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Actualité Bitcoin

Bitcoin : la « malédiction » des midterms menace-t-elle 2026 ?

Bitcoin aurait-il un problème avec les élections américaines de mi-mandat ? À chaque midterm depuis la naissance du BTC, une forte correction est apparue à proximité du scrutin. Le rapprochement est suffisamment frappant pour circuler à nouveau alors que les prochaines élections fédérales américaines auront lieu le 3 novembre 2026. Bitcoin évolue aujourd’hui autour de 83 000 dollars, après avoir déjà chuté de plus de 50 % depuis son record supérieur à 125 000 dollars. L’histoire mérite donc d’être regardée. Elle raconte toutefois quelque chose de plus complexe qu’une simple « malédiction électorale ».

Bitcoin entre le calendrier des élections américaines et le cycle du halving
Le rapprochement entre midterms et corrections de Bitcoin ne démontre pas une relation de cause à effet.

2010 lance une statistique très fragile

Bitcoin existait déjà lors des élections de mi-mandat du 2 novembre 2010. C’est important, car beaucoup de graphiques viraux commencent seulement en 2014. Pourtant, si l’on affirme que le phénomène s’est produit lors de « chaque midterm de l’histoire de Bitcoin », 2010 doit faire partie du calcul.

Le marché n’avait évidemment rien à voir avec celui d’aujourd’hui. BTC valait environ 0,19 dollar le jour du scrutin, avec une liquidité extrêmement faible et des données historiques parfois incomplètes. Quelques jours plus tard, il s’envolait jusqu’à environ 0,44 dollar le 8 novembre, avant de retomber vers 0,22 dollar dès le lendemain.

Une chute de 50 % en une journée après avoir plus que doublé en quelques séances : techniquement, le mot crash fonctionne.

Cela montre surtout la fragilité de l’exercice. Bitcoin vient aujourd’hui d’un marché totalement différent, avec ETF, institutions et une structure beaucoup plus profonde. Comparer directement une variation de novembre 2010 avec 2026 n’a donc que peu de valeur statistique.

Le mois de novembre 2010 s’était d’ailleurs terminé autour de 0,22 dollar, au-dessus du niveau observé le jour des élections.

Dit autrement, on peut sélectionner une chute spectaculaire une semaine après le vote. On peut tout aussi facilement constater que Bitcoin a terminé le mois plus haut.

Le premier point du fameux schéma existe, mais il est loin d’être propre.

2014 ne colle pas vraiment au récit

Les élections américaines du 4 novembre 2014 constituent un cas encore plus intéressant.

Bitcoin valait environ 330 dollars le jour du scrutin. Il ne s’est pas effondré après le vote. C’est exactement l’inverse qui s’est produit : BTC a progressé jusqu’à environ 423 dollars le 12 novembre, soit près de 28 % de hausse en huit jours.

Le véritable mouvement baissier est arrivé ensuite.

Après un passage au-dessus de 450 dollars pendant la première moitié de novembre, Bitcoin a progressivement reperdu du terrain. Il a terminé décembre autour de 320 dollars, avant de plonger jusqu’à environ 172 dollars en janvier 2015.

Sur une fenêtre suffisamment large, on peut donc effectivement relier un crash aux midterms. Le problème est que la même méthode permettrait de relier presque n’importe quel événement à une baisse intervenant plusieurs semaines plus tard.

Le contexte de 2014 était autrement plus lourd. Bitcoin venait de dépasser 1 100 dollars fin 2013, avant d’entrer dans un bear market historique marqué notamment par l’effondrement de Mt. Gox. L’année 2014 s’est finalement soldée par environ -56 % pour BTC.

La baisse existait donc bien avant le vote.

C’est un détail particulièrement important pour 2026. Bitcoin a lui aussi déjà traversé un véritable bear market cette année, après avoir chuté de son sommet d’octobre 2025 vers la zone des 60 000 dollars en juin.

Dans les deux cas, les midterms arrivent après une grande correction. Ils ne la créent pas nécessairement.

2018 offre le cas le plus convaincant

2018 ressemble beaucoup plus au graphique viral.

