Bitcoin devient un client idéal pour Eskom
Eskom ne va pas acheter des ASIC et miner du Bitcoin pour son propre compte. Son idée consiste à fournir de l’électricité à des sociétés de minage capables d’augmenter ou de couper leur consommation rapidement. Cette nuance compte.
La stratégie ressemble directement au modèle que BrefCrypto décrivait récemment : les mineurs Bitcoin se tournent de plus en plus vers l’électricité bon marché et difficile à valoriser autrement.
Un four industriel ne s’arrête pas instantanément. Un data center classique cherche également une alimentation très stable. Une ferme Bitcoin, elle, peut couper des milliers de machines lorsque le réseau se tend, puis les redémarrer lorsque de l’électricité redevient disponible.
C’est précisément ce qui intéresse Eskom.
L’entreprise explique dans ses derniers résultats qu’elle fait désormais face à une surcapacité structurelle estimée entre 2 et 3 GW pour les prochaines années. Ses ventes d’électricité ont également diminué d’environ 2 % par an au cours de la dernière décennie.
Le plan officiel d’Eskom cite donc explicitement un « Bitcoin mining pilot » parmi les moyens envisagés pour stimuler la demande.
Sacré retournement.
Jusqu’à 7 000 MW disponibles en journée
Le surplus peut devenir beaucoup plus important à certaines heures. D’après les discussions rapportées autour du projet, Eskom peut disposer de 5 000 à 7 000 MW excédentaires en journée, notamment lorsque la production solaire réduit fortement la demande adressée au réseau national.
Cette énergie n’est pas forcément disponible 24 heures sur 24. C’est justement ce qui rend Bitcoin intéressant.
Un mineur peut accepter un contrat dans lequel Eskom dispose du droit de réduire ou de couper son alimentation lorsque le système électrique en a besoin. En échange, l’entreprise de minage obtient un prix plus avantageux pendant les périodes excédentaires.
Le projet envisagé durerait deux ans et fonctionnerait selon la localisation des installations. Eskom devrait ensuite transmettre régulièrement ses résultats à Nersa.
La proposition arrive dans un marché crypto sud-africain déjà relativement développé. Un hedge fund local, Peregrine Capital, considère désormais qu’une petite exposition à Bitcoin peut avoir sa place dans un portefeuille, tandis que banques, exchanges et régulateurs travaillent parallèlement sur les paiements et stablecoins.
L’industrie énergétique pourrait désormais rejoindre ce mouvement.
Pour Eskom, chaque mégawatt vendu pendant une période de faible demande représente surtout du chiffre d’affaires supplémentaire sur une capacité déjà disponible.
Nersa freine déjà le projet
Le pilote n’a toutefois pas encore reçu un feu vert définitif.
Plusieurs membres de Nersa ont interrogé Eskom sur la justification d’un tarif spécifiquement destiné aux mineurs crypto. Leur raisonnement se tient : si une usine, un data center ou un autre consommateur peut offrir exactement la même flexibilité, pourquoi Bitcoin bénéficierait-il seul d’une électricité moins chère ?
Le régulateur s’inquiète notamment d’une éventuelle discrimination tarifaire et du risque que d’autres consommateurs finissent indirectement par supporter une partie du coût. Une alternative consisterait à proposer ces tarifs à tous les clients capables de modifier rapidement leur consommation, indépendamment de leur activité.
Le débat intervient alors que l’Afrique du Sud construit déjà un cadre beaucoup plus strict pour son secteur crypto. BrefCrypto rapportait récemment que Pretoria veut également renforcer le contrôle des transferts crypto transfrontaliers.
Eskom se retrouve donc dans une situation presque inimaginable il y a quelques années. L’entreprise connue internationalement pour les délestages cherche maintenant comment vendre une électricité qu’elle ne parvient parfois plus à écouler.
Bitcoin offre une réponse assez particulière : transformer une demande électrique en charge flexible.
Reste à savoir si Nersa laissera Eskom réserver cet avantage aux mineurs ou forcera le groupe à ouvrir le dispositif à toutes les industries capables de jouer le même rôle. Dans les deux cas, l’idée du minage Bitcoin comme acheteur d’électricité de dernier recours vient de gagner un terrain d’expérimentation particulièrement intéressant en Afrique.