Cyril Ramaphosa cherche à faire annuler le rapport parlementaire qui a relancé le scandale des billets cachés dans un canapé de sa ferme Phala Phala. L’affaire menace son image de président anticorruption, mais sa survie politique reste probable grâce au soutien de l’ANC et au seuil élevé requis pour une destitution.
Un scandale ancien qui revient au centre du jeu
Le retour de Farmgate arrive dans une Afrique du Sud déjà sous pression politique et économique. Entre inflation, taux et rand fragile, la devise sud-africaine reste exposée aux chocs du pétrole et de l’Iran. Le scandale ajoute donc une couche institutionnelle à une période déjà nerveuse.
Le dossier Farmgate remonte au vol de 580 000 dollars en liquide dans la ferme privée de Ramaphosa en 2020. Le président affirme que cet argent provenait d’une vente de buffles. Ses adversaires, eux, veulent savoir pourquoi une telle somme était gardée en espèces et dissimulée dans du mobilier, selon Reuters.
L’affaire avait explosé publiquement en 2022. Elle avait alors frappé Ramaphosa au cœur de son récit politique. L’homme était arrivé au pouvoir en promettant de nettoyer l’État après les années Zuma. Le scandale Phala Phala a donc installé une contradiction embarrassante : un président anticorruption obligé de s’expliquer sur des billets cachés dans sa ferme.
Dans des documents judiciaires déposés mardi 26 mai 2026, Ramaphosa soutient que le rapport du panel parlementaire de 2022 est gravement défectueux. Il affirme que les enquêteurs auraient mal interprété leur mandat et se seraient appuyés sur des témoignages indirects.
La justice relance une procédure que l’ANC avait enterrée
En 2022, les députés de l’ANC avaient bloqué la procédure de destitution contre Ramaphosa. À l’époque, le parti disposait encore d’une majorité confortable et avait protégé son chef. Mais le dossier n’a jamais vraiment disparu.
La Cour constitutionnelle sud-africaine a récemment invalidé ce vote parlementaire. Elle a estimé que la manière dont l’Assemblée nationale avait traité les allégations posait problème, ouvrant ainsi la voie à un nouvel examen par une commission de destitution, d’après AP.
Ramaphosa cherche donc à reprendre l’initiative avant que le Parlement ne transforme le rapport en arme politique. Il a indiqué qu’il pourrait demander en urgence à un tribunal de suspendre toute procédure de destitution tant que son recours contre le rapport n’est pas tranché.
Une affaire juridique, mais surtout politique
Le président nie toute malversation. Une enquête de la banque centrale sud-africaine a déjà conclu qu’il n’avait pas enfreint les règles de contrôle des changes. Cela lui offre un argument solide face à ses opposants, même si cela ne ferme pas toutes les questions politiques.
Le problème de Ramaphosa n’est pas seulement de prouver qu’il n’a pas violé une règle précise. Il doit aussi restaurer une crédibilité abîmée. Dans un pays fatigué par les scandales de corruption, l’image d’argent liquide caché dans une ferme suffit à nourrir la suspicion.
L’opposition le sait. Julius Malema et d’autres critiques réclament sa démission ou une enquête plus dure. Leur calcul est clair : même si la destitution échoue, le débat peut affaiblir Ramaphosa et maintenir l’ANC sous pression.
Cette pression politique tombe aussi au moment où les ménages sud-africains subissent une conjoncture plus dure. L’inflation a déjà replacé la banque centrale dans une position délicate, comme l’a montré la remontée des prix portée par les carburants. Une crise de confiance politique peut vite amplifier le malaise économique.
Ramaphosa peut survivre, mais pas sortir indemne
La destitution reste difficile. Pour être adopté, un vote visant à démettre Ramaphosa nécessiterait une majorité des deux tiers au Parlement. Or l’ANC, même affaibli depuis la perte de sa majorité absolue en 2024, détient encore environ 40 % des sièges et a réaffirmé son soutien au président.
Cette arithmétique protège Ramaphosa. Elle ne le blanchit pas politiquement. Son mandat court jusqu’en 2029, et chaque relance du dossier Farmgate risque de rappeler aux électeurs que la promesse de rupture avec les pratiques opaques reste inachevée.
Le président sud-africain peut donc gagner devant les tribunaux ou survivre au Parlement. Mais le scandale a déjà produit son effet le plus durable : il a transformé une affaire de ferme privée en test national sur la confiance, la transparence et la capacité de l’ANC à tourner réellement la page des vieux réflexes du pouvoir.
Cette fragilité contraste avec l’image d’un pays qui veut rester moteur sur d’autres fronts. L’Afrique du Sud mène par exemple l’adoption africaine de l’IA générative, mais son leadership numérique ne suffit pas à effacer les failles politiques. Sur les marchés, la confiance reste aussi liée à la stabilité institutionnelle, comme le rappelle la sensibilité du rand aux tensions locales et internationales.
En bref
- Ramaphosa conteste le rapport parlementaire sur le scandale Farmgate.
- La Cour constitutionnelle a relancé la possibilité d’une procédure de destitution.
- Le président reste politiquement protégé, mais son image anticorruption est fragilisée.
