En RDC, l’internet mobile est devenu la première source de revenus des télécoms. C’est une bascule majeure. Mais elle révèle aussi une tension sociale : les opérateurs gagnent plus avec la data, pendant que beaucoup d’usagers paient cher pour une connexion encore instable.
La data devient le vrai moteur des télécoms congolaises
Dans les infrastructures numériques congolaises, la data n’est plus un simple service complémentaire. L’internet mobile a généré 1,287 milliard de dollars en 2025 en RDC, soit 53,8 % du chiffre d’affaires total du secteur télécoms. Le marché a atteint 2,394 milliards de dollars, selon les données de l’ARPTC. En 2016, la data ne pesait encore qu’environ 14 % des revenus. Le changement est donc profond.
Ce basculement n’est pas surprenant. Les appels et les SMS reculent. WhatsApp, TikTok, Facebook, YouTube, les paiements mobiles et les services professionnels absorbent désormais l’attention. Le téléphone n’est plus seulement un outil de communication. Il devient une porte d’accès au travail, à l’école, à l’argent et à l’information.
Mais cette croissance pose une question gênante. Si la data est devenue la mine d’or des opérateurs, pourquoi l’expérience reste-t-elle si frustrante pour une partie des abonnés ? Le consommateur congolais paie souvent des forfaits courts, vite consommés, parfois difficiles à contrôler.
Un marché dynamique, mais une accessibilité encore faible
La RDC comptait 73,9 millions d’abonnements mobiles actifs fin 2025, avec un taux de pénétration global de 65,9 %. Pourtant, la pénétration de l’internet mobile n’atteignait que 33 %. Cette différence dit beaucoup. Avoir une SIM ne signifie pas vivre réellement en ligne.
DataReportal estime aussi que le pays comptait 34,7 millions d’internautes fin 2025, soit 30,5 % de la population. Le chiffre avance, mais il reste faible pour un pays jeune, vaste et de plus en plus dépendant des services numériques.
Le problème n’est donc pas seulement la couverture. C’est l’usage réel. Connecting Africa note que l’adoption des smartphones aurait atteint environ 40 % des connexions en 2025, mais que l’accessibilité financière reste le principal obstacle. Autrement dit, le réseau existe davantage, mais tout le monde ne peut pas l’utiliser correctement.
Des forfaits chers au regard des revenus
Dire que l’internet mobile coûte cher en RDC ne veut pas seulement dire comparer un prix en dollars. Le vrai sujet est le poids du forfait dans le budget d’un ménage. Pour un salarié modeste, un étudiant, un vendeur ou une famille en province, quelques gigas peuvent devenir une dépense à arbitrer contre le transport, la nourriture ou les frais scolaires.
L’Alliance for Affordable Internet défend depuis des années l’idée qu’1 Go de données ne devrait pas dépasser 2 % du revenu mensuel moyen. Elle pousse désormais vers un objectif plus exigeant : 5 Go pour moins de 2 % du revenu mensuel d’ici 2026. (Alliance for Affordable Internet)
C’est ici que le discours des opérateurs doit être interrogé. Les promotions et les bonus donnent une impression d’abondance. Mais l’utilisateur regarde autre chose : la durée réelle du forfait, la stabilité du signal, la transparence de la consommation, et la possibilité de travailler sans recharger sans cesse.
Cette tension rejoint les débats sur les paiements numériques publics en Afrique. Au Cameroun, la numérisation des paiements publics ne pourra réussir que si les citoyens disposent d’un accès mobile fiable et abordable.
La qualité de service devient un enjeu politique
Airtel domine le segment de l’internet mobile avec 43,02 % des revenus au quatrième trimestre 2025, devant Orange, Vodacom et Africell. L’ARPTC attribue cette performance à ses forfaits, à son infrastructure et à son déploiement 4G étendu.
Mais la domination commerciale ne doit pas faire oublier la responsabilité. L’ARPTC a aussi relevé une dégradation de la qualité de service perçue par les abonnés sur plusieurs trimestres. C’est un signal sérieux. Plus les citoyens dépendent de l’internet mobile, moins les coupures, lenteurs et variations de débit peuvent être traitées comme de simples désagréments.
Le régulateur doit donc aller plus loin. Il ne suffit pas de publier des parts de marché. Il faut pousser les opérateurs à plus de transparence sur les débits réels, les zones mal couvertes, les forfaits expirant trop vite et les plaintes clients.
La data est devenue un service essentiel. Elle mérite des règles de service essentiel. La même logique vaut pour le cash et les paiements : quand les flux deviennent vitaux, l’État doit mieux les encadrer. En RDC, le contrôle du dollar liquide montre déjà cette volonté de reprendre la main sur les circuits financiers.
Un progrès numérique encore incomplet
La croissance de la data reste une bonne nouvelle pour l’économie numérique congolaise. Elle prouve que les usages existent, que la demande est forte et que les opérateurs peuvent financer une partie de leurs investissements avec les revenus mobiles.
Mais l’inclusion numérique ne se mesure pas seulement au chiffre d’affaires. Elle se mesure à la capacité réelle des citoyens à apprendre, travailler, vendre, payer et s’informer sans être freinés par le prix ou la qualité de la connexion.
Le mobile money illustre bien ce potentiel. Des groupes comme Airtel Money montrent que le mobile peut devenir une infrastructure financière majeure en Afrique. Encore faut-il que l’accès à la data suive.
Le vrai progrès viendra quand la data sera rentable pour les opérateurs et abordable pour les citoyens. Pour l’instant, la RDC avance, mais l’équilibre n’est pas encore trouvé.
En bref
- L’internet mobile est devenu le cœur économique des télécoms en RDC.
- Son coût et sa qualité limitent encore l’inclusion numérique.
- Le vrai progrès viendra quand la data sera rentable pour les opérateurs et réellement abordable pour les usagers.
