Bitcoin commence à grignoter l’allocation or
Bitcoin n’a pas remplacé l’or dans les portefeuilles institutionnels. Il commence toutefois à partager la même fonction. BrefCrypto observait déjà que la corrélation de Bitcoin avec l’or a atteint son plus haut niveau depuis 2020, pendant que son lien avec le Nasdaq diminuait.
L’enquête de Bitwise apporte maintenant une confirmation qualitative.
Tous les investisseurs interrogés qui possèdent des cryptos détiennent Bitcoin. Pour presque tous, BTC constitue leur première, leur plus importante et leur plus ancienne exposition au secteur. Les allocations crypto représentent généralement 1 à 2 % des actifs investissables, avec une fourchette beaucoup plus large allant de 0,5 à 13 % selon l’institution.
Surtout, plusieurs investisseurs associent explicitement Bitcoin à l’or comme couverture contre la dépréciation des monnaies fiduciaires.
Un fonds souverain est allé plus loin : il a expliqué à Bitwise qu’il finançait son allocation crypto en vendant des réserves de change et de l’or.
La phrase change beaucoup de choses. Pour cet investisseur, Bitcoin ne semble donc plus simplement concurrencer les actions technologiques ou les actifs spéculatifs. Le capital vient directement d’une poche réservée aux actifs monétaires et de réserve.
Le rapport institutionnel de Bitwise reste néanmoins anonyme. Impossible de connaître le fonds souverain concerné, son pays ou la taille exacte de la rotation.
Un cas. Pas encore une tendance mondiale.
Aucun des 15 investisseurs n’a vendu
L’autre résultat de l’enquête est presque aussi intéressant.
Bitwise a interrogé les responsables d’investissement de 15 grandes institutions entre mars et avril 2026 : fonds de pension publics, fondations, endowments universitaires, family offices, consultants, entreprises et fonds souverains.
La période était particulièrement mauvaise pour Bitcoin.
Le BTC était passé de près de 125 000 dollars à environ 60 000 dollars, soit une chute supérieure à 50 %. Pourtant, aucune des quinze institutions n’a réduit son allocation crypto. Plusieurs ont renforcé leurs positions.
C’est précisément la zone que BrefCrypto avait récemment replacée au centre du débat avec les 58 000 à 60 000 dollars considérés comme une ligne rouge pour Bitcoin.
Plus surprenant encore, aucun investisseur interrogé n’a cité une chute du prix comme raison suffisante pour vendre.
Les critères de sortie sont plutôt fondamentaux : invalidation de la thèse d’investissement, recul réglementaire majeur ou crise de crédibilité touchant l’ensemble de l’industrie.
Ethereum et Solana n’obtiennent pas le même traitement. Certaines institutions en possèdent, mais avec des allocations plus petites, des horizons plus courts et une exigence claire : les réseaux devront démontrer que leur adoption produit réellement de la valeur pour ETH ou SOL.
Bitcoin est différent.
Pour ces investisseurs, il est déjà l’actif crypto de référence.
Ryan Rasmussen va encore plus loin dans une interview publiée cette semaine : il estime que les 60 000 dollars pourraient avoir constitué le plancher du cycle. Cette lecture reste son analyse, pas une conclusion garantie par l’enquête.
Les banques centrales, elles, achètent encore de l’or
Il serait donc tentant d’écrire que les fonds souverains commencent à abandonner l’or au profit de Bitcoin.
Les données ne permettent pas encore d’aller aussi loin.
Le World Gold Council estime que les banques centrales détenaient environ 38 600 tonnes d’or fin 2025, valorisées autour de 5 000 milliards de dollars. Au premier trimestre 2026, l’or représentait environ 29 % des réserves mondiales allouées. Son enquête annuelle montre surtout que 84 % des banques centrales interrogées pensent que la part de l’or dans les réserves mondiales augmentera encore au cours des cinq prochaines années.
Bitcoin ne chasse donc pas encore l’or des coffres.
Ce qui change est plus subtil : certaines grandes institutions commencent à considérer les deux actifs comme répondant à une même inquiétude, celle de la dépréciation monétaire.
Cette évolution rejoint déjà le discours de gestionnaires beaucoup plus traditionnels. En Afrique du Sud, Peregrine Capital estime lui aussi qu’une petite allocation Bitcoin peut trouver sa place dans un portefeuille, précisément en raison de sa rareté et de sa proximité conceptuelle avec l’or.
Le rapport Bitwise porte seulement sur 15 institutions sélectionnées par un gestionnaire qui commercialise lui-même des produits crypto. Impossible d’en extrapoler le comportement de tous les fonds souverains, pensions et fondations mondiaux.
Reste une évolution difficile à ignorer.
Durant une chute de plus de 50 %, ces investisseurs n’ont pas vendu. Certains ont acheté davantage. Et au moins un fonds souverain a commencé à financer son exposition crypto en puisant directement dans ses réserves d’or et de devises.
Bitcoin ne remplace pas encore l’or institutionnel. Pour certains des plus gros investisseurs au monde, il vient désormais puiser dans la même poche.