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Actualité Bitcoin

Darius Dale : la liquidité peut-elle relancer Bitcoin en 2027 ?

Bitcoin pourrait aborder 2027 avec un moteur macro beaucoup plus puissant que le halving : la liquidité mondiale. Darius Dale, fondateur de 42 Macro, estime qu’un changement de politique monétaire et budgétaire aux États-Unis pourrait provoquer un nouveau choc de liquidité favorable aux actifs risqués. Le scénario n’est pourtant pas linéaire. Ses indicateurs avancés suggèrent d’abord un ralentissement de la liquidité mondiale, tandis que les rendements obligataires américains restent élevés et que le dollar se renforce. Pour Bitcoin, qui évolue autour de 84 500 dollars après un troisième trimestre à plus de 40 %, 2027 pourrait donc commencer bien avant janvier : dans la manière dont Fed, Trésor et marchés obligataires réagiront aux tensions des prochains mois.

Bitcoin se tient entre une vanne de liquidité fermée et une autre entrouverte devant des bâtiments financiers américains
Darius Dale envisage une réponse de liquidité en 2027, après une possible phase de tensions financières.

La liquidité redevient le moteur de Bitcoin

Plus d’argent disponible change le prix des actifs

Le terme « liquidité mondiale » paraît abstrait. L’idée est pourtant assez simple.

Il s’agit de mesurer combien d’argent et de crédit peuvent circuler dans le système financier et être déployés dans les obligations, les actions, l’immobilier ou Bitcoin. Lorsque cette liquidité augmente, les investisseurs disposent généralement de davantage de capital pour prendre du risque. Lorsqu’elle se contracte, les actifs les plus sensibles aux conditions financières souffrent souvent en premier.

BrefCrypto a déjà observé à quel point Bitcoin dépend du coût du dollar et des décisions de la Fed. Dale pousse l’analyse beaucoup plus loin que le simple taux directeur américain.

42 Macro suit notamment les bilans des grandes banques centrales, la masse monétaire mondiale et les réserves de change. L’entreprise construit également une mesure de liquidité américaine à partir du bilan de la Fed, du compte du Trésor et d’autres réserves présentes dans le système financier.

L’objectif n’est pas de compter tous les dollars existants.

Il s’agit plutôt d’observer si les conditions permettent au capital de se multiplier ou de se raréfier à la marge.

Cette différence compte énormément pour Bitcoin.

Une étude académique publiée en juillet 2026 dans l’International Review of Economics & Finance conclut d’ailleurs que les mesures larges de liquidité présentent une relation de long terme plus forte avec le prix de Bitcoin que l’inflation CPI prise isolément. Les auteurs trouvent une relation durable entre liquidité, rareté du BTC et demande de Bitcoin.

Cela ne signifie pas que la liquidité explique chaque bougie.

Un hack, une faillite, des ETF, des ventes de whales ou une crise géopolitique peuvent temporairement dominer. Sur plusieurs trimestres, cependant, la quantité de capital disponible finit souvent par reprendre le dessus.

Dale ne voit pas une ligne droite vers 2027

C’est justement là que sa lecture actuelle devient intéressante.

Le discours crypto classique consiste souvent à afficher un graphique de liquidité mondiale à côté du prix de Bitcoin, décaler une courbe de quelques semaines et conclure que le prochain rallye est déjà écrit.

Dale est beaucoup plus prudent.

Le 14 septembre, il expliquait que les indicateurs avancés de 42 Macro signalaient une baisse significative de la liquidité à moyen terme. Son scénario envisage même qu’une correction plus profonde sur plusieurs classes d’actifs puisse précéder la prochaine réponse de la Fed et du Trésor.

Autrement dit, l’argument haussier pour 2027 peut commencer par une période moins agréable en 2026.

Cela tombe bien avec ce que montrent actuellement plusieurs marchés.

Le Treasury américain à dix ans vient de dépasser 5 % et a brièvement atteint 5,34 %, son niveau le plus élevé depuis 2002. Les obligations françaises, britanniques et japonaises subissent également une forte hausse des rendements.