Les élections de mi-mandat avaient lieu le 6 novembre. Bitcoin évoluait alors autour de 6 400 dollars et stagnait depuis plusieurs mois dans une zone relativement étroite. Puis, le 14 novembre, huit jours après le scrutin, le support des 6 000 dollars a brutalement cédé.

BTC est descendu jusqu’à environ 5 533 dollars dans la journée.

Cinq jours plus tard, il passait sous 5 000 dollars. Mi-décembre, Bitcoin approchait 3 200 dollars. En quelques semaines, la dernière grande jambe du bear market de 2018 venait de retirer environ la moitié de sa valeur.

La proximité avec les élections est donc réelle.

Elle ne suffit toujours pas à établir une relation de cause à effet. Reuters rapportait à l’époque que le marché attribuait notamment la chute aux tensions autour du hard fork de Bitcoin Cash, à la faiblesse persistante de la demande et à un environnement crypto déjà extrêmement dégradé.

Bitcoin avait surtout commencé l’année près de 14 000 dollars après son sommet de décembre 2017 autour de 20 000 dollars.

Le crash de novembre n’a pas créé le bear market. Il l’a terminé.

L’année 2018 s’est finalement conclue sur une baisse proche de 73 %. Le rapprochement avec les élections est spectaculaire graphiquement, mais les facteurs fondamentaux se trouvaient ailleurs.

Et un détail revient : nous étions encore environ deux ans après un halving.

Ce point mérite beaucoup plus d’attention que Washington.

2022 tombe presque exactement sur le vote

Si 2018 est troublant, 2022 l’est encore davantage.

Les élections américaines ont eu lieu le 8 novembre 2022. Bitcoin clôturait le 7 novembre autour de 20 600 dollars. Le lendemain, il plongeait vers 18 500 dollars, puis touchait environ 15 350 dollars le 9 novembre.

Cette fois, impossible de nier la brutalité du timing.

Mais impossible aussi d’ignorer ce qui se passait simultanément : FTX s’effondrait.

Les inquiétudes sur la solvabilité de l’exchange de Sam Bankman-Fried avaient explosé durant le week-end précédent. Le 8 novembre, Binance annonçait un accord non contraignant pour reprendre FTX. Il serait abandonné le lendemain. Le 11 novembre, FTX déposait le bilan.

Bitcoin a perdu près de 20 % sur la semaine.

L’histoire est donc assez claire. BTC n’a pas chuté parce que les Américains renouvelaient la Chambre des représentants et une partie du Sénat. Il chutait parce que l’un des plus grands exchanges crypto au monde était en train d’imploser.

2022 avait déjà été une année catastrophique avant novembre : Terra/Luna avait disparu, Celsius avait fait faillite, Three Arrows Capital s’était effondré et Bitcoin était déjà très loin de son record de 2021.

Encore une fois, le crash des midterms correspond davantage au dernier chapitre d’un bear market qu’à son origine.

La ressemblance avec 2018 devient néanmoins troublante. Dans les deux cycles, novembre de l’année des midterms se retrouve près de la capitulation finale.

Pourquoi ?

Probablement parce qu’il existe un autre calendrier de quatre ans.

Le halving explique mieux le phénomène

Bitcoin possède son propre cycle quadriennal.

Les halvings ont eu lieu le 28 novembre 2012, le 9 juillet 2016, le 11 mai 2020 et le 20 avril 2024. Tous les 210 000 blocs environ, la récompense versée aux mineurs est divisée par deux. Le calendrier est inscrit dans le protocole et n’a évidemment aucun lien avec les élections américaines.

Or regardons les années qui suivent.

Le halving de 2012 précède le grand bull market de 2013, puis le bear market de 2014.

Le halving de 2016 précède le sommet de décembre 2017, puis le bear market de 2018.

Le halving de 2020 précède les sommets de 2021, puis le bear market de 2022.

Le halving de 2024 a été suivi du record supérieur à 125 000 dollars en octobre 2025, puis d’un effondrement jusqu’à environ 59 000 dollars en juin 2026.

Et quelles sont précisément les années 2014, 2018, 2022 et 2026 ?

Les années des midterms américains.

Voilà probablement l’explication la plus intéressante du graphique viral. Ce n’est pas nécessairement le calendrier électoral qui crée le crash. Les élections de mi-mandat américaines tombent simplement environ deux ans après chaque halving Bitcoin, donc historiquement dans la période où les cycles haussiers précédents avaient déjà atteint leur sommet et où les marchés baissiers étaient avancés.

