Crypto Afrique : Chainalysis place les flux illicites sous 1 %
Chainalysis estime que moins de 1 % des flux crypto attribués étaient illicites sur chaîne en 2025, malgré un record de 154 milliards de dollars.

Les adresses crypto identifiées comme illicites ont reçu au moins 154 milliards de dollars en 2025, selon Chainalysis. Un record en valeur absolue, mais toujours moins de 1 % du volume on-chain attribué. TRM Labs arrive à une estimation proche de 158 milliards de dollars, avec une part légèrement supérieure de 1,2 %. Ces chiffres compliquent l’idée selon laquelle la criminalité définirait l’usage de la crypto, notamment en Afrique où paiements et transferts transfrontaliers progressent rapidement.
La criminalité crypto augmente en dollars, pas en proportion
Le chiffre de 154 milliards de dollars mérite d’abord d’être regardé sans l’édulcorer. Les activités illicites ont fortement augmenté en 2025. Bref Crypto avait déjà documenté l’industrialisation des arnaques et l’utilisation croissante de l’IA par les fraudeurs.
Chainalysis chiffre la progression annuelle des fonds reçus par les adresses illicites à 162 %. L’essentiel de cette hausse vient cependant des entités sanctionnées, dont les volumes ont bondi de 694 %. Les stablecoins représentaient à eux seuls 84 % de l’activité illicite identifiée.
Le point important se trouve dans la comparaison des méthodes. Chainalysis situe la part illicite sous 1 %, tandis que TRM Labs arrive à 1,2 %. Ce n’est pas nécessairement une contradiction : les deux sociétés n’utilisent pas exactement le même périmètre pour calculer le volume total pertinent. TRM a d’ailleurs modifié sa méthodologie en 2026 afin d’exclure davantage de transactions techniques, d’arbitrage ou de mouvements internes pouvant gonfler artificiellement le dénominateur.
Le bon chiffre n’est donc pas « zéro crime ». Il est plutôt celui-ci : même après une année record pour la criminalité on-chain, l’activité légitime représente l’immense majorité des flux mesurés.
En Afrique, le vrai sujet reste le coût des paiements
Cette distinction prend une dimension particulière sur le continent.
Entre juillet 2024 et juin 2025, l’Afrique subsaharienne a reçu plus de 205 milliards de dollars de valeur on-chain, soit une hausse d’environ 52 % sur un an selon Chainalysis. La région était alors la troisième zone crypto connaissant la croissance la plus rapide au monde. Les transferts de détail y occupent également une place plus importante que dans plusieurs marchés développés.
Ce développement rejoint la progression des stablecoins dans les paiements transfrontaliers africains.
Pourquoi cet usage existe-t-il ? Une partie de la réponse se trouve dans les coûts traditionnels.
La Banque mondiale calculait encore au troisième trimestre 2025 qu’envoyer 200 dollars vers l’Afrique subsaharienne coûtait 8,46 % en moyenne, soit près de 17 dollars. La région reste la plus chère au monde pour recevoir des transferts internationaux, très loin de l’objectif de 3 % fixé par les Nations unies.
Dans ce contexte, juger une infrastructure uniquement à travers ses usages criminels donne une photographie incomplète. Un stablecoin peut servir à blanchir des fonds. Il peut aussi permettre à un travailleur de transférer une valeur à sa famille sans attendre plusieurs jours.
La technologie ne décide pas de l’intention.
Réguler les acteurs plutôt que confondre les usages
Cela ne signifie pas que la Crypto Afrique aurait intérêt à minimiser les risques.
Au contraire. Plus les volumes augmentent, plus les exigences de conformité deviennent importantes : identification des clients, surveillance des transactions, Travel Rule, coopération avec les autorités et contrôle des points d’entrée et de sortie vers les monnaies nationales.
L’Afrique du Sud suit déjà cette logique. Pretoria prépare un encadrement plus strict des transferts crypto transfrontaliers plutôt qu’une interdiction générale de la technologie.
Le raisonnement devient alors plus intéressant : distinguer les criminels qui utilisent un rail financier des clients ordinaires qui utilisent le même rail.
Il faut également éviter la comparaison trop facile avec le système bancaire. Les méthodes utilisées pour mesurer le blanchiment mondial et celles permettant d’identifier des transactions illicites sur blockchain sont différentes. Comparer directement un pourcentage crypto à un pourcentage du PIB mondial peut donner une précision trompeuse.
La particularité des blockchains publiques reste néanmoins leur traçabilité. Une transaction Bitcoin ou stablecoin peut être suivie entre plusieurs adresses longtemps après son exécution. Cash, sociétés écrans ou factures commerciales fictives laissent des traces d’une autre nature.
C’est probablement là que le débat devient plus mature. Moins de 1 % d’activité illicite selon Chainalysis ne signifie pas que la crypto est sans risque. Cela signifie simplement que le crime ne suffit plus à décrire ce que cette infrastructure est devenue.