Bitcoin a déjà montré une résistance inhabituelle lors de précédentes ventes massives d’obligations. Cette résistance ne rend pas les rendements élevés inoffensifs.

Un Treasury rapportant plus de 5 % devient un véritable concurrent pour le capital mondial.

Pourquoi prendre un risque extrême sur BTC lorsqu’une obligation américaine offre un rendement élevé ?

Voilà le premier obstacle au scénario de Dale.

2027 pourrait provoquer un choc de liquidité

La Fed injecte déjà des réserves, sans parler de QE

Le paysage monétaire américain a déjà changé.

Entre juin 2022 et octobre 2025, la Fed avait réduit ses avoirs en titres d’environ 2 200 milliards de dollars. Puis, en décembre 2025, elle a estimé que le niveau des réserves bancaires était redevenu suffisamment bas pour arrêter cette phase et commencer des achats de gestion des réserves.

Attention à la nuance.

Ces achats ne constituent pas officiellement un nouveau programme de quantitative easing destiné à stimuler l’économie ou les marchés financiers. La Fed explique qu’elle achète principalement des bons du Trésor afin de maintenir des réserves « amples » dans le système bancaire et assurer le fonctionnement de sa politique monétaire.

L’effet comptable existe néanmoins.

Depuis début janvier 2026, la Fed avait déjà acheté près de 250 milliards de dollars de Treasury bills, dont environ 160 milliards dans le cadre de ces opérations de gestion des réserves. Son bilan est revenu autour de 6 700 milliards de dollars et les réserves bancaires autour de 3 100 milliards.

BrefCrypto avait déjà souligné que Kevin Warsh pouvait produire un signal ambigu pour Bitcoin : taux élevés d’un côté, gestion du bilan de l’autre.

Dale regarde précisément cette deuxième manette.

Un taux directeur peut rester relativement élevé tandis que la banque centrale injecte davantage de réserves dans le système. Pour Bitcoin, cette distinction importe parce que les marchés ne réagissent pas seulement au prix de l’argent, mais aussi à sa disponibilité.

Le Trésor américain arrive avec un problème beaucoup plus gros

Le véritable catalyseur potentiel de 2027 pourrait cependant venir du marché de la dette.

En août, le Treasury Borrowing Advisory Committee a calculé que les prévisions médianes des primary dealers impliquaient un déficit de financement de 1 450 milliards de dollars sur les exercices 2027-2028 si les tailles actuelles des adjudications et la quantité de bills détenus par le secteur privé ne changent pas. Les dealers anticipent donc une augmentation des émissions de coupons en 2027.

Dit autrement, Washington devra trouver énormément d’acheteurs.

Et il ne sera pas seul.

Les entreprises américaines non financières doivent refinancer environ 4 300 milliards de dollars de dette entre 2027 et 2031. Les grandes entreprises technologiques veulent simultanément emprunter des centaines de milliards pour financer l’infrastructure de l’intelligence artificielle. Reuters rapporte que Goldman Sachs anticipe environ 420 milliards de dollars d’émissions brutes de dette par les grands groupes technologiques en 2027.

État fédéral, entreprises traditionnelles et hyperscalers vont donc se retrouver sur le même marché.

Plus l’offre d’obligations augmente, plus il faut offrir un rendement élevé pour convaincre les investisseurs de les absorber.

C’est là que la thèse de Dale devient beaucoup plus intéressante.

Le 28 septembre, il évoquait la possibilité d’un « Fed-Treasury Accord 2.0 », autrement dit une coordination plus forte entre la politique de la banque centrale et la manière dont le Trésor finance le déficit. Selon 42 Macro, cette coopération pourrait provoquer un choc positif de liquidité en 2027.

Il ne s’agit pas d’un accord annoncé ou signé.

C’est son scénario macro.

Mais les contraintes auxquelles il répond sont bien réelles.

Le marché obligataire pourrait forcer la main

Le raisonnement est le suivant.

Si l’État américain émet toujours davantage de dette alors que les investisseurs privés exigent des rendements de plus en plus hauts, le coût de financement de Washington augmente. Les taux élevés finissent également par peser sur les entreprises, les ménages et les banques.

Le système peut absorber une certaine hausse.