Fidelity rappelle d’ailleurs que Bitcoin a enregistré -56 % en 2014, -73 % en 2018 et -64 % en 2022. Ces trois années correspondent aussi aux trois grands bear markets post-halving.

La coïncidence est presque parfaite.

Elle ne garantit pas qu’elle continuera. Fidelity souligne lui-même que l’échantillon historique se limite à seulement trois cycles comparables et que les ETF ainsi que les instruments institutionnels ont profondément modifié la structure du marché.

C’est beaucoup plus sérieux qu’une statistique électorale.

Et beaucoup moins spectaculaire sur X.

2026 ressemble au passé sans le répéter

Le calendrier reste pourtant difficile à ignorer.

Les prochaines élections de mi-mandat auront lieu le 3 novembre 2026, conformément au calendrier fédéral américain. Bitcoin se négocie actuellement autour de 83 000 à 84 000 dollars, environ un mois avant le scrutin.

Il a déjà fait une grande partie du trajet baissier que les cycles précédents réalisaient autour de cette période.

Depuis son record de plus de 125 000 dollars en octobre 2025, BTC a perdu plus de la moitié de sa valeur jusqu’au creux proche de 59 000 dollars atteint en juin. Puis la structure s’est retournée : juillet est devenu positif, août a gagné près de 25 % et septembre se dirige vers une nouvelle clôture verte.

BrefCrypto avait déjà relevé le caractère exceptionnel de ce rebond d’août en plein bear market.

Le troisième trimestre affiche maintenant plus de 40 % de progression.

CryptoQuant considère même que Bitcoin a retrouvé une phase haussière après avoir repris sa moyenne mobile à 365 jours. Son Bull Score est monté à 90 sur 100. En parallèle, l’entreprise avertit que le marché pourrait subir une correction à court terme : la demande spot estimée a diminué d’environ 170 000 BTC sur trente jours, les prises de bénéfices augmentent et la demande spéculative sur les futures ralentit fortement.

Donc oui, une correction reste parfaitement possible avant ou après le 3 novembre.

Ce n’est cependant pas la même chose que dire que les midterms la provoqueront.

Le marché actuel possède également des caractéristiques absentes des précédents cycles : ETF spot américains, achats institutionnels massifs, trésoreries d’entreprises, produits dérivés plus développés et investisseurs professionnels capables d’absorber une partie de la volatilité. Une récente enquête Bitwise auprès de 15 grandes institutions a même constaté qu’aucune n’avait réduit son allocation crypto pendant la chute d’environ 50 % entre fin 2025 et le deuxième trimestre 2026.

La zone 58 000 à 60 000 dollars reste néanmoins la véritable ligne rouge technique du cycle, beaucoup plus que la date du 3 novembre.

C’est probablement là qu’il faut replacer cette « malédiction ».

Bitcoin a effectivement connu une forte chute autour de chacun des cycles de midterms si l’on accepte une fenêtre suffisamment large. Le parallèle est très net en 2018 et 2022, beaucoup moins convaincant en 2014, tandis que 2010 appartient à un marché presque impossible à comparer à aujourd’hui.

Le point commun le plus robuste n’est pas électoral.

2014, 2018, 2022 et 2026 se trouvent tous au même endroit dans le calendrier post-halving de Bitcoin.

Si BTC corrige à nouveau autour du 3 novembre, le graphique viral gagnera un quatrième exemple spectaculaire. Cela ne démontrera toujours pas que les élections américaines font chuter Bitcoin.

Cela pourrait simplement montrer que les midterms et le vieux cycle de quatre ans du BTC continuent, par hasard, de partager le même calendrier.

Sources citées1
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Mosengo Léon
Auteur

Mosengo Léon

Mosengo Léon est un analyste crypto et rédacteur pour BrefCrypto.com, reconnu pour ses analyses approfondies des marchés Bitcoin et cryptomonnaies, l’impact des événements structurants comme les crises et levées de fonds, et sa capacité à rendre accessibles les enjeux techniques et économiques de la blockchain pour investisseurs et passionnés