La guerre Iran-Israël risque d’aggraver la crise alimentaire au Soudan en renchérissant le carburant et les engrais. Pour des agriculteurs déjà épuisés par trois ans de guerre civile, cette hausse peut réduire les semis de l’été et affaiblir encore la production locale. Le danger est clair : un choc géopolitique extérieur vient frapper un pays où près de 19,5 millions de personnes vivent déjà une insécurité alimentaire aiguë.
Le carburant et les engrais deviennent hors de portée
Le Soudan dépend fortement des importations pour faire tourner son agriculture. Comme on l’a déjà vu avec la colère autour des prix du carburant au Kenya, une hausse de l’énergie ne reste jamais confinée aux stations-service. Selon Reuters, le Soudan achète plus de la moitié de ses besoins en engrais dans le Golfe, tandis que la guerre interne l’a rendu entièrement dépendant du carburant importé. C’est ce qui rend le conflit autour de l’Iran si dangereux pour les champs soudanais.
Quand le prix du carburant monte, ce n’est pas seulement le transport qui souffre. Les pompes d’irrigation, les tracteurs, les machines de labour et la logistique agricole deviennent plus coûteux. Les engrais suivent la même logique. Sans engrais abordable, les rendements baissent. Sans diesel, les terres restent parfois non cultivées.
Dans le sud d’Omdurman, les agriculteurs interrogés par Reuters décrivent déjà une saison compromise. Les prix des engrais ont augmenté de 67 % sur un an. Le carburant, dont le diesel utilisé pour l’irrigation, a plus que doublé. Dans certains périmètres agricoles, seuls 500 feddans sur 10 000 auraient été plantés à mi-saison.
Une crise agricole ajoutée à une guerre civile
Le Soudan n’entre pas dans cette crise avec des réserves solides. Depuis plus de trois ans, le pays est déchiré entre l’armée et les Forces de soutien rapide. L’armée contrôle surtout les régions centrales et orientales. Les RSF tiennent une grande partie du Darfour. Entre les deux, le Kordofan reste disputé, alors qu’il est crucial pour l’agriculture.
Ce conflit a déjà cassé une partie de l’appareil productif. Des canaux d’irrigation ont été endommagés, des pompes détruites, des machines pillées et des travailleurs agricoles déplacés ou recrutés de force. Dans le Darfour et le Kordofan, l’insécurité empêche aussi les petits producteurs de préparer les champs.
Le résultat est mécanique. Même si la pluie arrive, même si les terres sont disponibles, l’agriculture ne repart pas sans sécurité, sans carburant, sans outils et sans financement. La guerre régionale n’est donc pas la cause unique du problème. Elle ajoute du poids sur une structure déjà fissurée.
La faim risque de dépasser le seuil actuel
Le Soudan est déjà au cœur d’une des pires crises alimentaires mondiales. Le communiqué conjoint du PAM, de la FAO et de l’UNICEF a averti mi-mai que près de 19,5 millions de personnes, soit environ deux Soudanais sur cinq, font face à des niveaux critiques d’insécurité alimentaire. Environ 135 000 personnes sont déjà en situation catastrophique, avec 14 zones à risque de famine dans les prochains mois.
La menace actuelle porte donc sur la prochaine récolte. Si les agriculteurs sèment moins, la production locale chutera. Reuters rapporte que la FAO craint une baisse globale d’au moins 40 %. Cela toucherait les cultures de base comme le sorgho et le mil, mais aussi des produits d’exportation comme le sésame.
Cette baisse serait plus qu’un mauvais chiffre agricole. Elle signifierait moins de nourriture disponible, plus de dépendance aux importations et plus de pression sur une aide humanitaire déjà réduite. Le Soudan risque ainsi de perdre une saison entière au moment même où il en avait le plus besoin.
Un choix urgent pour les autorités et les bailleurs
Les agriculteurs dénoncent aussi le manque de soutien public. Le budget du gouvernement aligné sur l’armée est absorbé par l’effort de guerre. La Banque agricole, censée financer les producteurs, a elle-même été affaiblie par le conflit et par les difficultés du secteur financier.
Les autorités affirment chercher des solutions, notamment un nouveau fonds de financement, un appui sur le carburant et la réhabilitation de certains canaux d’irrigation. Mais le temps agricole ne pardonne pas. Une saison manquée ne se rattrape pas par communiqué.
Le Soudan se trouve donc dans un piège cruel. La guerre interne détruit les capacités agricoles. La guerre régionale renchérit les intrants. La faim, elle, avance sans attendre les négociations. Si rien ne change vite, le pays ne subira pas seulement une crise de prix. Il pourrait entrer dans une crise de production durable. C’est le même type de vulnérabilité énergétique qui pousse aussi les banques centrales africaines à surveiller les carburants, tandis que les producteurs agricoles du continent restent exposés au climat et aux coûts d’intrants.
Le conflit autour de l’Iran ajoute enfin une variable extérieure que Khartoum ne contrôle pas. Si le pétrole et les routes maritimes restent sous tension, comme on l’a vu avec les inquiétudes autour du détroit d’Ormuz, la facture agricole soudanaise peut encore grimper.
En bref
- La guerre Iran-Israël renchérit carburant et engrais au Soudan.
- Les agriculteurs pourraient réduire les semis, menaçant la prochaine récolte.
- Près de 19,5 millions de Soudanais font déjà face à une faim aiguë.