Pas indéfiniment.

Le Trésor utilise déjà des programmes de rachat pour améliorer la liquidité de certaines anciennes obligations. Le plafond de certains rachats a été relevé de 2 à 6 milliards de dollars, même si l’administration n’utilise pas systématiquement toute cette capacité.

Dale imagine qu’à un certain niveau de tension, les pouvoirs publics auront intérêt à assouplir les conditions financières.

Cela peut prendre plusieurs formes : davantage d’achats de titres par la Fed pour maintenir les réserves, gestion différente des maturités émises par le Trésor, assouplissement réglementaire permettant aux banques d’absorber plus de Treasuries, baisse des taux si l’inflation le permet ou utilisation accrue des facilités de repo.

Une partie du processus a déjà commencé.

Le Trésor note que les modifications de certaines contraintes de levier bancaire ont libéré de la capacité d’intermédiation sur les Treasuries et le repo.

Aucune de ces mesures ne garantit une explosion de Bitcoin.

En revanche, si plusieurs se combinent, elles peuvent augmenter fortement la quantité de liquidité disponible au moment même où l’offre de BTC reste structurellement limitée.

Bitcoin n’a pourtant aucun chèque en blanc pour 2027

Le dollar peut tuer le scénario avant qu’il démarre

Le principal adversaire de la thèse de Dale s’appelle actuellement le dollar.

Le DXY vient d’atteindre son niveau le plus élevé depuis mai 2025. La hausse des rendements américains attire du capital vers les États-Unis et soutient la monnaie américaine.

Pour la liquidité mondiale, ce mouvement est problématique.

Une grande partie du crédit international, du commerce et des marchés de capitaux reste libellée en dollars. Lorsque le dollar s’apprécie fortement, les conditions financières se durcissent mécaniquement pour de nombreux emprunteurs hors des États-Unis.

42 Macro considère justement le dollar et la volatilité des devises parmi les principaux indicateurs capables d’influencer sa mesure de liquidité mondiale.

Bitcoin reste lui aussi sous pression lorsque dollar et rendements montent ensemble.

Dale n’ignore pas ce risque.

Son scénario 2027 devient beaucoup plus puissant si la politique américaine provoque finalement un dollar plus faible. Une baisse du billet vert augmente mécaniquement la valeur en dollars de certaines composantes de la liquidité mondiale, mais facilite aussi les conditions de financement internationales.

C’est souvent là que les actifs à bêta élevé respirent.

Bitcoin encore plus.

L’inflation peut retarder l’assouplissement

Deuxième problème : la Fed ne contrôle pas uniquement la liquidité.

Elle doit aussi gérer l’inflation.

Et octobre commence avec une contradiction assez brutale. Les rendements obligataires explosent, mais l’économie américaine reste suffisamment résistante pour que certains responsables de la Fed envisagent encore de nouvelles hausses de taux.

Neel Kashkari estime qu’une hausse supplémentaire pourrait rester nécessaire en 2026 et une autre en 2027 si l’inflation demeure trop forte.

Voilà pourquoi la thèse « dette élevée = impression monétaire immédiate » reste trop simpliste.

Une banque centrale confrontée simultanément à une dette énorme et à une inflation persistante possède beaucoup moins de liberté.

Si elle assouplit trop rapidement, elle risque de relancer les prix.

Si elle maintient des conditions trop strictes, elle augmente la pression sur les emprunteurs et le marché obligataire.

Bitcoin se trouve exactement au milieu de cette contradiction.

À court terme, les rendements élevés constituent une mauvaise nouvelle.

À plus long terme, les difficultés croissantes à financer des déficits structurels renforcent la thèse monétaire d’un actif dont l’offre ne peut pas être augmentée par décision politique.

La corrélation avec la liquidité n’est pas une horloge

Il reste enfin un piège méthodologique.

Même lorsqu’une relation historique entre Bitcoin et liquidité mondiale apparaît forte, elle ne fonctionne pas comme une horloge préprogrammée.

Les délais changent.

Les causes changent.

La structure du marché Bitcoin elle-même a énormément évolué avec les ETF spot, les trésoreries d’entreprises et l’entrée d’investisseurs institutionnels.

