativement contenue.
BTC évolue autour de 83 700 à 84 000 dollars, après avoir brièvement dépassé 85 500 dollars mercredi lorsque l’inflation PCE américaine est ressortie plus faible que prévu. Le rebond a rapidement disparu lorsque les rendements obligataires sont restés proches de leurs sommets.
C’est précisément la combinaison la moins confortable pour Bitcoin : dollar fort + rendements réels élevés.
Un investisseur peut aujourd’hui obtenir plus de 5 % sur certaines maturités du Treasury. Plus ce rendement augmente, plus le coût d’opportunité de conserver un actif sans coupon comme Bitcoin devient élevé.
Mais BTC ne s’effondre pas.
Après son deuxième meilleur troisième trimestre historique, Bitcoin reste autour de 84 000 dollars et affiche même une légère progression sur les dernières 24 heures. La résistance est d’autant plus notable que le Nasdaq et les marchés européens subissent eux aussi la pression des taux élevés.
Dollar fort et Bitcoin ne sont pas toujours ennemis
La relation entre DXY et Bitcoin est souvent inverse, mais elle n’est pas mécanique.
Un dollar fort peut peser sur BTC lorsqu’il reflète une politique monétaire plus restrictive. Dans ce cas, les taux augmentent, la liquidité diminue et les investisseurs réduisent généralement leur exposition aux actifs risqués.
Mais le contexte actuel possède une deuxième dimension.
Le dollar monte aussi parce que les marchés sont préoccupés par la dette, les déficits publics, l’inflation et la faiblesse relative des autres grandes économies. Les mêmes inquiétudes peuvent, à plus long terme, soutenir le récit de Bitcoin comme actif monétaire rare.
C’est pourquoi les rendements américains élevés avaient déjà placé Bitcoin dans une situation paradoxale : mauvais signal à court terme, mais argument supplémentaire pour ceux qui voient BTC comme une protection contre la dépréciation monétaire.
Le DXY, présenté par ICE comme un indice du dollar face à un panier de devises, devient donc un indicateur à surveiller de très près.
Un passage durable au-dessus de 102 renforcerait probablement la pression macro sur les actifs risqués. À l’inverse, un reflux du dollar accompagné d’une détente des rendements pourrait redonner de l’espace au BTC pour attaquer les résistances situées entre 85 000 et 90 000 dollars.
Pour l’instant, le constat est assez inhabituel : le dollar vient d’atteindre son plus haut niveau depuis mai 2025, les rendements américains sont au plus haut depuis 2002, et Bitcoin tient toujours autour de 84 000 dollars.