Changpeng Zhao propose de geler les bitcoins attribués à Satoshi Nakamoto s’ils ne migrent pas vers une future cryptographie résistante aux ordinateurs quantiques. Le fondateur de Binance veut éviter qu’un attaquant ne s’empare d’environ un million de BTC en cassant les anciennes signatures. Une telle décision bouleverserait toutefois les principes mêmes de Bitcoin.
Bitcoin face au risque quantique des anciennes adresses
Cette proposition s’inscrit dans la continuité de l’inquiétude autour de la menace quantique pour Bitcoin.
Bitcoin protège les fonds avec des signatures cryptographiques. Leur sécurité repose sur des problèmes mathématiques qu’un ordinateur classique ne peut pas résoudre dans un délai réaliste.
Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait changer cette situation. Grâce à l’algorithme de Shor, il pourrait théoriquement retrouver une clé privée à partir d’une clé publique déjà visible sur la blockchain. L’attaquant serait alors capable de signer une transaction sans l’accord du propriétaire.
Les anciennes adresses utilisées aux débuts de Bitcoin sont particulièrement surveillées. Plusieurs récompenses de minage de l’époque de Satoshi ont été envoyées vers des sorties de type P2PK, où la clé publique apparaît directement sur la blockchain. Ces fonds seraient donc parmi les premiers exposés à une machine quantique réellement opérationnelle.
La menace reste aujourd’hui théorique. Les ordinateurs quantiques actuels ne disposent pas encore de la puissance, de la stabilité et de la correction d’erreurs nécessaires pour attaquer Bitcoin. Mais la migration d’un réseau mondial peut prendre plusieurs années. Attendre le dernier moment serait donc risqué.
CZ propose une période de migration limitée
Elle rejoint aussi la course américaine à la protection post-quantique des données.
Lors de son entretien avec Alex Thorn, Changpeng Zhao a estimé que Bitcoin pouvait adopter des signatures post-quantiques. Les détenteurs recevraient ensuite un délai pour déplacer leurs actifs vers de nouvelles adresses protégées.
CZ évoque une fenêtre comprise entre six et douze mois. Pendant cette période, les propriétaires d’anciens bitcoins pourraient prouver qu’ils contrôlent toujours leurs clés en effectuant une transaction vers le nouveau système.
Les fonds restant immobiles après l’échéance seraient gelés. Cette règle concernerait notamment les bitcoins associés à Satoshi Nakamoto, qui n’ont jamais été déplacés. Leur valeur et leur volume en feraient une cible exceptionnelle pour un futur attaquant quantique.
Selon CZ, ne rien faire reviendrait à offrir ces fonds à la première personne capable de casser leur cryptographie. Le gel empêcherait les bitcoins vulnérables d’être transférés, même si un attaquant retrouvait les anciennes clés privées.
La mesure ne permettrait donc pas à Binance ou à CZ de saisir les fonds. Elle nécessiterait une modification des règles de consensus de Bitcoin, appliquée par les logiciels utilisés par les nœuds du réseau.
Geler les BTC de Satoshi divise la communauté
Bitcoin.org rappelle les enjeux liés à Bitcoin et l’informatique quantique.
Le gel protégerait potentiellement Bitcoin contre une arrivée brutale d’un million de BTC sur le marché. Si un attaquant s’emparait de ces pièces et tentait de les vendre, le choc financier et psychologique pourrait être considérable.
Mais cette solution créerait un précédent. Bitcoin repose sur l’idée qu’un propriétaire peut conserver ses fonds sans autorisation, sans activité régulière et sans obligation de se manifester. Bloquer une adresse parce qu’elle reste inactive remettrait cette promesse en question.
Satoshi pourrait aussi être encore en vie. Ses héritiers pourraient posséder les clés. Les bitcoins peuvent également être définitivement perdus. Dans chacune de ces situations, l’absence de mouvement ne prouve pas que le propriétaire accepte un gel.
La mesure ne viserait probablement pas uniquement Satoshi. De nombreux bitcoins anciens utilisent des systèmes de signature vulnérables. Fixer une date limite pourrait donc bloquer les fonds d’utilisateurs décédés, absents ou mal informés.
La question dépasse alors la cybersécurité. Elle touche au droit de propriété, à la neutralité du protocole et à la capacité de la majorité à modifier les conditions d’accès à des fonds appartenant à une minorité.
Une proposition différente du BIP-361
Le débat touche enfin la fongibilité et les principes de neutralité de Bitcoin.
CZ ne présente pas un plan technique détaillé. Les développeurs de Bitcoin travaillent déjà sur plusieurs pistes, dont le BIP-361 consacré à la migration post-quantique et à l’abandon progressif des anciennes signatures.
Ce projet prévoit une transition beaucoup plus longue. Après l’arrivée d’un nouveau type d’adresse résistant au quantique, les envois vers les formats vulnérables seraient progressivement interdits. Les anciennes dépenses seraient ensuite limitées plusieurs années plus tard.
Le BIP-361 envisage aussi un mécanisme de récupération. Un détenteur n’ayant pas migré à temps pourrait éventuellement prouver qu’il possédait les fonds avant l’arrivée de l’attaquant quantique. Les détails techniques restent cependant à définir.
Les mineurs ne pourraient pas imposer seuls une telle réforme. Les développeurs peuvent proposer du code, mais les opérateurs de nœuds, les entreprises, les portefeuilles, les plateformes et les utilisateurs doivent accepter les nouvelles règles. Un désaccord profond pourrait même provoquer une séparation du réseau.
La proposition de CZ ouvre donc un débat nécessaire, mais sans réponse simple. Laisser les anciens BTC accessibles pourrait récompenser un attaquant. Les geler pourrait affaiblir la résistance de Bitcoin à la censure. Face au quantique, le plus grand défi ne sera peut-être pas de trouver un nouvel algorithme. Il sera d’obtenir un consensus avant que l’urgence ne décide à la place de la communauté.
En bref
CZ propose une migration quantique de six à douze mois.
Les anciens BTC immobiles pourraient ensuite être gelés.
La mesure protégerait le réseau, mais menacerait son principe d’immutabilité.