42 Macro affirme depuis plusieurs années que son proxy de liquidité suit étroitement les variations de Bitcoin et des actions. Son modèle additionne notamment différentes composantes monétaires et de réserves internationales pour mesurer l’impulsion financière globale.

Cela reste un modèle.

Ce n’est pas une loi physique.

Un choc de liquidité positif en 2027 pourrait favoriser Bitcoin sans produire immédiatement un nouveau record. Une récession sévère pourrait d’abord déclencher des ventes forcées. Un dollar très fort pourrait absorber une partie de l’impulsion. Une nouvelle crise crypto pourrait également détourner les capitaux.

Dale envisage lui-même ce chemin accidenté.

En juin, il évoquait encore la possibilité d’une baisse de 40 à 50 % de Bitcoin dans un scénario de récession suffisamment marqué avant que la réponse des politiques publiques ne reprenne le dessus. Ses prises de parole de septembre continuent de distinguer clairement la correction potentielle à moyen terme de la dynamique plus constructive qui pourrait suivre.

Cette séquence est probablement le point le plus utile de toute sa thèse.

Les investisseurs Bitcoin regardent souvent la création monétaire comme si elle devait arriver avant la crise.

Dans l’histoire récente, c’est fréquemment l’inverse.

Le stress apparaît. Les actifs corrigent. Les conditions financières deviennent suffisamment difficiles. Puis les banques centrales et gouvernements répondent.

Si Dale a raison, 2027 pourrait être l’année de la réponse, pas nécessairement celle où le problème commence.

Bitcoin arrive d’ailleurs dans cette période avec une structure particulière. BTC vient de gagner plus de 40 % au troisième trimestre 2026 et se négocie autour de 84 500 dollars, tout en restant sous son sommet supérieur à 125 000 dollars atteint en 2025. Les flux vers les ETF sont revenus, mais la demande spot et le marché obligataire continuent d’envoyer des signaux contradictoires.

BrefCrypto observait déjà qu’une importante réserve de stablecoins attend sur les exchanges. Cette liquidité crypto-native pourrait amplifier un mouvement si la liquidité macro recommence également à progresser.

C’est peut-être là que 2027 devient réellement intéressant.

Il ne faudrait pas seulement que la Fed achète davantage de Treasuries ou que le Trésor modifie ses émissions.

Pour produire un environnement nettement favorable à Bitcoin, plusieurs éléments devraient converger : dollar moins puissant, baisse ou stabilisation des rendements réels, conditions de crédit plus souples, amélioration de la liquidité mondiale, retour des flux ETF et demande spot capable d’absorber les prises de bénéfices.

Un seul de ces facteurs peut provoquer un rallye temporaire.

Plusieurs ensemble peuvent changer un cycle.

Darius Dale ne promet donc pas un Bitcoin automatiquement plus haut en 2027. Sa thèse est plus intéressante que cela : l’énorme besoin de financement des États-Unis pourrait finir par obliger la politique monétaire et la politique de dette à devenir plus favorables à la liquidité.

Pour Bitcoin, ce serait un environnement puissant.

Mais le marché devra peut-être d’abord traverser exactement ce qui provoquerait cette réponse : taux élevés, manque de liquidité, tensions obligataires et correction des actifs.

Le paradoxe résume assez bien 2027.

Le prochain grand carburant de Bitcoin pourrait naître du moment où le système financier réalise qu’il manque justement de carburant.

Sources citées1
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Lydie Musekwa
Auteur

Lydie Musekwa

Lydie Musekwa, enseignante chercheuse passionnée par les nouvelles technologies, plonge dans l'univers des cryptomonnaies avec un regard analytique et innovant. Depuis sa découverte du bitcoin, son parcours s'est orienté vers une exploration exhaustive de la blockchain et de ses applications. Armée d'un esprit critique et d'une soif d'apprendre, elle s'attache à démystifier les concepts technologiques complexes pour ses lecteurs, tout en scrutant les dernières tendances et avancées. En tant que rédactrice, Lydie s'engage à partager des connaissances précises et à jour, faisant le pont entre le monde académique et la sphère digitale en constante évolution.