Le Cameroun veut reprendre la main sur l’or artisanal, un secteur riche mais trop fuyant pour les finances publiques. Le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures pour encadrer les sites semi-mécanisés, réduire la contrebande et forcer les opérateurs à déclarer davantage de production. L’objectif est clair : transformer un or souvent invisible dans les comptes officiels en recettes publiques réelles.
Yaoundé veut fermer les brèches de l’or artisanal
Le durcissement camerounais arrive alors que les métaux précieux prennent une place de plus en plus stratégique dans les portefeuilles et les politiques publiques. Même quand l’or et l’argent adoptent les codes du tableau de bord numérique, la bataille commence encore sur le terrain : production déclarée, traçabilité, contrôle et recettes fiscales.
Le gouvernement camerounais a présenté ces mesures lors d’un conseil de cabinet tenu le 21 mai à Yaoundé. Elles imposent notamment un seuil minimal de déclaration de cinq kilogrammes d’or par mois pour les entreprises qui veulent obtenir ou conserver des droits d’exploitation. Une taxe environnementale de 63 millions de FCFA est aussi prévue pour les opérateurs travaillant sur plus de 21 hectares.
Cette politique vise d’abord les écarts entre l’or officiellement déclaré et les volumes retrouvés dans les circuits d’exportation. Le ministre intérimaire des Mines, Fuh Calistus Gentry, parle d’un secteur miné par l’illégalité. Selon lui, une restructuration acceptée pourrait générer rapidement plusieurs centaines de milliards de FCFA pour l’État.
Le signal est donc fiscal, mais aussi politique. Le Cameroun ne veut plus laisser l’or artisanal fonctionner comme une zone grise. Le métal sort du sol, circule, s’exporte parfois, mais une partie échappe encore à l’impôt, aux statistiques et aux réserves nationales. Pour Yaoundé, cette fuite devient difficile à défendre.
Près de 200 sites illégaux dans le viseur
Les chiffres avancés par les autorités donnent la mesure du problème. Près de 200 sites semi-mécanisés illégaux auraient été identifiés dans les régions de l’Adamaoua et de l’Est, contre seulement 57 opérations aurifères officiellement autorisées. Ce décalage montre une activité beaucoup plus large que celle reconnue par l’administration.
Ce n’est pas un détail technique. Quand les sites illégaux dépassent les sites formels, l’État perd le contrôle sur la production, la sécurité, les conditions de travail et la restauration environnementale. Il perd aussi une partie de sa capacité à négocier avec les acheteurs et à suivre les flux vers l’étranger.
Depuis plusieurs mois, Yaoundé avait déjà annoncé des mesures contre les permis non conformes. En février que les autorités prévoyaient de révoquer les permis artisanaux ne respectant pas les exigences environnementales et déclaratives. Le durcissement actuel s’inscrit donc dans une séquence plus longue, pas dans une réaction isolée.
La contrebande, vraie plaie du secteur
Le cœur du dossier reste la contrebande. Le Cameroun soupçonne qu’une partie importante de son or quitte le pays sans passer par les circuits officiels. Fin 2025, les autorités avaient déjà annoncé la fermeture de certains sites artisanaux et semi-mécanisés à partir de janvier 2026, dans le cadre d’une offensive contre la sortie informelle d’or vers l’étranger.
Ce type de fuite a un coût lourd. L’État perd des taxes. La banque centrale perd une occasion de renforcer les réserves. Les communautés locales, elles, restent souvent avec les dégâts : trous abandonnés, pollution, insécurité et emplois précaires. L’or enrichit alors les circuits opaques plus que les territoires qui le produisent.
Le gouvernement mise donc sur un contrôle plus strict des volumes. Fuh Calistus Gentry estime que si 100 entreprises respectent le seuil de déclaration, les projections pourraient atteindre 10 tonnes d’or déclarées. Le chiffre reste une projection, mais il dit l’ambition : faire passer l’or de l’ombre vers les registres publics.
Cette logique rejoint une tendance plus large en Afrique : les États producteurs veulent mieux capter la valeur de leurs matières premières. La RDC essaie de le faire avec son cobalt et une chaîne industrielle plus directe vers les États-Unis. Le Cameroun applique cette même idée à une filière plus fragmentée, moins visible et plus difficile à surveiller.
Un encadrement plus dur pour les opérateurs étrangers
Le Cameroun veut aussi renforcer la place des nationaux dans l’exploitation artisanale. Selon les autorités, les opérateurs étrangers devraient surtout intervenir comme partenaires techniques et financiers, dans les limites prévues par la loi. Cette ligne vise à éviter que les ressources locales soient exploitées sans véritable ancrage national.
Cette orientation touche notamment les entreprises actives dans l’Est du pays, où la présence d’opérateurs étrangers a déjà suscité des tensions. En avril, Business in Cameroon rapportait que les entreprises suspendues devaient remplir plusieurs conditions pour reprendre leurs activités, dont le paiement d’une garantie environnementale de 63 millions de FCFA et le respect d’un seuil minimal de production déclarée.
Le durcissement ne concerne donc pas seulement les clandestins. Il cible aussi les opérateurs formels qui veulent rester dans le secteur sans assumer les coûts environnementaux, fiscaux et sociaux. En clair, Yaoundé veut que l’or soit rentable pour l’État, pas seulement pour ceux qui l’extraient.
Le test sera l’application sur le terrain
Le Cameroun n’est pas le seul pays africain à chercher un meilleur équilibre entre production, prix mondiaux et recettes nationales. En Côte d’Ivoire, le cacao montre aussi combien une matière première stratégique peut devenir un outil de politique économique. Mais l’or artisanal présente une difficulté supplémentaire : il est mobile, discret et facilement exportable.
La réussite dépendra donc moins des annonces que de l’exécution. Il faudra contrôler les sites, suivre les achats, imposer la déclaration, sanctionner les récidives et restaurer les zones dégradées. Sans cela, les nouvelles règles risquent de pousser une partie des opérateurs encore plus loin dans l’informel.
Le contexte économique rend pourtant cette reprise en main urgente. Comme le rappelle le retour de l’inflation en Éthiopie après la réforme du birr, les États africains sous pression ont besoin de recettes plus solides et plus prévisibles. Pour le Cameroun, l’or artisanal peut devenir une ressource budgétaire réelle. Mais seulement si l’État parvient à refermer les brèches par lesquelles le métal disparaît.
En bref
- Le Cameroun impose de nouvelles règles pour mieux contrôler l’or artisanal.
- Le gouvernement vise la contrebande, les sites illégaux et les pertes fiscales.
- La réussite dépendra surtout de l’application réelle sur le terrain.
