Crypto Nigeria : les banques concentrent 92 % des signalements suspects, pas les VASP
Les banques nigérianes ont déposé 92 % des signalements de transactions suspectes en 2025, contre seulement 49 pour les entreprises crypto.

38 715 signalements suspects sur 42 082. En 2025, les banques nigérianes ont transmis à elles seules environ 92 % des Suspicious Transaction Reports (STR) reçus par la Nigerian Financial Intelligence Unit. Le chiffre peut facilement être mal interprété. Il ne signifie pas que les banques ont réalisé 92 % des transactions criminelles du pays. Il montre surtout qu’elles restent, de très loin, le principal point de surveillance du système financier. Les entreprises crypto, elles, n’ont déposé que 49 STR.
Crypto Nigeria : les banques restent le grand poste d’observation
Le constat arrive alors que le Nigeria resserre déjà son contrôle sur un marché crypto estimé à 92,1 milliards de dollars.
Selon le rapport annuel 2025 de la NFIU, les banques ont transmis 38 715 STR. Les autres institutions financières en ont déposé 2 185, contre 1 029 pour les professions et entreprises non financières désignées.
Les VASP, exchanges, custodians et autres prestataires crypto, arrivent presque tout en bas : 49 signalements.
Cela ne prouve pas que la crypto génère moins de criminalité.
Les banques disposent simplement d’une clientèle beaucoup plus vaste, d’obligations AML anciennes et de systèmes de surveillance déjà industrialisés.
Autre donnée intéressante : les STR ont presque été divisés par deux, contre plus de 82 000 en 2024.
Fraude et fiscalité dominent les dossiers
La NFIU ne surveille pas seulement la crypto.
Les infractions fiscales représentent 30 % des principales infractions identifiées dans ses renseignements, devant la fraude à 21 % et le blanchiment à 15 %.
Drogues : 10 %.
Corruption et financement du terrorisme : 8 % chacun.
L’agence alerte également sur les Ponzi, les faux investissements, le crowdfunding frauduleux, le hacking et les arnaques crypto.
La montée des VASP dans les déclarations mérite néanmoins d’être suivie. Aucun STR crypto n’avait été transmis au premier semestre 2025. Puis 17 arrivent au troisième trimestre et 32 au quatrième.
Cette progression correspond au changement réglementaire actuel. La Banque centrale a désormais ouvert son sandbox aux VASP, tandis que les plateformes doivent renforcer KYC, reporting et contrôles anti-blanchiment.
La crypto entre dans le même filet que les banques
Le vrai mouvement apparaît ici.
Pendant longtemps, une partie des flux crypto nigérians circulait hors des circuits de reporting classiques : P2P, exchanges étrangers et wallets non custodiaux.
Abuja rapproche progressivement ces transactions du système financier surveillé.
La NFIU rappelle d’ailleurs qu’une transaction n’est pas déclarée parce qu’elle est élevée ou réalisée en crypto. Un STR apparaît lorsqu’un établissement identifie des éléments permettant de soupçonner blanchiment, financement du terrorisme ou autre infraction.
Le pays renforce aussi le suivi des identités, après avoir détecté l’utilisation de SIM préenregistrées, de comptes de proches et même d’identités de personnes décédées pour masquer les véritables contrôleurs de fonds.
Pour les plateformes crypto, la direction devient donc assez claire. Après la transformation des exchanges en relais fiscaux, ils deviennent aussi progressivement des capteurs de renseignement financier.
Les 49 STR de 2025 paraissent minuscules face aux 38 715 des banques.
Ils pourraient ne pas le rester longtemps.
En bref
- Les banques ont déposé 38 715 des 42 082 STR reçus par la NFIU en 2025.
- Cela représente environ 92 % des signalements, pas 92 % des crimes financiers.
- Les VASP crypto ont transmis seulement 49 STR.
- Les infractions fiscales et la fraude représentent ensemble 51 % des principales infractions identifiées.
- Le Nigeria renforce progressivement le reporting des exchanges et autres acteurs crypto.


